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Interview


Le monde de demain selon Clément Bonhomme


Cofondateur de Foodles

Mars 2016, Paris

Le monde de demain selon eux

« Je pense que de nombreux « restaurants » virtuels vont bientôt émerger. Ils se consacreront uniquement à la confection de plats pensés pour la livraison, qui seront distribués par les logisticiens du marché.

Clément Bonhomme est le cofondateur, avec Michael Ormancey et Paul Tsnobiladzé de Foodles. Cette startup installe des cafétérias autonomes et clé en main en entreprise dont elle pilote et personnalise les ravitaillements grâce au big data. Elle compte aujourd’hui 35 entreprises clientes dont certaines startups françaises (SNIPS, Algolia…). Expert en foodtech, il nous livre sa vision de ce qui arrivera dès demain dans nos assiettes...

Mais qu’est-ce qui se passe avec Take It Easy, Deliveroo, Foodora & Co ?! Pouvez-vous nous expliquer pourquoi on voit leurs livreurs partout dans les grandes villes désormais ?

Ces entreprises représentent la deuxième génération de startups dans la « food delivery ». La première étant constituée des modèles portés par des entreprises comme Just Eat ou AlloResto, qui ne faisaient « que » le lien entre des restaurateurs qui possédaient déjà des livreurs d’une part, et des consommateurs d’autre part…
Il y a un an et demi, Take Eat Easy et Deliveroo, arrivés à maturité sur leurs marchés respectifs (la Belgique et le Royaume-Uni), ont commencé à lever des fonds pour s’internationaliser. Foodora, quant à elle, est l’émanation de Rocket Internet qui est un acteur historique du « food delivery ».
L’innovation apportée par ces trois startups a été de mettre en place une force logistique (des livreurs freelances payés à la course !) permettant de livrer directement depuis des restaurants qui ne possèdent pas de livreurs. Cela a ouvert le marché à des acteurs plus qualitatifs, jusque là absents, qui ont contribué au succès de cette offre.

Est-ce qu’il y a une troisième génération de startups delivery ?

Oui ! Les startups delivery de troisième génération sont celles qui fabriquent et livrent elles-mêmes des plats à moins de 10€. Ce secteur a connu un vrai succès aux Etats-Unis (avec Munchery notamment), mais en Europe le bilan est plus mitigé : Eat First (lancé par Rocket Internet au Royaume-Uni et en Allemagne) semble peiner à décoller…
En France, nous avons la chance d’avoir des acteurs qui révolutionnent ce domaine : quand on voit la qualité des plats de FoodChérie ou de Frichti (pour des plats à 10€) on se dit que le prochain champion européen - voire mondial ? - sera peut-être français ! A la différence des startups de première et deuxième génération, cette troisième génération doit se différencier en premier lieu sur la qualité des plats produits, et non plus seulement sur un savoir-faire logistique. Et soyons un peu chauvin : je vois mal une startup allemande être meilleure que nous dans ce domaine ! Toutefois, ce modèle est beaucoup plus difficile à « scaler » [rendre duplicable avec un levier de croissance important, ndlr] et il reste de nombreux doutes quant à la viabilité même de leur business modèle.
Enfin, un acteur fait tranquillement son trou : UberEats. Il bénéficie de la force de frappe et du savoir-faire logistique de sa maison mère pour proposer un service difficilement réplicable par les autres concurrents : la livraison en 10 minutes chrono de plats de restaurants pour 10€ !

Quels ont été les facteurs qui permettent tant d’innovation dans le domaine de l’alimentation ?

Le premier facteur : l’impératif de réduction des coûts. Je pense par exemple à Blendbow qui a créé une machine qui fabrique des cocktails et remplace donc potentiellement le barman…
Ensuite, le désir de démocratisation de la bonne nourriture joue beaucoup, et il va de pair avec la diversification de l’offre. Des plateformes comme La Ruche qui dit Oui permettent ainsi aujourd’hui une mise en relation sans intermédiaire entre producteurs et consommateurs locaux. C’est un exemple de démocratisation.
Enfin, des startups innovent dans la recherche, en lançant des nouveaux procédés de production. A l’image de d’Ynsect qui utilise des matières organiques pour nourrir et élever des insectes qui servent eux même à produire de la farine pour le bétail avec un impact écologique très faible.

Quelles sont les tendances à l’œuvre dans le secteur de la foodtech ?

Tout d’abord l’automatisation de certains processus permise par la robotisation. Cette automatisation va encore plus démocratiser l’offre disponible. Par exemple, l’entreprise dont je suis le cofondateur, Foodles, permet à une entreprise de bénéficier d’une cantine avec des produits qualitatifs disponibles 24h/24 7j/7j pour quatre fois moins cher que la concurrence. Grâce à un système connecté automatisable.
Le traitement des données et feedbacks clients va également permettre une plus grande personnalisation de l’offre et une plus grande réactivité des acteurs. Toujours dans le cas de Foodles, notre système analyse les feedbacks clients, les consommations ainsi que nos contraintes de stocks afin de suggérer automatiquement des réassorts personnalisés par entreprise.
Enfin, je pense que de nombreux « restaurants » virtuels (qui n’ont pas de point de vente physique en direct) vont bientôt émerger. Ils se consacreront uniquement à la confection de plats pensés pour la livraison, qui seront distribués par les logisticiens du marché (c’est-à-dire les Deliveroo et UberEats). L’enjeu pour ces enseignes à l’heure actuelle est de créer une marque forte et d’acquérir des utilisateurs (via leur appli) en fidélisant leur clientèle. Je pense que d’ici 1 à 2 ans il n’y aura pas 5 mais 50 « restaurants » de ce type qui se battront à coup de Facebook Ads pour gagner de nouveaux utilisateurs. Il sera donc beaucoup plus difficile de se faire une place !

Vous parlez de restaurants virtuels… Est-ce que l’irruption des nouvelles technologies est en train de mener à la disparition des restaurants physiques ?

Je ne le pense pas. Pour le moment les bons restaurants bénéficient largement des services de livraison car ils leur permettent parfois de doubler voir tripler leur chiffre d’affaire. Il y a même des restaurateurs qui redimensionnent leurs cuisines afin d’augmenter leur capacité de production.
Néanmoins, s’il est vrai que de plus en plus de gens aiment se faire livrer à domicile, le fait d’aller dans un restaurant reste un moment unique qui n’obéit pas aux mêmes motivations qu’une livraison à domicile.Tout comme l’invention de la télévision n’a pas tué le cinéma mais a contribué à enrichir l’offre, l’offre de restauration profite de l’émergence des services de livraison. Un même processus est à l’oeuvre. On est moins dans la découverte que dans le prolongement de l’expérience des initiés.
Dernier point, la livraison a ses limites : de nombreux chefs ne veulent pas que leurs plats soient livrés car cela dégrade l’expérience. Ainsi, les restaurateurs étoilés n’ont pas grand chose à craindre de ces services de livraison, qui restent concentrés dans 95% des cas sur des concepts de « fast-food qualitatif ».

Quel a été votre dernier effet « wahou » ?

C’était un whaou culinaire « foodtech » ! Une commande sur Foodchérie, « thon aller-retour, riz » en Février: pour 10€, j’ai mangé un steak de thon bon comme je n’en avais jamais goûté. Le tout livré en 15 minutes. Belle perf’ !







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