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Interview


Le monde de demain selon Clémentine Chambon


Co-fondatrice & CTO d'Oorja

Janvier 2017, à Paris

Le monde de demain selon eux

« En Europe, tout le monde est conscient du changement climatique mais on responsabilise les consommateurs – par exemple - sur leur consommation de viande … mais ce n’est pas à chacun de faire son changement.

Clémentine Chambon, est la co-fondatrice d’ Oorja, une technologie hybride pour électrifier l’Inde avec de l’énergie renouvelable. Récompensée au dernier MIT Under 35 France, elle nous livre sa vision du monde en proposant des solutions énergétiques propres, accessibles et fiables aux communautés rurales les plus reculées...

Comment est née Oorja ?

C’était il y a deux ans maintenant. Après une formation dans l’ingénierie chimique et lorsque j’ai passé ma thèse, j’ai pu développer des connaissances techniques relatives à la transformation de la biomasse en carburant utile. Non seulement les biocarburants mais les matériaux qu’on pouvait créer : les polymères ou des plastiques. On peut aussi produire de l’électricité et des énergies renouvelables ! J’ai ensuite fait une formation d’été de cinq semaines qui s’appelle « The Journey », organisée par une association qui s’appelle Climate-Kic ( Knowledge and Innovation Community ). C’est alors que j’ai rencontré Amit Saraogi, le co-fondateur et CEO d’Oorja. Il s’est rendu dans des villages en Inde et a vite compris l’importance capitale de l’accès à l’énergie pour pouvoir développer une région ou un pays du point de vue social et économique.

Nous avons mis nos expertises en commun pour nous focaliser sur la démocratisation de l’accès à une énergie propre, pour fonder Oorja. Depuis nous avons changé de modèle. Outre les déchets issus de l’agriculture, nous nous sommes concentrés sur l’utilisation d’une énergie hybride et l’utilisation de l’énergie solaire.

Concrètement, quelles sont les solutions énergétiques apportées par Oorja ?

Notre but est de produire de l’électricité propre, peu chère mais aussi fiable.

Nous nous sommes rendus compte que les foyers en Inde utilisaient essentiellement le kérosène pour s’éclairer et pour le chauffage. S’ajoute à cela, les provinces rurales du pays qui connaissent un fort exode rural. Les jeunes partent car il n’y a pas de travail pour eux notamment en raison du fait qu’il n’y a pas d’électricité fiable pendant une grande partie de la journée (20h sur 24). Or, une entreprise en a besoin pour pouvoir produire.

Comment fournir à ces populations une électricité en continu ? On a développé deux types de production d’électricité : un premier basé sur l’énergie solaire à usage domestique (l’éclairage, le rechargement des téléphones) ou pour refroidir la salle et utiliser une pompe. On le vend par heure d’irrigation et non unités d’électricité qui ont servi.
Après, un autre système assez différent hybride avec de l’énergie solaire et de gazification de biomasse. Il est utilisé pour produire du courant alternatif pour des machines d’entreprises locales, pour des moulins afin de convertir du blé en farine ou encore pour des machines à couture. On produit aussi de la chaleur et du biocarburant pour aider les agriculteurs.

Penses-tu que les mentalités sont en train de changer sur la question climatique ?

En Europe, tout le monde est conscient du changement climatique mais on responsabilise les consommateurs – par exemple - sur leur consommation de viande … mais ce n’est pas à chacun de faire son changement.

Les gens ne sont pas encore prêts à protester massivement pour un changement climatique. Sur le plan politique, certains s’en font les porte-voix mais le problème est du côté industriel. En effet, les entreprises mettent surtout en avant leurs résultats économiques. Si certaines entreprises investissent dans le développement durable, cela reste très limité. On n’a pas assez communiqué aux gens que les énergies renouvelables vont être moins chères car elles ne reposent pas sur l’emploi d’énergies fossiles dont l’extraction est coûteuse et compliquée. Nous pouvons imaginer un monde dans lequel l’énergie serait très peu chère, voire gratuite.

Les grandes villes doivent montrer l’exemple en améliorant leur gestion des déchets ou en multipliant les pistes cyclables. Il est plus simple de partir du niveau local avant d’avoir une contribution sur le plan nationale et internationale. Sans la participation des pays les plus pollueurs, la Chine et les Etats-Unis, on ne pourra pas faire grand-chose. Je pense qu’on y arrivera d’une manière ou d’une autre mais il faut avant tout que les grands industriels le comprennent et agissent dans ce sens.

Encore une fois, le problème de communication est primordial : les énergies fossiles sont lourdement financées alors que les énergies renouvelables ne bénéficient que d’un cinquième de ces subventions. C’est donc difficile d’être compétitif dans ces conditions même si de récentes déclarations montrent que l’énergie solaire reste la plus accessible dans de nombreux pays… On peut observer qu’à chaque fois que le peuple américain a souhaité un changement, les décideurs politiques ont suivi. Les changements sociaux ont toujours été issus du peuple et se sont imposées de manière bottom up.

Quelles sont, selon toi, les trois tendances majeures qui émergent dans le domaine des énergies renouvelables ?

La production et la génération d’énergies renouvelables est de plus en plus locale. Dans les pays en voie de développement, on opte pour une génération d’électricité décentralisée en passant par des panneaux solaires individuels pour chaque foyer. Cela évite de transporter ces énergies sur de longue distance, ce qui pollue évidemment. On peut reproduire également ce même schéma de production locale au niveau de l’agriculture avec des cultures locales.

L’utilisation de déchets dans les économies circulaires. Bien sûr, thermodynamiquement on ne peut pas réutiliser les mêmes déchets à l’infini et on a besoin d’autres ressources dans ce processus. Néanmoins, le réemploi des déchets est un moyen viable de faire des économies de consommation d’énergie. Un des exemples les plus frappant est la réutilisation des eaux ménagères. Il existe de nombreux processus de reconversion de ces déchets pour produire des biocarburants.

L’utilisation de la biomasse pour remplacer les carburants. On peut construire des bio-raffineries au lieu de celles à base de pétrole. On peut tout produire à partir de ces déchets issus de l’agriculture, des ordinateurs, des arbres dont on n’a plus besoin. C’est une ressource énorme aussi bien pour les carburants que pour les matériaux. Les bio-matériaux viennent concurrencés les matériaux fossiles et cela fait de nombreuses économies d’émission de CO2. Plus on investit dans ces énergies renouvelables, plus leur coût baissera et sera compétitif…

L'initiative Oorja est à retrouver ici !







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