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Interview


Le monde de demain selon Jérémy Lamri


Fondateur de Monkey Tie & du Lab RH

Décembre 2016, à Paris

Le monde de demain selon eux

« La nature des compétences pour le recrutement a évolué. On a besoin de personnes qui apprennent vite et qui sont capables de s’intégrer rapidement dans l’entreprise.

Jérémy Lamri est le fondateur de Monkey Tie et du Lab RH, deux initiatives - en partie digitales - qui révolutionnent le mode de recrutement professionnel actuel : sa solution ? Le matching affinitaire qui tient compte de la personnalité, des compétences et de la motivation de chacun.



Après six ans immergé dans le monde du travail, comment est né Monkey Tie ?


En démissionnant du monde de la finance, j’avais envie de travailler pour une entreprise dans laquelle je me sentais bien. J’ai commencé à m’inscrire sur des sites d’emplois classiques sauf que j’ai été très vite déçu. A quel moment on nous demande ce que l’on a envie de faire ou de savoir qui on est ? C’est pourquoi au départ, j’ai créé le site Monkey Tie pour un usage personnel. Puis j’ai rencontré des DRH qui se sont intéressés au développement de cette solution.

Avec Monkey Tie, j’ai inventé le concept de recrutement affinitaire (c’est-à-dire la prise en compte de la personnalité en plus des compétences) sur le modèle des sites de rencontre. Le recrutement, c’est un équilibre entre ce que tu veux et peux faire et ce que l’entreprise peut t’offrir. L’idée était de mettre dans la balance trois leviers distincts : la personnalité, les compétences et les moteurs de motivation.


Quelle est la différence entre Monkey Tie et les autres sites de recrutement ?



Monkey Tie est le seul qui propose une solution de « matching affinitaire ». Notre démarche, c’est de dire qu’à un moment donné si on n’aime plus notre boulot, il faut le quitter.
Malgré le chômage et la crise économique actuelle, cela n’empêche pas les gens de changer d’emploi tous les trois ans. Il y a un turn over énorme.

Aujourd’hui, on ne démissionne pas parce qu’on a trouvé un autre boulot mais pour prendre le temps de trouver ailleurs une meilleure qualité de vie au travail. Monkey Tie met en avant l’épanouissement au travail. Nous allons au-delà du recrutement, nous pensons qu’il faut déjà se connaître (via des tests de personnalité) et se développer (par du coaching par exemple) pour trouver les opportunités qui nous correspondent. Ce sont les trois briques qui constituent le parcours de l’employabilité. Les compétences techniques, on les apprend sur le tas. C’est notre capacité à apprendre qui est importante aujourd’hui : savoir apprendre, savoir réfléchir, savoir interagir.



Quel est le rôle du Lab RH vis-à-vis de Monkey Tie ?



Le Lab RH est une association à but non lucratif de Loi 1901 composée d’une équipe indépendante qui collabore avec 300 startups et 30 grandes entreprises (AXA, Engie, etc.) pour les conseiller dans le secteur des RH.

Le grand enjeu de demain va être de remettre l’humain au centre de toutes les activités quelles qu’elles soient. La France est le territoire naturel pour tout ce qui est humain : on est le pays des droits de l’Homme et l’on a justement beaucoup étudié l’Homme.

Avec le Lab RH, on va plus loin que la plateforme logicielle Monkey Tie : on y réunit de nombreux acteurs des RH qui veulent changer les choses à leur échelle. Cela en fait un levier très fort, et nous permet d’être force de proposition sur les questions de recrutement et de développement professionnel.



Quelles sont les tendances majeures actuelles qui selon vous, feront le monde de demain ?



La première, ce sont les outils. Il y a une grande inversion par rapport à ce qu’il se faisait ces dernières décennies. Il y a vingt ans, on ramenait la technologie de l’entreprise à la maison. Aujourd’hui, c’est à nous d’amener nos compétences informatiques au travail. On doit maîtriser des logiciels dont la formation peut durer plusieurs semaines. À l’image de Twitter ou de Facebook, les outils sont plus intuitifs et les entreprises doivent se mettre à la page. On voit sur ces deux dernières années au niveau des RH avec des outils plus contextualisés pour mieux approcher l’expérience du candidat.

Cela rejoint la deuxième tendance, celle des compétences. La nature des compétences pour le recrutement a évolué. Auparavant, on recherchait le diplôme d’une grande école. On casse désormais ces raccourcis intellectuels. On a besoin de personnes qui apprennent vite et qui sont capables de s’intégrer rapidement dans l’entreprise. Cela va profondément changer la manière de travailler et de recruter.

Il y aurait aussi l’organisation du travail. On parle aujourd’hui d’organisation agile voire d’holacratie (une entreprise dont la hiérarchie est très plate). Si auparavant une personne qui avait le pouvoir avait aussi le savoir et inversement, ce n’est plus vrai maintenant. Un simple stagiaire peut en savoir plus que son PDG, il n’est pas forcément plus diplômé mais plus connecté, plus à jour. Cela peut être une star sur Twitter et Instagram par exemple et cela change les rapports de force.

Enfin, les entreprises sont obligées de repenser le rapport au travail. Autrefois, il fallait avoir un emploi pour travailler. Aujourd’hui le freelance n’a pas d’emploi fixe, il gère ses clients. Il est à la fois salarié et RH. L’entreprise ne maîtrise plus ses frontières.



Quelle est l’innovation qui vous a fait un effet « whaouh » dernièrement ?



Dans le milieu des neurosciences, on parle de neuro-marketing et de neuro-recrutement. Je m’intéresse particulièrement à la manière dont le cerveau fonctionne et le lien avec la performance au travail. Grâce à des électrodes posées sur la tête des gens, on peut savoir qui est bon à tel poste en fonction des parties du cerveau stimulées.

Ce qui me fascine et m’inquiète à la fois, c’est que l’on puisse à un moment oublier l’humain dans ces processus ! Or, on le fait sans trop se poser de questions déontologiques, il va donc falloir définir l'éthique par rapport aux algorithmes et aux machines qu’on utilise...


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