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Interview


Le monde de demain selon Christian Blanckaert


Ancien DG d'Hermès / Président du Conseil de surveillance de Petit-Bateau

11 juin 2012, Paris

Le monde de demain selon eux

« Le luxe sera celui de la lenteur, du travail à la main, du sur-mesure. Car dans un monde qui ira encore plus vite, l’exceptionnel sera le temps. Les jolies choses prennent du temps et elles conservent ainsi toujours une part de mystère.

Christian Blanckaert est Président du Conseil de surveillance de Petit-Bateau, après avoir été PDG d’Hermès Sellier et DG d’Hermès International. Il est actuellement professeur a l'ESCP où il enseigne le management des marques de luxe. Il est l'auteur de Luxe Trotter (Ed. Le Cherche Midi)

Quelles sont d’après vous les trois tendances à l’œuvre aujourd’hui et qui font le monde de demain ?
Je pense que la première est relative au tsunami de la connaissance. On sait déjà tout sur tout, il y a une absence totale de transparence, mais avec la déferlante de connaissances viendra demain la question de la gestion de toute l’information. Il y a des côtés très positifs – vous êtes malade, le médecin vous dit quelque chose et en quelques instants vous pouvez être connectés à d’autres malades, échanger avec eux, etc. Mais ça pose bien évidemment la question de la gestion de cette quantité…

Vous pensez que nous ne sommes pas déjà au sommet de la capacité de savoir ?
Pas du tout. Voyez par exemple combien nous sommes encore limités par nos écrans. Quand ce que portent aujourd’hui les écrans sera projeté sur tout type de support, la connaissance et l’information seront omniprésentes. On sera en contact avec elles sans discontinuer, avec pour conséquence un trop plein évident, un risque de mauvaise interprétation et surtout une remise en cause de l’autorité. C’est bientôt la fin des experts puisque tout le monde croit qu’il peut le devenir en ayant accès à toutes sortes d’information… Je vois donc un risque, dans les années qui viennent : la remise en cause de l’autorité. Car celle-ci est fondée sur le mystère, sur les connaissances et la synthèse de ces dernières. L’autorité sera remise en cause mais je crois qu’elle demeurera en s’appuyant sur l’expérience. Je crois que c’est l’expérience qui fera la différence face à la simple connaissance. Et on reviendra à des valeurs très simple résumées dans un « principe de bon sens ».

D’autres tendances à l’œuvre d’après vous ?
Pour moi, la deuxième tendance forte, c’est le nomadisme. Nous sommes déjà des nomades mais nous allons l’être encore davantage : on pourra aller en 3 heures à Tokyo. On va donc passer du stade de voyageur à celui de nomade. Et ça change tout : c’est un rapport au temps complètement différent. Notre rapport aux cultures étrangères sera bouleversé car on les absorbera sans aucune préparation. En fait, je crois qu’on va vers une sorte de sauvagerie des nomades. Les choses vont s’accélérant et on risque d’aller trop vite.
La troisième tendance selon moi, c’est le grand retour du « sens ». C’est une forme de compensation des deux tendances précédentes : pour contrer la connaissance extrême et trop rapide – voire notre propre incapacité à la gérer et à la comprendre, ainsi que le nomadisme poussé, le besoin de sens va devenir immense. Ce sera le retour du sentiment, de la spiritualité. On parlera amour, amitié, tolérance. Bref, de toutes ces valeurs fondamentales mises de côté jusqu’à présent…

Vous pensez que cette facilité au voyage et à la connaissance sont responsables de cette privation de sens ? Que « la facilité » y joue un rôle ?
Cette question de l’accès immédiat et de la facilité est à double tranchant: d’un côté c’est une chose formidable pour les générations à venir qui sauront tout sur les précédentes, et dans le même temps, on prive l’homme de mystère et de rêve. En fait, l’absence de mystère, qui est le corollaire de la connaissance absolue, entraîne selon moi ce besoin de mystère et de sens. Donc d’un côté la connaissance, et de l’autre le sens et le mystère…

Le luxe est votre domaine de prédilection. Le luxe du futur selon vous, ça ressemble à quoi?
Le luxe ça ne veut rien dire en soi. Le luxe à titre personnel, ce sera selon moi la constitution d’une utilité sociale, plus humaine. Ce sera le sentiment de faire progresser les hommes. C’est très lié est à la générosité et à la transmission de valeurs. Le luxe de demain sera, je pense, très lié à la définition des nouvelles « utilités » dans le monde de demain.
Côté produits, ceux-ci devront être authentiques et rassurants. Je pense que l’artisanat reprendra une place de choix. On verra le luxe du travail bien fait, bien fini, celui qui prend du temps. Le luxe sera celui de la lenteur, du travail à la main, du sur-mesure. Car dans un monde qui ira encore plus vite, l’exceptionnel sera le temps. Les jolies choses prennent du temps et elles conservent ainsi toujours une part de mystère.
Je ne crois pas du tout que nous allions vers un monde d’ordinateurs glacés. On ne voit ça que dans les bandes dessinées. L’avenir appartient selon moi à ceux qui apporteront de l’humanité dans ce qu’ils font. Car in fine, il y a toujours les gens. Quoiqu’il arrive, malgré toute la dématérialisation actuelle et celle de demain, c’est au fond d’une intelligence humaine qu’il s’agit.

Quelle est la dernière innovation qui vous a vraiment marqué ?
La question que je me pose toujours, c’est comment on fait pour définir le progrès, comment on fait pour faire mieux. Je me suis dit l’autre jour que sur une marque patrimoniale, lorsque l'on réussit à la fois à dire « on fabrique avec des hommes » et à rajouter à ça une piqure de modernité, qu’on fait un produit signé de la tradition mais complètement projeté dans le futur, c’est génial. Pour séduire il faut aujourd’hui coller une grosse plaque de gourmandise et d’étonnement sur des valeurs qui traduisent le travail et l’effort. C’est ça le mélange génial. C’est difficile à faire, mais ça marche.

Crédits photo : © 2012 FashionMag.com





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