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Interview


Le monde de demain selon Pascale de Rozario


Sociologue, directeur de recherche au Cnam

le 6 octobre 2014, à Paris

Le monde de demain selon eux

« Chaque salarié, quel que soit sa vie, ses mérites et ses démérites, doit pouvoir faire de ses expériences un beau projet, une autre histoire. Cela s’'appelle la méritocratie, [...] il s'agit de valoriser des compétences et des savoirs-faire pour les faire reconnaître.

Pascale de Rozario est sociologue, Directeur de recherche au Conservatoire national des arts et métiers (Cnam Paris). Spécialiste du monde du travail, nous l’'avons interrogée sur les tendances à l'oeuvre dans l’'univers professionnel….

Quelles sont d’'après vous les trois tendances à l’'oeuvre aujourd'’hui dans le monde du travail et qui font le monde de demain?

La première adopte la forme de tensions et de conflits : les révolutions du "printemps arabe", le "printemps Erable" des étudiants au Québec, mais aussi la première protestation organisée et massive des fast good américains depuis 2012 et sa prolifération, indiquent clairement un besoin de respect, de justice et de plus de démocratie dans les rapports sociaux. En témoigne la vogue des conférences de consensus, des consultations et des démarches participatives, de l’'empowerment (décider de sa vie, avoir du pouvoir sur son environnement, l’'embellir et le respecter, le protéger). Le travail et son organisation sont directement concernés. Je pense que les frictions et les conflits ne peuvent que se développer par ce désir de basculement plus équitable des pouvoirs et des ressources.
J’'observe également une exaspération face à la technocratie, la bureaucratie et ce que plusieurs appellent la "société des experts", avec la multiplication de procédures, de techniques et autres logiciels, et d’'intermédiaires hiérarchiques, qui chacun, s'’octroient une partie de la décision, un pouvoir de blocage. L'’effet positif de cette deuxième tendance est une aspiration à la simplicité et une question sur la valeur et la valeur ajoutée.
Enfin, l’'enseignement et la recherche en sciences de gestion semblent moins en prise avec les modes managériales, la diffusion du dernier "prêt-à-penser" à la mode (il reste encore beaucoup à faire). Ce qui laisse augurer des futures générations de managers et de décideurs peut-être plus rigoureux, moins tentés par des fusions-acquisitions sans réflexion, ou la titrisation d'’actifs financiers douteux, voire crapuleux à l’'origine de la crise financière de 2007, par exemple.

La question du bien-être au travail est au coeœur des préoccupations. Est-on plus heureux au travail aujourd'hui ?

Oui, si vous travaillez au siège californien de Google, ou en France dans une entreprise qui dépend d’'un accord salarial favorable. Non, si vous êtes en Chine dans l’'une des 600 entreprises sous-traitantes d’'Apple en production et en assemblage électronique low cost. Nous observons, en sociologie, d’'un côté une élite et une main d’œ'oeuvre privilégiée, chouchoutée, mais de moins en moins nombreuse, sous pression avec d'’énormes responsabilités, et de l’'autre la satellisation de toutes les activités que l'’on peut tayloriser (simplifier au minimum) dans les pays où la main d'oe’œuvre est la moins chère. Cela s'’appelle des chaînes globales (mondiales) de valeur (de production). Faire appliquer le droit international du travail (OIT, Organisation internationale du travail) me semble être, tout contexte confondu, la base d’'un début de bien-être au travail et la garantie de sa consolidation quand il existe.

Certaines entreprises réfléchissent aujourd'’hui à substituer à un système purement hiérarchique des mécanismes de management plus participatifs.…

J'’irai même plus loin tellement ce besoin est important : pourquoi la participation dépendrait-elle du management ? Mintzberg a décrit des organisations éphémères où les métiers et les parties prenantes se réunissent autour de projets, des "adhocraties" (se réunir "ad hoc"), puis se quittent. Bien sûr, il faut parler du monde FOSS (Free/Open source), des communautés de développeurs en informatique et des hackers : un mode d’'organisation en réseau sans hiérarchie, avec partage des ressources, sans droit d'’auteur (copyleft), qui inspire aujourd’'hui les organisations participatives. Existe aussi l’'actionnariat salarial et pas mal d’'autres formules participatives, à mieux exploiter. Pour moi, la participation des pauvres à la production et aux politiques publiques est le plus innovant (approche par pyramide inversée ou BoP, Base of The Pyramid).

Comment voyez-vous la jeune génération de salariés ?

J’'ai rencontré beaucoup de jeunes européens, très diplômés, et d'’autres nettement moins. En Italie, ils deviennent créateurs d'’entreprise et les banques leur prêtaient facilement avant 2007. En Finlande, un non-diplômé chef d'’entreprise est inconcevable : comment réussirait-il son business s'’il a "raté" ses études ? En France, la perspective du salariat permettrait de concilier vie professionnelle et vie personnelle/familiale. Il n'’y a pas de profil global de génération ; chaque monde culturel a le sien. Alors de quoi dépend un recrutement réussi, et surtout, durable ? D'’un contrat psychologique authentique, où l'’écrit et le non-écrit ne trompent personne sur ce que chacun attend et doit en retour. Aujourd'’hui chacun trompe l’'autre, et soi-même. Les offres d’'emploi et les métiers sont sur-maquillés et les CV également. Après l’'on parle d'’inadéquation, de pénurie, de skills mismatching ! C’'est aux entreprises et aux recruteurs de faire le premier pas vers de vrais contrats psychologiques.

Avec les Moocs (et plus généralement l'’e-éducation), est-on rentré dans une ère où les salariés seront en constante formation tout au long de leur carrière?

Très bienvenues sont les initiatives qui appuient l'’idée que chaque personne, quels que soient sa vie, ses mérites et ses démérites, puisse faire de ses expériences un beau projet, une autre histoire. Cela s'’appelle la méritocratie, et c'est dit dans tous les films américains : "yes we can" ! J’'ai choisi le Conservatoire national des arts et métiers pour ce projet qui date de la Révolution française, qui avait transformé ce lieu de science, réservé aux aristocrates, en université populaire. Nos étudiants sont plus âgés et expérimentés que nous ; ils viennent pour savoir, comprendre leur expérience, développer leurs talents. Leur carrière est impressionnante. Durant 6 ans, j’'ai développé une innovation dans 10 pays : un "eportfolio" lifelonglearning. De n'’importe quelle expérience, il s’'agissait de valoriser des compétences et des savoirs-faire pour les faire reconnaître.

Quel a été votre dernier effet "whaouh"?

C'’est la politique publique française - trop récente - de promotion de la finance solidaire ou communautaire, le crowdfunding. Et dans la même veine, le réseau international des échanges réciproques de savoirs sans contrepartie monétaire, ou encore en commerce international, les contrats de contreparties, bartering. Pourquoi ? Parce que ces formules permettent à celui qui en a l’'initiative (des gouvernements également) de concrétiser son projet et des échanges économiques nécessaires sans fonds initiaux, ou très peu.





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