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Interview


Le monde de demain selon France Hureaux & Camille Chanson


Equipe fondatrice de Zelip

Fin Janvier 2016, à Ici Montreuil

Le monde de demain selon eux

« Être ébéniste est devenu très cool ! Les jeunes veulent être leur propre chef, notamment dans ce secteur. Je pense donc qu’il va y avoir de plus en plus d’artisans. On est arrivés trop loin dans la « ikéaisation », et on a besoin de revenir en arrière !

Zelip (Zero Limit Project) est une startup française qui met en lien les particuliers ayant un projet de décoration ou de rénovation sur mesure avec des artisans d’art. Avec 40 métiers d’artisanat, Zelip est capable de proposer toutes les prestations sur mesure de décoration d’intérieur, en création ou en restauration. France, 31 ans, ancienne consultante en stratégie d'entreprise, est la fondatrice de Zelip. Camille, 27 ans, est la responsable communication et image de Zelip.

D’où est venue l’idée de ZELIP ?

France : J’ai toujours rêvé de monter ma boîte et je cherchais une idée, un secteur où il n’y avait pas d’innovation. Il se trouve que j’ai emménagé dans un nouvel appartement. J’ai fait appel à un maçon, que j’ai trouvé facilement sur internet, pour casser un mur. Mais quand j’ai voulu faire une étagère sur mesure, je n’arrivais pas à trouver un artisan qualifié pour le faire. J’ai réalisé qu’il n’existait aucun site qui puisse me mettre en contact avec des artisans au savoir-faire pointu, pour les petits projets de mobilier ou de décoration d’intérieur, comme il en existait pour trouver un plombier ou un maçon. Par la suite, j’ai discuté avec plusieurs personnes de ce secteur, notamment l’Institut des Métiers d’Art, qui m’ont confirmé que c’était une bonne idée. Alors je me suis lancée !

Comment fonctionne exactement ZELIP ?

France : Prenons l’exemple d’une personne qui a besoin d’un ébéniste, pour faire une table sur mesure. Quand elle arrive sur le site, elle remplit un questionnaire pour préciser son projet. Ensuite, nous avons un commercial qui la rappelle pour vérifier avec elle qu’il ne manque pas d’éléments, ou pour l’aider à avoir une meilleure idée du budget. Si le client valide le projet, nous envoyons l’annonce à notre réseau d’artisans sélectionnés, et les trois premiers artisans qui manifestent leur intérêt vont pouvoir faire une première proposition. Le client va donc recevoir trois propositions, avec un lien vers les profils des artisans, où il pourra consulter des photos de leurs réalisations, afin d’avoir une meilleure idée de leur style. Dans les propositions, il y aura un ordre de grandeur du prix, des délais, et souvent des suggestions, par exemple : « faire des pieds ronds plutôt que carrés sera moins cher, ou plus joli ». Une fois que le client a sélectionné la proposition qui l’intéresse le plus, il rentre en relation directe avec l’artisan.

Camille : Nous avons actuellement 40 métiers, allant de la céramique au bois, en passant par le métal… Mais aujourd’hui, le cadre principal, c’est la décoration d’intérieur : mobilier sur mesure, agencement d’intérieur sur mesure, et décoration d’intérieur sur mesure. Nos clients sont des particuliers et des professionnels.

Pensez-vous que les avancées technologiques, comme l’imprimante 3D, et le mouvement des « Makers » et du « Do It Yourself » vont « tuer » l’artisanat ?

Camille : Non, pas du tout ! Aujourd’hui, le « maker movement » prend de l’ampleur, en effet, et il y a une demande croissante de « vouloir faire soi-même » et de participer au processus de fabrication de son meuble. Chez Zelip, on dit que l’on s’adresse au « maker paresseux ». Nous avons enregistré plus de 200 demandes en 2015 et cette année nous sommes partis pour doubler ce chiffre ! Mais ce que l’on voit, c’est qu’il faut quand même un grand savoir-faire pour utiliser ces nouveaux instruments (imprimante 3D, découpe numérique du bois ou du métal, etc.), qui sont complexes, et ce n’est pas demain que les particuliers les utiliseront eux-mêmes. D’ailleurs, nous travaillons avec Ici Montreuil [le fablab, ndlr], et le métier que l’on représente, c’est la fabrication numérique, au même titre que l’artisanat d’art.

