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Interview


Le monde de demain selon Yann Lechelle


COO chez SNIPS

Février 2016, dans les bureaux de SNIPS à Paris

Le monde de demain selon eux

« Nos smartphones ne sont ne sont pas si smart: ils n'utilisent pas vraiment nos data. Ce sont les applis qui tournent dessus qui les récupèrent. Ceux qui sont smart in fine, ce sont donc Google, Facebook, ou WeChat !

Passionné d’informatique depuis qu’il a 10 ans, Yann Lechelle est un innovateur et un serial-entrepreneur : il a fondé ou co-fondé quatre entreprises (Appsfire, Etheryl, Kick Your App et SonetIN) avant de rejoindre SNIPS comme Directeur des Opérations, une start-up co-fondée par Rand Hindi. Nous l’avons rencontré aux Napoléons en janvier dernier puis interviewé dans les bureaux de SNIPS où il nous a parlé de technologies transparentes, d’intelligence artificielle et de téléphone du futur. Vous pouvez d’ailleurs tester le futur dès maintenant en intégrant la communauté des bêta-testeurs de SNIPS sur snips.ai/beta !

Qu’est ce que SNIPS ?

SNIPS est une start-up dont l’objectif est d’injecter une intelligence artificielle dans tout objet connecté en traitant les data localement, sans les extraire ni les centraliser. Le but ultime est de rendre ces objets vraiment « smart », afin qu’ils disparaissent en tache de fond…

Euh…c’est-à-dire ?

Prenons un exemple : nos smartphones savent tout de nous. Ils connaissent notre agenda, voient passer nos emails, connaissent notre position. Pourtant, ils ne sont pas si smart car ils n’utilisent pas ces informations. Ce sont les applications qui tournent dessus qui les récupèrent. Ce sont elles qui enregistrent nos data. Ceux qui sont smart in fine, ce sont donc Google, Facebook, ou WeChat !

Le projet de SNIPS est donc de garder les data dans le téléphone ou l’objet connecté ?

Exactement. Plus exactement, notre volonté est de permettre l’utilisation de ces données sans les voir sortir du smartphone. C’est ce qu’on appelle le « privacy by design ». Notre approche est de ne rien extraire, contrairement à ce que font Google ou Facebook, en aspirant et en centralisant les data et leur analyse. Dans leur cas, le problème est que, si ces data sont centralisées, ce n’est pas un simple mot de passe qui pourra protéger vos données du piratage… C’est ce qu’on a vu avec le site de rencontres extraconjugales Ashley Madison [des hackers avaient piraté le site puis publié l'identité de millions d’inscrits en 2015, ndlr]. Le « privacy by design », c’est un parti pris sur l’avenir : si demain les possesseurs de votre data veulent la vendre (ce qu’ils font déjà), rien ne les en empêche, alors que si la data reste sur votre téléphone, la chose devient beaucoup plus compliquée…

Quelles tendances identifiez-vous sur ce sujet de la data justement ?

Une chose claire : la technologie est devenue envahissante. Nos applis et objets connectés nécessitent des mises à jours permanentes et donc de se brancher/débrancher, sans compter le temps passé à regarder des notifications… Les choses ne vont pas aller en s’améliorant : à l’horizon 2030, on prévoit l’existence de 100 milliards d’objets connectés dans le monde, soit 10 objets connectés par personne environ ! Le téléphone, l’ordinateur, la montre et la machine à café, le frigo, la voiture, etc.

Chez SNIPS notre parti pris est donc de faire disparaître la technologie. C’est-à-dire de la rendre transparente, à l’image de ce qu’est devenue l’électricité : quelque chose avec lequel nous vivons et auquel nous ne prêtons plus d’attention particulière. Utiliser l’électricité est aujourd’hui une évidence, mais il y a 100 ans elle était considérée comme dangereuse ! Aujourd’hui, l’électricité est devenue transparente. C’est ce que nous voulons faire avec la technologie et les objets connectés. Et notre façon de le faire, c’est d’injecter une intelligence artificielle dans chaque objet afin de minimiser la friction causée par la technologie. Autrement dit, nous intégrons la technologie dans le quotidien au point que bientôt nous n’y prêterons plus attention.

Rajouter encore plus d’intelligence dans les objets ? Que voulez-vous dire ?

SNIPS veut rendre les objets adaptatifs et donc intelligents, dans le sens où ils seraient en permanence conscients du contexte de leur utilisateur. Par exemple, si vous êtes en rendez-vous et que vous recevez 6 notifications qui ne sont pas importantes, vous allez quand même les regarder...et perdre du temps. Pourtant, potentiellement, votre smartphone sait que vous êtes en rendez-vous, car il a accès à votre calendrier, il dispose d’un micro qui lui permet de savoir que vous êtes en train de converser, etc. Il devrait donc filtrer les notifications qui ne sont pas pertinentes : en somme, être encore plus intelligent. Or rendre votre téléphone encore plus intelligent, c’est tout à fait possible dès aujourd’hui. Il suffit d’injecter de l’intelligence artificielle capable de comprendre des situations complexes.

Pour cela, SNIPS modélise le « knowledge graph » personnel de chaque utilisateur. Le knowledge graph, c’est une cartographie des liens entre les objets ou les personnes, comme un réseau social : par exemple, quand vous êtes ami avec une autre personne sur facebook, il y a un lien entre vous. Ce lien peut être croisé avec des données géographiques et temporelles. En interprétant les e-mails par exemple, on peut inférer des relations, des adresses et des rendez-vous mentionnés de manière implicite.

Vous avez un exemple de situation concrète ?

Imaginons quelqu’un qui se déplace dans une ville. Aujourd’hui, il utilise le plus souvent une fonction « recherche » (pour une adresse, un mode de transport, etc.), mais cette fonction – très présente chez Google - correspond à un paradigme établi en 1998 et aujourd’hui dépassé. Pourquoi demander à l’utilisateur « qu’est-ce que tu veux faire maintenant ? » ou lui présenter un champ de recherche ? L’idée serait plutôt d’anticiper le comportement de cet utilisateur et de lui proposer une solution pour faciliter son déplacement. La seule réponse à fournir, pour lui devient alors « oui » ou « non ». Imaginons que l’utilisateur ait un rendez-vous : lorsqu’il sort du bâtiment à l’issue de son rendez-vous, un taxi est déjà là qui l’attend. Le simple fait de rentrer dans la voiture vaut alors validation de l’acte : cela veut dire « oui ».

L’avantage, c’est que les utilisateurs sont prévisibles. Grâce à l’intelligence artificielle, le système apprend les habitudes de l’utilisateur au fur et à mesure : il utilise la géolocalisation, interprète les adresses issues des emails ou des sms et ancre ces données dans le knowledge graph. Ainsi, la technologie s’immisce dans les transactions humaines et inter-humaines. C’est extrêmement ambitieux.

Quel était votre dernier effet « wahou » ?

C’était récemment, devant Google Street Map. Qui aurait dit, il y a vingt ans, qu’on allait scanner toutes les rues de la planète ? L’être humain, à travers toutes ces technologies, essaye de maîtriser son environnement : on est en train de cartographier la totalité du monde réel, avec une correspondance un pour un : un atome pour un pixel, un octet pour une information… Je trouve ça fascinant. Et hier, j’ai été bluffé par le fait de pouvoir rentrer dans une boulangerie dans Google Street Map. Quelle est la prochaine étape ? « Bonjour Madame, je voudrais un croissant » ?

Vous pouvez tester le futur dès maintenant en intégrant la communauté des bêta-testeurs de SNIPS sur snips.ai/beta !





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