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Interview


Le monde de demain selon Malene Rydahl


Auteur, conférencière et executive coach

Juillet 2018, à l'USI (Paris)

Le monde de demain selon eux

« Il faut accepter tout son panel d’émotions, y compris celles que nous n’avons pas envie de cultiver, car même des émotions négatives peuvent se transformer en puissance de vie.

Après une vie passée dans le monde de la communication corporate, Malene Rydahl, danoise d’origine, a décidé de se lancer dans une nouvelle carrière. Depuis quelques années elle accompagne des entreprises pour les aider à faire ressortir le meilleur de chacun de leurs salariés. Elle est également l’auteur de deux livres dont le second est sorti l’année dernière et s’intitule « Le bonheur sans illusions ».
Nous l’avons rencontrée en juin dernier à l’occasion de la conférence USI où elle intervenait…


Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je suis danoise et je vis en France depuis 24 ans maintenant. J’ai d’abord eu une carrière dans le monde corporate et notamment les neuf dernières années en tant que directrice de la communication corporate du groupe Hyatt. J’étais en charge de 42 hôtels en Europe, au Moyen-Orient et en Afrique.
En 2012, le rapport des Nations Unies sur le bonheur est sorti et le Danemark était le pays le plus heureux au monde. Étant danoise, j’ai voulu en savoir plus et j’ai commencé à étudier et faire des recherches sur ce sujet. J’ai décidé d’écrire mon premier livre qui a été publié en 2014, qui s’appelle « Heureux comme un Danois » et qui a été traduit en 12 langues.
En 2015 j’ai décidé de quitter mes fonctions chez Hyatt et de commencer une nouvelle vie à plein temps d’auteure, conférencière et executive coach. J’ai fait un master en executive coaching pour accompagner les entreprises dans le changement et l’amélioration du bien être des employés.


À quoi ressemble cette nouvelle vie au quotidien ?

C’est extrêmement varié, c’est un métier qui donne beaucoup de sens et qui est très gratifiant. J’ai la chance de pouvoir aller dans des entreprises pour les aider à construire de la confiance, de l’empathie et à chercher quel est leur sens et leur contribution dans le monde dans lequel on vit.
J’exerce partout en France où je fais des conférences. Je donne aussi des formations plus longues au sein d’entreprises pour enseigner le programme que j’ai développé. J’enseigne la confiance, la liberté d’être soi, la connaissance de soi et la compréhension des autres.
J’y parle souvent de l’Ikigai, où comment trouver le sens entre ce que l’on aime faire, ce que l’on sait faire, ce pourquoi on est prêt à vous payer et ce dont le monde a besoin.
Enfin, je passe beaucoup de temps à écrire même si ce n’est pas le cas en ce moment puisque j’accompagne encore la sortie de mon dernier livre.


Comment expliquer les différences entre le bonheur danois et le pessimisme français ?

Au delà de considérations religieuses, culturelles et historiques, je pense que la principale différence se trouve dans l’éducation. L’objectif principal du système éducatif au Danemark est de développer la personnalité de l’enfant, il n’y a pas de hiérarchie de matières ou d’élitisme. Nous valorisons autant les talents manuels, mécaniques, sportifs, artistiques que les talents intellectuels. On ne dira pas à un élève de 7 ans qu’il est nul parce qu’il n’est pas bon en maths ou en anglais. Dans les écoles danoises, on enseigne l’empathie dès l’âge de 6 ans ! On demande aux enfants de pouvoir identifier leurs émotions et celles des autres.
Le lien avec l’humain est essentiel et je pense que le système éducatif français ne répond pas à cela : si on n’est pas bon intellectuellement, on est considéré comme inférieur. Il y a une survalorisation de l’intellect qui fait qu’une partie des jeunes enfants sont complexés dès leur départ dans la vie, ce qui crée de la frustration puisqu’on ne se sent pas valorisé ni à sa place.
Au Danemark, chacun se sent individuellement responsable du projet collectif, de l’État : 7 danois sur 10 aiment payer des impôts !
En vivant dans un système d’État providence où les gens se positionnent en victimes (« je ne paie pas mes impôts parce que je suis victime du système ») ou en juges (« je ne paie pas mes impôts parce que Cahuzac a fraudé ») de manière passive, on ne crée pas de responsabilité collective.
Les Français sont favorables aux réformes dans l’absolu, tant que ca ne les concerne pas. Ça se ressent jusque dans la langue, on entend souvent en France : « les Français » ou « ce pays ». Il y a une forme d’individualisme qui est beaucoup plus prononcée, mais un détachement de la responsabilité individuelle du résultat commun.


