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Interview


Le monde de demain selon Carlo Ratti


Architecte, directeur du Senseable City Lab au MIT

le 3 avril 2014, au Festival des ATELIERS du Quartier de la Création, à Nantes

Le monde de demain selon eux

« Les nouvelles technologies permettent aujourd'hui de renforcer le rôle des citoyens. Je voudrais essayer de proposer des systèmes et des espaces pour les impliquer. Il faut leur donner la possibilité de créer et de contrôler leur propre ville.

Carlo Ratti est un architecte italien, fondateur de l'agence Carlo Ratti Associati. Il partage sa vie entre son pays d'origine et les Etats-Unis où il dirige, au sein du MIT (Massachussets Institute of Technology) le Senseable City Lab, l'un des principaux centres de recherche mondiaux sur la ville et les nouvelles technologies. Nous l'avons rencontré à Nantes, dans le cadre du Festival des ATELIERS du Quartier de la création, où il donnait une conférence sur le thème des Smart Cities (ou villes intelligentes).


Quelles sont d'après vous les trois tendances à l'oeuvre aujourd'hui et qui font les villes de demain?

Une ville "intelligente" (ou "smart city") doit promouvoir la transformation urbaine à plusieurs niveaux. Si je devais choisir les trois principaux, je dirais : la durabilité, la participation des citoyens et des transports intelligents. Les nouvelles technologies permettent aujourd'hui d'atteindre ces objectifs.

J'utilise souvent une analogie pour expliquer l'avènement des villes intelligentes, en rappelant ce qui s'est passé pour la Formule 1 il y a deux décennies. Jusqu'alors, on considérait que le succès d'une voiture sur un circuit était dû principalement à la mécanique de celle-ci, et aux qualités du pilote. Puis, la télémétrie s'est développée. La voiture s'est transformée en ordinateur, suivie en temps réel par des milliers de capteurs qui l'ont rendu intelligente et capable de s'adapter aux conditions de la course.

De la même manière, au cours de la dernière décennie, les technologies numériques ont commencé à recouvrir nos villes, formant l'épine dorsale d'une grande infrastructure intelligente. Les réseaux de télécommunication, les smartphones qui se sont démocratisés, les bases de données ouvertes et crowdsourcées, les capteurs, les technologies à commande numériques... Nos villes deviennent de véritables « ordinateurs en plein air » !

Cette convergence entre le monde physique et le monde numérique est-elle quelque chose de positif ?

Les villes modernes sont à la convergence des bits et les atomes. Leur espace physique est augmenté par l'information numérique et les données - ce qui en termes techniques peut être défini comme un système de cyber-physique. Les conséquences touchent tous les domaines, de la mobilité à l'eau, de l'énergie à la gestion des déchets. Ces changements s'inscrivent dans une certaine continuité : le progrès humain a été marqué par l'externalisation progressive des fonctions mentales vers l'ordinateur. Le développement des nouvelles technologies renforce le phénomène. Les forces humaines, technologiques et environnementales sont de plus en plus liées et co-évolutives.

Comment définiriez-vous la mission du Senseable City Lab ?

Au Senseable City Lab , nous explorons la façon dont le déploiement croissant des capteurs et de l'électronique mobile au cours des dernières années a autorisé une nouvelle approche des bâtiments et de la ville en général. Notre objectif est d'étudier et d'intervenir à l'interface entre les personnes, les technologies et la ville. Notre recherche porte notamment sur des applications qui permettent aux citoyens de s'impliquer afin de façonner un espace urbain plus vivable.

Sur quel genre de solutions pratiques travaillez-vous ?

Le MIT Senseable City Lab est avant tout un groupe de recherche - notre objectif est de faire progresser les connaissances et de proposer de nouvelles visions urbaines. Dans certains cas, cependant, nous avons été impliqués dans la mise en œoeuvre complète de certains concepts. Un exemple est le Copenhagen Wheel, un device qui transforme des vélos ordinaires en vélos électriques hybrides qui fonctionnent alors aussi comme des unités de détection mobile. Le concept est aujourd'hui fabriqué par une start-up basée à Cambridge, Superpedestrian.

En ce moment, nous travaillons sur un autre projet, appelé "Local Warming" (chauffage local), qui sera présenté à la Biennale de Venise le 7 juin. Le concept est né d'un constat : aujourd'hui, une quantité phénoménale d'énergie est gaspillée pour chauffer des bureaux vides ou des bâtiments partiellement occupés. Local Warming permet de synchroniser le contrôle de température avec la présence humaine effective, grâce à un système infrarouge sensible et un suivi sophistiqué du mouvement humain. L'idée, c'est que chaque habitant d'un bâtiment ait un "nuage" thermique individuel qui le suive dans l'espace et lui assure un confort, tout en optimisant la dépense énergétique. Il s'agit donc d'une inversion complète du foyer: l'Homme ne cherche plus la chaleur - c'est la chaleur qui cherche l'Homme !

Si vous étiez le maire d'une grande ville , quelle serait votre première action ?

La réflexion la plus importante porte sur le rôle des citoyens. Je voudrais essayer de proposer des systèmes et des espaces pour les impliquer. Il faut leur donner la possibilité de créer et de contrôler leur propre ville.

Quel a été votre dernier effet "whaouh" ?

Je suis fasciné par les derniers développements concernant les recherches sur le cerveau. Je vous encourage à découvrir la conférence de Mary Lou Jepsen au TED Talk. Whaouh !





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