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Interview


Le monde de demain selon Louis Xavier Leca


Fondateur & coordinateur du "Carillon"

Mars 2017, à Paris

Le monde de demain selon eux

« Comment faire en sorte que l’on ne dise pas bonjour à une seule personne mais que l'on connaisse toutes celles qui vivent dans notre quartier et inversement ?

Louis-Xavier Leca est le fondateur de l'association, le Carillon. II a parcouru le monde - Chili, Sénégal,
Australie - avant de revenir en France pour travailler sur les besoins concrets
des particuliers, des commerçants et des sans-abri. L'association, le Carillon, est un réseau de solidarité locale mettant en relation commerçants, habitants et sans-domicile fixe. Il nous livre ici sa vision du monde solidaire…


Comment est née « Le Carillon » ?

Avec ma formation d’économiste spécialisé dans le développement dans les pays émergents, j’étais souvent amené à voyager à l’étranger. Je ne trouvais pas de légitimité à m’investir dans mon travail dans le développement local à la place des populations en place : cela faisait un peu néo-colonialiste voire ethnocentrique. C’est vrai que ces personnes ne sont pas toujours intéressées par l’épargne que l’on suggère d’adopter, ce n’est pas dans leur culture…

A l’époque donc de ces allers-retours, je revenais souvent au siège, à Paris, et je voyais toujours un plus grand nombre de sans-abri dans mon quartier, le 11èmearrondissement. On pouvait voir les gens se tendre sur cette question et garder leurs œillères pour éviter d’affronter cette réalité. En tant que citoyen, personne ne te dit d’où ils viennent, ce que l’on peut faire pour eux, aucun engagement autre que les maraudes et les services institutionnels. Je me suis demandé ce que j’allais faire à l’autre bout du monde alors que je pourrais avoir un impact en bas de chez moi.
Je suis alors allé à la rencontre de Charles-Edouard Vincent, le fondateur d’Emmaüs Défi qui réfléchissait sur les moyens possibles d’intégrer les sans-abri. On a alors mis en place « Lulu dans ma rue » qui est un système d’entraide local en creusant dans les interstices de l’économie de quartier : faire des courses rapides ou aller chercher des médicaments à la pharmacie etc. Et en parallèle je travaillais sur Le Carillon.

Quels sont les services proposés par l’association ?

Comment faire en sorte que l’on ne dise pas bonjour à une seule personne mais qu’on connaisse toutes celles qui vivent dans notre quartier et inversement ? Mon rôle est de prendre contact avec les services d’aide, les commerçants et les sans-abris afin de savoir quelles sont les actions sur lesquelles les citoyens peuvent agir. La priorité, en plus de la nourriture, l’hébergement et c’est le lien social.
Et là, tout le monde peut faire quelque chose. Les commerçants choisissent leurs conditions comme les horaires auxquelles ils souhaitent proposer leurs services qui peuvent être basiques (wifi, prise électrique, verre d’eau, etc.) ou plus importants qui sont donnés en échange de bons (repas, coupe de cheveu, cafés). Nous avons ensuite conçu des pictogrammes afin d’illustrer les services proposés à tout le monde pour éviter toute stigmatisation et faire tomber la barrière de la langue. Enfin, j’ai créé des partenariats avec les services sociaux.
Aujourd’hui, 250 commerçants prennent part à cette initiative dans 10 arrondissements de Paris, ils sont listés dans un petit livret mis à disposition. On a une trentaine de partenaires sur le terrain qui coordonnent notre action. A côté de cela, on essaye d’engager l’habitant en le faisant adhérer à l’association et en tant que membre, vous pouvez repartir avec un bon pour une boisson chaude. Cela permet de discuter avec le commerçant mais aussi avec les gens qui vivent à la rue. Et l’on propose également aux adhérents des conférences pour les « conscientiser ».

Quelles sont les prochaines étapes pour « Le Carillon » ?

Guillaume Holsteyn, qui nous a récemment rejoint pour fonder la branche-Insertion, est venu apporter son expérience de multi-entrepreneur et de consultant auprès d’associations humanitaires. Nous avons des personnes qui sont venues travailler pour faire un test. On attend un agrément de l’organisation du travail – des contrats d’insertion ainsi que des Dispositifs Premières Heures (DPH) - pour salarier des personnes en insertion afin de pouvoir développer le projet. C’est un chantier mobilisant et c’est à nous de pouvoir les réinsérer ensuite dans d’autres structures.
Un autre projet en réflexion est celui des « Graines du Carillon » qui est voué à la végétalisation des rues pour faire suite au permis donné par la mairie de Paris aux parisiens.

Le problème, c’est l’entretien des plantes : quand ils vont partir en vacances, qui va s’occuper des petits bouts de jardins et autres jardinières ? Pourquoi on ne donnerait pas la possibilité à des sans-abris de participer à la vie de quartier pour inverser le regard qu’on porte sur eux ? Ils pourront aller chercher l’eau chez un commerçant, les graines chez un autre et les habitants pourraient participer à un pot commun… Si cette expérience marche, cela permettra au voisinage de considérer autrement le sans-abri qui sera devenu le jardinier des environs. On pourrait également proposer aux commerçants d’embaucher des personnes à la rue avec un contrat DPH afin qu’ils puissent participer à leur réinsertion sans que cela ne leur coûte plus cher.

Quelles sont, selon toi, les enjeux majeurs à venir de l’entrepreneuriat social ?

L’enjeu prioritaire est celui de la pérennisation économique d’une startup sociale et solidaire. On n’a pas d’approche entrepreneuriale, on teste des modèles hybrides avec une patte économique. Pourquoi ne pas faire demain un partenariat avec l’Education nationale et sensibiliser les enfants en allant dans les écoles ? Ou encore une offre aux entreprises pour la conscientisation, des interventions pour les RH ou encore du team building ?

Le second enjeu du secteur, c’est qu’il est très précarisant : des gens diplômés de bac+5, d’HEC, etc. postulent. Ce sont des gens passionnés mais c’est une course par le bas qui s’oppose avec ceux qui ont fait toute leur carrière dans le social. Comment ces deux mondes vont s’affronter et converger ? C’est un secteur qui devrait réussir à offrir des salaires un peu plus corrects pour ne pas vivre que de la passion et des valeurs humaines que chacun porte.

Le dernier porte sur le problème des structures de ces startups : beaucoup se cassent la figure. Nous, on est un peu culotté car après un peu plus d’un an d’existence on s’installe à Nantes, Lille et Marseille où les cellules ont déjà démarré.

Quelle initiative solidaire t’a récemment le plus surpris ?

J’aime beaucoup le programme de « Comme à la maison » de Singa qui est très intéressant, il propose une mise en relation visant à connecter des personnes réfugiées à la recherche d’un accueil temporaire avec des particuliers disposant d’une chambre pour les accueillir. Il y a aussi le 115 du particulier qui est une association qui vient en aide aux plus démunis, une très belle initiative à suivre.

Envie de participer à votre échelle aux efforts menés par le Carillon ? Vous pouvez les rejoindre ici.

Crédit photo : Sarah Bouasse





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