Après « Heureux comme un Danois » vous avez récemment écrit « Le bonheur sans illusions », pouvez-vous nous en dire plus ?

J’ai basé l’écriture de ce deuxième livre sur deux choses. D’abord en raison des réactions qu’a suscité mon premier livre. J’entendais régulièrement des phrases comme : « les Danois sont heureux parce qu’ils sont beaux », « il faut quand même avoir de l’argent pour être heureux »… Ensuite parce que j’ai été inquiétée par une étude qui a mis en lumière ce chiffre : 61% des Français affirment "manquer d'argent pour être tout à fait heureux"[*]. Je voyais énormément de souffrance par rapport à ces croyances collectives que sont la beauté, la célébrité, le sexe, le pouvoir et l’argent. Je veux décomplexer les gens et les questionner : ce sont des croyances, mais est-ce que c’est vrai ?
J’ai donc passé une année à aller dénicher des études, trouver des chercheurs… pour asseoir le sujet autour de ces croyances collectives. Enfin, pour que ce ne soit pas trop académique, pour vraiment décomplexer les gens et que ce soit agréable à lire, j’ai aussi nourri mon livre de nombreuses anecdotes.


Que pensez-vous des réseaux sociaux dans ce contexte ?

L’humain se compare sans cesse. Forcément si quand nous avons 2 minutes nous regardons Instagram pour y voir que les autres sont en vacances, qu’il y fait beau, qu’ils ont été invités à telle ou telle soirée… cela nourrit quelque chose en nous qui nous amène à penser que nous ne sommes pas assez bien. C’est une source permanente de frustration.
Nous avons tous un « filtre de mise en scène » par rapport aux films hollywoodiens ou la télé, mais nous ne l’avons pas quand il s’agit de nos amis ou voisins.


Quels sont les chiffres les plus marquants que vous avez observé dans les différentes études citées dans votre livre ?

Les conséquences de ces croyances sont alarmantes :
Sur la beauté : 2% des femmes se disent belles et 400 000 interventions de chirurgie esthétique ont lieu chaque année en France (17 millions aux Etats-Unis).
Sur l’argent : le chiffre évoqué plus tôt est significatif puisque 61% des Français affirment "manquer d'argent pour être tout à fait heureux" et 80% des Américains ont comme premier objectif d’être riches.
Sur la célébrité : 50% de la jeunesse européenne dit vouloir être célèbre comme premier rêve et quand on leur demande pour quel talent, 70% d’entre eux répondent « peu importe ».
Sur le sexe : 66% des Français apprennent le sexe sur des sites pornographiques.
Sur le pouvoir : 3 millions de Français sont proches du burn-out et le premier effet d’un pouvoir – qu’il soit important ou non – est l’arrogance et l’égoïsme.


Est-ce que pour être heureux il faut se dire « je veux être heureux » ?

Ce qui compte, c’est la relation à soi : accepter, aimer et valoriser ce que l’on est, être réellement ce que l’on est.
Il y a quelque chose que je fais et que je n’ai pas écrit dans le livre : je dis aux jeunes que notre physique est fait pour filtrer et rencontrer les bonnes personnes. À partir de là, si vous commencez à changer et penser qu’il faut être différent pour plaire, vous altérez votre destin. Une personne qui doit nous voir comme on est ne pourra peut être plus nous voir parce qu’on n’aura pas su rester soi-même.


Quelle serait votre recette du bonheur ?

