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Interview


Le monde de demain selon Camille Pène


Directrice de FUTUR.E.S

Juin 2018, à Cap Digital (Paris)

Le monde de demain selon eux

« C’est important de permettre aux visiteurs de pouvoir rencontrer les concepteurs et tester le produit ou service […] je comprends beaucoup mieux la technologie et son potentiel si je teste et discute des implications que cela a avec son concepteur

Depuis 4 ans, Camille Pène est la directrice de FUTUR.E.S, anciennement connu sous le nom de Futur en Seine. Quelques mois après ce changement majeur et quelques jours avant la 9ème édition parisienne du festival, elle a répondu à nos questions.


Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je suis depuis 4 ans directrice du festival FUTUR.E.S qui s’appelait Futur en Seine jusqu’à récemment, au sein de Cap Digital, un pôle de compétitivité au service des acteurs de l’écosystème numérique. Avant cela, j’ai travaillé chez Paris & Co au Labo de l’édition, incubateur dédié aux startups de l’édition, puis en tant que responsable des relations internationales. Ma mission était d’initier des échanges avec des incubateurs du monde entier. J’ai été également en charge de monter l’Atelier français, plateforme pour les professionnels des industries créatives françaises dont la création était soutenue par le Ministère des Affaires étrangères et pour lequel j’ai organisé de nombreux événements sur la transformation des métiers de la culture par le numérique.

Etre à la tête d’un grand événement qui cherche à démocratiser l’innovation numérique est un vrai challenge. C’est une mission passionnante car il faut sans cesse faire évoluer le festival tout en continuant à fédérer un public nombreux et des partenaires. La technologie accélère, les usages se transforment et Futur.e.s doit continuer d’être à l’avant-garde des événements tech !

Qu’est-ce qui a motivé le changement de nom et donc de stratégie ?

On s’est dit qu’il fallait absolument qu’on change, pour plein de raisons. Futur en Seine a été un festival pionnier, créé en 2009 où le contexte était vraiment différent ! L’iPhone était sorti il n’y a pas si longtemps et le numérique était beaucoup moins présent dans notre quotidien.

L’idée de départ était de sortir les innovations du garage pour à la fois faire connaître ce marché et ces innovations mais aussi pour permettre au grand public de tester et de lui donner l’occasion d’être acteur et co-constructeur de ces produits technologiques qui allaient transformer les usages et manières de vivre du futur.

Nous étions tous seuls à l’époque mais depuis beaucoup d’événements se sont créés comme Hello Tomorrow, la Maddy Keynote, Frande Digital Day et évidemment un très gros acteur qui a tendu le marché pour tous les organisateurs d’événements : VivaTech. En voyant cela arriver, même en sachant qu’on était différents, cela nous obligeait malgré tout à nous repositionner et à affirmer très fortement ce que nous sommes. De toute façon, les événements Tech tels qu’ils se développent un peu partout dans le monde, les grosses foires à la startup comme le Web Summit, Slush ou Vivatech, ce n’est pas nous et cela ne représente pas la vision de l’innovation que l’on défend. Notre ADN vient d’une logique de co-construction du futur, pas des startups : l’idée d’un futur souhaitable dans lequel la technologie joue un rôle et est accessible au grand public, avec des valeurs fortes de partage, d’émergence, de diversité et de créativité.

On a dû retravailler ce positionnement et intégrer davantage dans le format de l’événement la place de l’usager et comment il peut engager une discussion et une co-construction avec les professionnels de l’innovation.

Nous avons aussi intégré des nouveautés : des événements tout au long de l’année avec les « FUTUR.E.S # » où 10 à 20 innovations emblématiques d’un secteur ou d’une technologie sont présentées. Il y a eu aussi FUTUR.E.S in Africa dont la première édition a eu lieu en mars dernier.

Tous ces changements nous ont amenés à changer de nom. En pleine polémique sur l’écriture inclusive, cela nous plaisait bien d’affirmer le pluriel, le féminin, l’inclusivité et la diversité ; le nom choisi est un manifeste pour l’innovation inclusive. Tout cela, sans oublier notre volonté de nous développer à l’international.

Qu’avez-vous retenu de FUTUR.E.S in Africa à Casablanca ?