France : Les nouveaux outils comme la découpe numérique du bois sont très présents dans les ateliers d’artisanat, donc je dirais qu’ils contribuent plutôt au développement de l’artisanat et répondent ainsi à la demande croissante de création, de makers et de « do it yourself ».

Est-ce qu’il y a aussi une dimension d’éthique ou d’écologie dans cette demande croissante de « faire soi-même » ?

France : L’éthique fait partie intégrante du projet, parce que nous mettons nos clients en relation avec des artisans locaux, ce qui leur permet d’avoir une consommation locale. Cela donne du travail aux artisans, et cela redynamise l’économie !
Ce qui est dommage, c’est que le choix « éthique » d’acheter ses meubles chez un artisan local soit rendu difficile par le fait qu’il n’y ait pas de processus simple pour y avoir accès. Aujourd’hui, pour acheter une table que tout le monde a, c’est très simple. On va chez Ikea, la table est jolie, mais elle manque un peu d’âme. Jusqu’à présent, le processus de passer par l’artisanat était très compliqué. Il fallait être curieux, il fallait descendre aux ateliers, cela prenait du temps… Nous essayons de simplifier ce processus, en proposant un catalogue en ligne avec toutes les réalisations de nos artisans. Nous sommes les seuls à avoir ce genre de catalogue et cela déclenche pas mal d’achats : ça donne des idées à nos clients.

Quelles sont, selon vous, les tendances à l’oeuvre aujourd’hui qui vont faire le monde de demain ?

Camille : Pour moi, la personnalisation est une tendance très importante. Je pense qu’il y a une envie de retourner à une consommation plus individualisée, plus personnalisée, en réponse à la consommation de masse, à l’industrialisation. Cela permet aussi aux gens de concrétiser leurs idées et leurs rêves.

France : On est arrivés trop loin dans la « ikéaisation », et on a besoin de revenir en arrière ! Le mouvement des freelances et des artisans est aussi une tendance importante. Nous avons rencontré beaucoup de jeunes qui ont fait des études dans le web, ou qui sont ingénieurs qui se sont reconvertis en artisans. Être ébéniste est devenu très cool ! Les jeunes veulent être leur propre chef, notamment dans ce secteur. Je pense donc qu’il va y avoir de plus en plus d’artisans, autant qu’il y aura de plus en plus de freelances. Cela va aussi changer le consommateur.

Comment voyez-vous ZELIP évoluer dans le futur ?

France : Les artisans d’art et les particuliers, pour du mobilier sur mesure, c’est un marché qui pèse 2 milliards aujourd’hui. Et il y a 38 000 artisans d’art en France donc ce secteur n’est pas si « niche » que cela ! Notre positionnement a un potentiel énorme. Deux options s’ouvrent à nous : soit nous ouvrons notre catalogue à l’étranger pour montrer ce que les Français savent faire, soit nous accueillons au contraire des artisans du monde entier, d’Allemagne, d’Italie, pour montrer ce que les étrangers savent faire. Nous n’avons pas encore tranché.

Camille : Une troisième option serait d’élargir à d’autres secteurs, notamment la mode, où il y a de nombreux artisans. Dentelle, costumes, joaillerie, c’est infini !

Quel a été votre dernier effet « waouh » ?

France : Mon dernier effet « waouh », c’est la personne qui a écrit tout le code du programme Apollo pour envoyer les hommes sur la Lune. C’était une femme qui avait moins de 30 ans, Margaret Hamilton. Cela m’énerve qu’on ne la connaisse pas ! Je l’ai découverte grâce à une photo qui passait sur Facebook, où on la voit à côté de toutes les lignes de code qu’elle a écrites. Elle mesure un mètre soixante, et elle a une pile d’un mètre soixante de papier à côté d’elle de la même taille... En plus, c’est elle qui a créé le terme « software engineering ». Du coup, je me suis créé une liste des gens géniaux pour en garder une trace. Je l’ai mise dessus, et je continue de l’alimenter. Voilà, c’est mon petit côté féministe. ☺

Pour tester par vous-même les services de Zelip, c'est par ici !





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