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Interview


Le monde de demain selon Julia Mourri & Clément Boxebeld


Co-fondateurs de Oldyssey

Mai 2018, à Paris (via Skype)

Le monde de demain selon eux

« Dans la rue toutes les générations se mêlent très naturellement. Jeunes, vieux, très vieux sont dans la rue, sortent en famille, font la fête jusqu’au bout de la nuit.

Julia et Clément (au fond à droite sur la photo) ont décidé il y a quelques mois de partir à la rencontre des vieux, partout dans le monde. Dans un monde en pleine transition démographique, il leur semblait nécessaire de s’intéresser à cette génération dont on a du mal à parler, c’est pour cela qu’ils ont lancé « Oldyssey ». Chaque mois, ils partagent avec nous leur expérience du pays qu’ils viennent de parcourir : aujourd’hui, le Brésil.

Après un mois au Brésil, qu’est-ce qui vous a marqué ?

Clément : Ce que j’aime bien ici, c’est le focus qu’ils ont sur le développement personnel. Ils ont une manière de profiter de la vie que l’on retrouve chez les personnes âgées. À 60 ans, la vie est loin d’être terminée ! On peut encore se découvrir des passions, continuer à être heureux… À l’image de Theca, 80 ans, qui donne des cours de danse tzigane le jour et passe ses soirées dans le plus ancien club gay d’Amérique du sud la nuit ! (Son portrait vidéo est à découvrir ici.)

Julia : Depuis 2003 et la création d’un « statut de la personne âgée », le pays commence à s’organiser pour inclure les vieux. Le processus de vieillissement s’est fait très vite, il y a quelques années encore, le Brésil était considéré comme un pays jeune. La création de ce statut conférant des avantages aux personnes âgées leur a donné l’envie de revendiquer leurs droits. Elles veulent profiter de la vie, faire des voyages, retourner à l’université, rester actifs. Lorsqu’elles atteignent la soixantaine, les personnes sont encore très en forme et commencent à s’inscrire à des cours de sport, de théâtre, de pilâtes... Les municipalités leur donnent accès à des cours gratuits à titre préventif, et non curatif.

Quel rapport entretient la population vis-à-vis des vieux ?

Clément : On a eu l’impression que les personnes âgées n’étaient pas mises de côté dans les activités culturelles et sportives. Nous étions au Brésil pendant la période du carnaval, dans la rue toutes les générations se mêlent très naturellement. Jeunes, vieux, très vieux sont dans la rue, sortent en famille, font la fête jusqu’au bout de la nuit. Dans les écoles de samba qui s’affrontent chaque année pour remporter le carnaval, les anciens constituent la "vieille garde" de la samba : ce sont eux qui ont la responsabilité, au fil des ans, de transmettre les valeurs de leur école aux nouvelles générations et de leur rappeler les origines de la samba (voir notre vidéo sur la vieille garde de la meilleure école de samba du Brésil).

Julia : C’est marrant de voir des appareils de musculation à tous les coins de rue, ils sont utilisés par tout le monde, dont les vieux. Ils se mêlent beaucoup plus entre générations dans les événements culturels. Nous n’y avons pas ressenti la solitude que nous avons pu observer dans d’autres pays.

Une anecdote, un souvenir qui restera gravé ?

Julia : Notre rencontre avec la Casa de Santa Ana, dans la Cidade de Deus (« Cité de Dieu »), une favela très violente en ce moment, nous a beaucoup marqués (notre vidéo). Il s’agit du premier centre pour personnes âgées au Brésil au sein d’une favela. L’objectif de sa fondatrice, Maria de Lourdes Braz, est d’éviter aux vieux de prendre le bus pendant des heures pour aller se faire soigner, mais aussi qu’ils n’aient pas à franchir les points d’entrée et de sortie de la favela, ce qui peut parfois s’avérer dangereux. Nous avons eu la chance de pouvoir y aller avant que la maison ne ferme temporairement, faute de sécurité et de financements. L’ambiance dans la Cidade de Deus – rues désertes, gamins armés, points de « vente » un peu partout – contraste avec l’atmosphère gaie et chaleureuse qui règne dans ce lieu. Nous avons été impressionnés par le travail que mène depuis 30 ans cette petite dame de Copacabana pour que les vieux de la favela la plus dangereuse du Brésil puissent avoir accès à des soins de qualité (les coulisses de cette journée en BD ici).

Clément : La Casa de Santa Ana est parfois le seul endroit où les vieux peuvent trouver à manger – tous les jours de la semaine, les personnes âgées de la favela viennent y prendre 4 repas ainsi que des paniers repas de base. Mais ce n’est pas un endroit où on survit, c’est un lieu où il y a de la vie. Les jeunes ne font pas qu’y amener leurs grands-parents, ils y restent pour faire des activités avec eux : des percussions, de la danse, ou simplement boire un coup en écoutant de la musique. Des jeunes parents y passent aussi leurs après-midis. Environ 150 personnes de la communauté fréquentent tous les jours ce lieu.

D’après ce que vous avez observé là-bas, de quoi pourrait-on s’inspirer ?

Clément : Nous avons été impressionnés par une initiative rencontrée à Rio, le Teatro do Sopro, créée par le Canadien Olivier-Hugues Terrault (notre vidéo). Il s’agit d’une thérapie-clown conçue spécifiquement pour les personnes âgées avec qui il est difficile de communiquer, par exemple celles atteintes d’une maladie neurodégénérative. La figure du clown, qui n'est pas celle d'un médecin ou d'un soignant, permet une meilleure connexion avec ce public. Cette méthode fournit aux soignants et aux aînés des outils pour communiquer avec les séniors et pourrait facilement être importée chez nous !

Julia : Le clown porte un costume d’époque, il chante des chansons de la génération de ces vieux touchés par la maladie. Du coup, il déclenche des bons souvenirs et ça diminue l'anxiété des patients. On a vu des personnes âgées qui ne parlaient plus retrouver leur voix, une dame s’est mise à parler en hébreux au clown alors qu’elle était atteinte de la maladie d’Alzheimer et ne s’exprimait plus dans le quotidien.


Découvrir l’interview du mois dernier après leur passage en Inde, c’est là.

Pour découvrir le projet Oldyssey cliquez ici. Pour suivre le projet en temps réel, Oldyssey est sur Facebook, sur Instagram et sur Twitter.

Rendez-vous le mois prochain pour la prochaine escale d’Oldyssey, en Colombie !







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