Il y a plusieurs choses… D’abord, l’alignement avec ce que l’on est : ce que l’on pense, dit et fait. Cet alignement c’est la connaissance de soi, la relation à soi, c’est le socle. La personne avec qui vous allez passer le plus de temps dans votre vie, c’est vous-même !
Ensuite, il y a la capacité d’émerveillement et de gratitude. Il faut savoir prendre la pleine conscience de certains plaisirs, même les plus simples, les enregistrer et lutter contre l’adaptation hédonique.
Il y a aussi la relation aux autres. La qualité de nos relations est l’élément qui a le plus d’influence sur notre bonheur.
Enfin, il y a le sens, ce pourquoi et à quoi on participe.
C’est sur tout ça que je construis ma propre vie. Quand j’ai lancé mon deuxième livre, j’avais pris un an pour l’écrire, c’était incroyable comme expérience. Mon père est décédé à ce moment là. J’étais très proche de lui et donc j’étais à la fois en émerveillement du lancement de mon livre et en deuil profond. Nous vivons souvent des contradictions émotionnelles : on peut tomber très amoureux et perdre son job, être déçu par la trahison d’un ami… Il faut être capable de faire coexister et respecter ces émotions, il ne faut surtout pas bannir les émotions de tristesse. Il ne faut pas maquiller sa vie, il faut qu’elle soit vraie. Cela veut dire prendre le risque de se faire mal, de s’exposer, mais toujours pour rester vrai et vivre la vie pleinement.
Il faut accepter tout son panel d’émotions, y compris celles que nous n’avons pas envie de cultiver, car même des émotions négatives peuvent se transformer en puissance de vie.


Qu’avez-vous pu observer sur le bonheur en entreprise ?

Il y a un manque de confiance certain : 87% des gens se disent désengagés ! Ca ne veut pas dire qu’ils ne font pas leur travail mais qu’il s’agit d’un simple échange « salaire/cerveau ou salaire/mains ». C’est dangereux car il n’y a pas le véritable engagement qui fait que les gens vont innover, être créatifs et donner le meilleur d’eux-mêmes.
Mon travail en entreprise consiste à construire la confiance, la liberté d’être soi et le projet collectif, c’est à dire le sens qui fait que les salariés se lèvent le matin et à quoi ils contribuent. 50% de la productivité est perdue parce qu’on essaie de cacher qui on est réellement. Quand on parvient à libérer les gens pour qu’ils soient eux-mêmes, on libère l’innovation, la créativité, la productivité…


Quelles sont les trois tendances qui vont faire le monde de demain ?

Je pense en premier lieu à l’intelligence artificielle qui va changer profondément le monde et aussi l’emploi, nous allons forcément vivre et travailler différemment. Il y aura des progrès formidables dans plein de domaines et notamment le médical mais cela représente bien sûr aussi des grands risques pour l’humain.
Moins une tendance qu’une obligation, il me paraît primordial de repenser le système éducatif et ce que l’on souhaite apprendre aux enfants. L'OCDE a déjà inclus de nouvelles mesures dans leur test PISA pour tester la compréhension interculturelle, la tolérance et aussi la capacité à identifier les « fake news ». Je crois que la notion d’empathie va prendre une nouvelle dimension et être au cœur de la société de demain. Cela fait écho à la conférence de Ken Robinson qui avait lieu ce matin.
Enfin, la quête de sens sera aussi au cœur de notre société, en tous cas je vois chez les jeunes de plus en plus une envie de contribuer à quelque chose, à faire un meilleur monde plus humain tout en prenant soin de la planète.


Quel a été votre dernier effet « wahou » ?

C’était hier soir, j’ai eu la chance de visiter le Louvre après la fermeture, en nocturne, c’était exceptionnel !




[*] Source : IFOP, La relation des Européens à l’argent et à l’Europe bancaire, 2008

Retrouvez l’intégralité de la conférence de Malene Rydahl sur « Le bonheur sans illusions » à l’USI ici.

©Martin Baebler





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