Nous étions vraiment ravis de cette première édition ! L’événement se tenait pendant 2 jours à Casablanca, était également gratuit et nous y avons fait venir des acteurs de l’innovation de toute l’Afrique. Il y avait une partie démo avec des innovations présentées par des entrepreneurs et entrepreneuses africain(e)s sur les thèmes de la santé, des territoires et de l’éducation. Je peux citer par exemple la startup togolaise Infinite Loop qui présentait le robot enseignant VT Bot fait de cannettes et de bouteilles en plastique. Des startups françaises comme OpenDataSoft, OpenClassrooms ou Wynd, sont aussi venues pour rencontrer leurs marchés africains. Enfin, un programme de conférences interrogeait la transformation numérique en Afrique. Des personnalités telles que Navi Radjou, speaker internationalement reconnu comme père de l’innovation frugale y ont participé. La volonté de l’événement était vraiment de rapprocher les écosystèmes de l’innovation et d’aller apprendre de l’innovation africaine : on y retrouve beaucoup de solutions frugales mais très efficaces car les enjeux d’innovation là-bas sont très forts. La France doit sortir du modèle non frugal de l’innovation, de l’innovation capitaliste inspirée de la Silicon Valley, pour aller vers ces formes de solutions et d’approches. Pour nous, c’était aussi un événement d’inspiration.

Est-ce que l’édition parisienne fera écho à FUTUR.E.S in Africa ?

Absolument, nous faisons venir quelques intervenants qui y ont participé et notamment Rebecca Enonchong, qui nous a marqué à Casablanca et qui est une des dix femmes les plus influentes en Afrique. Elle est camerounaise et a fondé AppsTech il y a quelque temps dans la Silicon Valley et est convaincue que l’Afrique a tous les atouts pour être un lieu d’innovation. C’est vraiment une businesswoman impressionnante.

Nous invitons aussi Julie Owono, directrice executive d’Internet Sans Frontières ainsi que Narigamba Mwinsuubo, le CEO de BitLand, une startup de la blockchain ghanéenne. Oulimata Gueye, journaliste spécialiste des cultures urbaines en Afrique et des nouvelles technologies interviendra quant à elle sur des sujets de création artistique. Nous aurons également la présence de trois startups marocaines récompensées lors de l’événement à Casablanca dont Africa Key Partners une plate-forme qui permet de passer des contrats avec les acheteurs africains en toute confiance avec la blockchain et Lab On Card qui propose un dispositif pour dépister la tuberculose.

Qu’est-ce qui a changé depuis la 1ère édition de Futur en Seine ?

Stéphane Distinguin, le président de Cap Digital m’a récemment fait remarquer qu’au début de Futur en Seine, on voyait surtout sur les stands de startups des écrans d’ordinateurs. Petit à petit les écrans ont commencés à disparaître pour laisser place aux objets connectés. C’est un premier gros changement que nous avons pu observer : nous sortons des plateformes et des apps vers davantage d’objets connectés. Lors de l’édition 2017 du festival, les bots et les interfaces vocales étaient nombreux. Peu à peu, nous allons vers une disparition des interfaces et une technologie de plus en plus invisible et imbriquée dans le quotidien.

Parmi les innovations qui m’ont marquée il y a Plume Labs, un boitier personnel pour capter et mesurer la qualité de l’air. Le fait de pouvoir reprendre la main sur son environnement et de se prémunir des pics de pollution est un usage de la technologie qui est intéressant.

À FUTUR.E.S il y a toujours eu un focus important sur les CivicTech, c’est une transformation importante : chaque citoyen peut agir différemment et plus directement sur les politiques publiques. Je pense à Democracy OS, #mavoix ou le mouvement d’Elliot Lepers par exemple. Il y a aussi des innovations en santé avec des capteurs qui permettent de passer d’une posture de « je me soigne avec des médicaments » à une approche où je deviens acteur de ma santé dans une logique de prévention. On peut citer la startup Rythm qui conçoit Dreem, un bandeau connecté qui améliore le sommeil ou encore Life Plus, présent cette année au festival et qui propose une montre connectée pour mesurer la fragilité des seniors.

Je ne sais pas si ces innovations vont devenir des licornes mais elles font partie d’un mouvement qui tend à s’inscrire durablement et vont dans le sens de ce que nous portons chez FUTUR.E.S. : Les innovateurs et les innovatrices se soucient de plus en plus du bien commun.

Nous passons de 200 démos l’an dernier à 70 cette année, pourquoi ?

