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Interview


Le monde de demain selon Jacques Rougerie


Architecte, spécialiste de l'habitat sous-marin, auteur du projet SeaOrbiter

21 juin 2013, Sur sa péniche

Le monde de demain selon eux

« Les hommes ont voyagé sur les mers pour guerroyer, échanger ou assouvir leur soif de loisirs. Sous la surface se passent pourtant des choses qui laissent entrevoir aujourd'hui de nouveaux possibles dans les secteurs de la pharmacologie ou de l'alimentation.

Architecte et spécialiste des habitats sous-marins, Jacques Rougerie révèle la vision qui a conduit au projet SeaOrbiter, un vaisseau d'exploration du monde sous-marin qui offrira la possibilité de vivre 24h sur 24 au cœoeur des océans. Une aventure unique qui a pour but de mieux connaître l'écosystème océanique et la valeur de sa biodiversité.

QUELLES SONT D’'APRÈS VOUS LES TROIS TENDANCES À L'OE’ŒUVRE AUJOURD'’HUI ET QUI FONT LE MONDE DE DEMAIN ?


La plus importante selon moi, ce sont les réseaux sociaux. Ils vont à une vitesse incroyable et rassemblent des tribus humaines en les mettant en résonance. Il y a eu les échanges économiques, les guerres de territoires, puis la révolution Gutenberg et aujourd'’hui une mutation profonde en moins d'’une génération. C’'est un moment extrêmement passionnant et dangereux à la fois.
Je crois également que les jeunes sont beaucoup plus ouverts qu’'autrefois. Du fait qu'’ils voyagent et qu'’ils ont davantage accès à la connaissance, ils possèdent un regard sur de nombreuses autres cultures qui les invitent à ne pas de cramponner à leur vision.
Enfin, je crois que nous avons aujourd’'hui une chance unique pour créer de nouvelles relations entre l’'Homme et la Planète. Grâce aux nouveaux réseaux et à cette vision globale que je viens d'’évoquer, je crois que nous détenons aujourd’'hui les clés pour organiser un vrai basculement.

PARLEZ NOUS DE SEAORBITER, VOTRE DERNIER PROJET….

Le SeaOrbiter est un bateau vertical stable dédié à l’'étude des océans. C'’est une base-laboratoire sous-marine. Son objectif est de permettre aux scientifiques de s’'affranchir des sous-marins actuels - qui plongent pendant 2 ou 3 heures – afin d’'étudier plus longuement les fonds marins, ces fonds qui sont gigantesques et dont pourtant nous ne savons presque rien !
Mes équipes travaillent donc avec des consortiums industriels et scientifiques composés de Technip, Groupe Hervé, ABB, Constellium, Veritas, CMN, Ifremer, ESA, le Museum d'’Histoire Naturelle, l'Université de Cincinnati, d’'Hawaii, ou encore le World Ocean Network et le TerraMar Project. Il y a aussi Microsoft, notre partenaire technologique, et National Geographic est notre partenaire média. Nous avons terminé les études et il ne nous reste plus qu’'à le construire. D'ailleurs, nous dédions une partie du financement de cette aventure humaine au public. D’'ici peu, nous lancerons une campagne de crowdfunding, où chacun pourra participer à la construction de l'île de SeaOrbiter : le poste de vigie scientifique et relais éducatif. Ces souscriptions permettront de mieux connaître les oiseaux marins, les baleines, les dauphins, tortues..., mais aussi de suivre en direct la vie de l’'équipage, les découvertes et les explorations quotidiennes. Cela donnera accès à la plupart des données scientifiques, et participera à la préservation des océans. J'’invite les gens à se l’'approprier, et à participer à la campagne de crowdfunding que nous allons lancer le 28 octobre 2013 sur la plateforme kisskissbankbank. A partir d'une souscription en ligne de 10 euros, vous pourrez devenir membre du « Club SeaOrbiter » .

LA MER ET L'’OCEAN SONT-ILS VRAIMENT DES TERRITOIRES D’'AVENIR ?


Ce sont surtout pour moi des sujets de passion et de rêve. Les hommes ont voyagé sur les mers pour guerroyer, pour échanger ou assouvir leur soif de loisirs. Aujourd’'hui, on se rend compte que sous la surface se passent des choses jusqu'’alors inconnues : on sait par exemple désormais que la biodiversité est très importante dans les abysses. On entrevoit également grâce aux progrès technologiques de nouveaux possibles dans les secteurs de la pharmacologie ou de l’'alimentation, sans oublier les perspectives en matière d'’énergie.

MAIS EST-ON CONSCIENT DE CETTE RICHESSE ?


Dans les années 1970, Hulot et Cousteau créaient des chocs pour « sensibiliser » : ils montraient des images de nature détruite ou à l’'état pur pour favoriser la prise de conscience. Mais aujourd’'hui, la « sensibilisation » n'’a plus de sens pour les nouvelles générations. Les jeunes disposent d'’outils d'’accès à la connaissance qui rendent caduque cette approche traditionnelle.
Il faut donc s’'engager dans des actes concrets. Je pense notamment que les industriels doivent accompagner le mouvement. Personnellement, cela ne me pose aucun problème que des entreprises fassent beaucoup d’'argent grâce à l’'exploitation des énergies renouvelables issues de la mer : s'’il y a un potentiel économique, alors allons-y ! Mais il faut veiller aux déséquilibres et à une bonne gestion : il y a en effet des zones où les richesses sont importantes et où leur utilisation est biaisée par certains qui veulent faire main basse sur leurs potentiels gigantesques. Pour le pouvoir que cela leur apporte.…

ÊTES-VOUS OPTIMISTE À CE SUJET ?


Mon parcours est intimement lié à la connaissance de la mer et je veux construire des futurs immédiats. Ce n’'est pas toujours facile : parfois vous avancez d’'un pas, et parfois vous en faites 2 en arrière. Mais je crois sincèrement que notre imaginaire est capable d’'audace et d’'innovation.


Crédit photo: @Christophe Lepetit





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