Il y a plusieurs raisons à cela. La première raison est éditoriale. Nous avons resserré la programmation autour de 6 parcours thématiques, chacun structuré autour d’une dizaine de démos. Ensuite, nous avons renforcé les critères de sélection des projets présentés, à savoir la qualité de l’expérience proposée, l’impact social et le caractère innovant, tant du point de vue de la technologie que de l’usage. Enfin, il y a un enjeu de lisibilité de la programmation et de qualité de la visite pour le public du festival. Il y des événements tech où il y a tellement de choses à voir qu’on ne voit plus rien. Nous avons observé que les « FUTUR.E.S # » avec des sélections réduites pour n’avoir que les meilleurs en IA, sur la mobilité, etc. fonctionnaient très bien à la fois pour les startups et pour les visiteurs. Le public et les innovations se rencontrent mieux s’il y a moins de démos présentées.

Qu’est-ce que le grand public va pouvoir venir chercher ?

La démonstration est toujours au cœur de l’expérience. C’est important de permettre aux visiteurs de pouvoir rencontrer les concepteurs et tester le produit ou service : cela peut être ludique mais c’est aussi très pédagogique, je comprends beaucoup mieux la technologie et son potentiel si je teste et discute des implications que cela a avec son concepteur.

Pour ceux qui souhaitent approfondir et se poser des questions il y a également un programme de conférences qui se revendique assez savant avec des intervenants du monde entier et des questions pointues et parfois clivantes comme « Comment nourrir 8 millions de personnes sans être esclaves de Monsanto ? » ou encore « Le juge du futur sera un algorithme », pas de censure dans les choix des sujets !

Enfin, une troisième brique importante : nous organisons plusieurs labs, des sessions de co-construction qui vont mélanger visiteurs, entreprises, startups, chercheurs et acteurs des politiques publiques sur des grandes questions pour le futur comme la voiture non propriétaire, la place des femmes dans l’IA, le futur du travail, etc. L’idée est de proposer une expérience complète : j’ai testé des démos innovantes, j’ai compris les enjeux de la transformation numérique en conférence, maintenant je veux participer et devenir acteur du changement.

Qu’aimeriez-vous que les gens retiennent de FUTUR.E.S ?

Un esprit critique sur le numérique : comprendre qu’il y a plusieurs mondes technologiques possibles et qu’on n’est pas obligés de subir les innovations qui nous sont vendues et marketées. On peut choisir.

En allant un cran plus loin, ce serait super que cela fasse naître des vocations puisque nous recevons beaucoup de scolaires et d’étudiants. Le programme que nous montons avec Startup For Kids veut montrer que les métiers du futur ne sont pas que des métiers d’ingénieurs ou d’entrepreneurs !

Enfin pour les entreprises, même si je pense qu’elles sont déjà dans cette dynamique, de vraiment comprendre leur responsabilité d’acteurs du monde de demain et qu’elles assument entièrement leur place en portant des sujets d’innovation auprès des startups et du grand public.

Quelles sont les 3 grandes tendances du monde de demain selon vous ?

En premier lieu, l’innovation durable qui implique un rapport différent aux objets technologiques et à l’énergie qu’ils consomment. Il y a déjà des transformations en cours - et pas que chez les bobos parisiens - dans nos manières de manger, d’acheter et de consommer. On va de plus en plus prendre en compte l’empreinte carbone de nos recherches Google, l’énorme consommation d’énergie de la blockchain, privilégier les téléphones portables éco-conçus, etc.

Je pense qu’il y a aussi un gros sujet sur la santé : le monitoring des données de santé, la capacité à décrypter le génome et à anticiper les diagnostics grâce à l’intelligence artificielle, etc. Ca va changer beaucoup de choses.

La troisième tendance, je crois qu’elle est autour de la formation et des compétences. Le numérique change notre rapport au savoir : la manière dont l’école est organisée et dont on forme nos enfants est cruciale pour le futur. Les interfaces cerveaux-machines vont se développer et la recherche en neurosciences beaucoup progresser et possiblement changer l’apprentissage.

Qu’est-ce qui vous a récemment impressionnée, marqué ?

AVA, une startup fondée par Adrien Meslet qui sera en démo à Futur.e.s. Cela paraît très simple mais cette solution, qui permet de faire une passerelle avec le monde des sourds en sous-titrant les conversations avec son téléphone, je trouve cela génial. Cela montre que l’intelligence artificielle a un usage réel et pertinent.



Pour en savoir plus sur FUTUR.E.S in Paris et vous inscrire (gratuitement) : https://paris.futuresfestivals.com/

©Jean-Baptiste Bini







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