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Interview


Le monde de demain selon Raphaël De Taisne & Louis De Bentzmann


Co-fondateurs de Yumi

Octobre 2018, à Paris

Le monde de demain selon eux

« Plutôt que de se reposer sur le message « 5 fruits & légumes par jour » qui malheureusement ne fonctionne pas, nous préférons proposer une solution concrète, saine, mais surtout délicieuse pour tous les moments de la journée.

Il y a quelques années Raphaël (R) sous-louait sa chambre londonienne à Louis (L). Rapidement ils se trouvent des intérêts et aspirations communs, jusqu’à fonder ensemble en 2014 l’entreprise Yumi, qui commercialise des jus de légumes pressés à froid. Nous sommes allés à leur rencontre il y a quelques mois dans leur cantine végétale…


Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

L : Je suis Louis et avec Raphaël, cela fait plus de trois ans que nous avons fondé et travaillons chez Yumi. Avant cela, j’ai travaillé dans l’agroalimentaire et le secteur pharmaceutique. J’ai toujours été très intéressé et curieux des sujets d’alimentation et de nutrition, dans lesquels il y a un nombre de choses à faire vraiment incroyable et qui suscite un intérêt croissant chez les gens. Ces années passées avant Yumi ont soulevé beaucoup de questions sur notre façon de nous alimenter et la manière dont on allait pouvoir résoudre à long terme les enjeux de santé publique… J’ai trouvé une oreille attentive au sujet en la personne de Raphaël !

R : J’ai 29 ans, j’ai grandi en France et j’ai eu la chance d’avoir des parents particulièrement pionniers en ce qui concerne le bio. Après avoir étudié l’économie à Londres, j’ai travaillé dans une banque pendant plusieurs années avant de monter Yumi avec Louis. Je suis un passionné de cuisine et j’adore les plantes !


Comment vous êtes vous rencontrés ?

R : C’était à Londres il y a 10 ans. J’ai sous-loué ma chambre à Louis et c’est devenu une « entreprise » familiale puisqu’il s’est depuis marié avec ma cousine.

L : Raphaël, en rentrant de Londres avait un projet autour du snacking sain. Quand il m’en a parlé, cela m’a vraiment enthousiasmé. Pendant ce temps, nous nous faisions des jus à la maison. J’ai découvert les jus car ma mère a eu un cancer il y a 4 ans et cela a été l’occasion de remettre en cause notre alimentation et son impact. Elle a commencé à consommer des jus de légumes et finalement cela a répondu à un besoin que mon entourage et moi avions aussi : comment parvenir à mieux s’alimenter sans y passer trop de temps et sans sacrifier le goût ?
On en parlait régulièrement et nous avons finit par nous dire que ce serait fantastique d’arriver à en produire beaucoup avec la même qualité que ce qu’on se faisait chez nous. En réalité, est qu’avec un extracteur de jus cela prend une demi-heure pour se faire deux verres, c’est chronophage !


Comment l’idée de Yumi s’est concrétisée ?

R : Nous choisissons trois fois par jour (ou plus avec le grignotage) de nous alimenter bien ou moins bien. Nous nous sommes dit que le jus était un super vecteur de consommation. Nous avons identifié que les légumes étaient traditionnellement consommés au déjeuner et au diner, jamais au petit-déjeuner, au goûter ou en sortant du sport. Tout le monde connaît le message « 5 fruits & légumes par jour » mais les chiffres sont catastrophiques, chaque année la part de la population qui arrive au minimum recommandé se dégrade alors qu’on dépense de plus en plus d’argent pour véhiculer ce message : structurellement les gens n’y arrivent pas.
Plutôt que de se reposer sur ce message qui malheureusement ne fonctionne pas, nous préférons proposer une solution concrète, saine, mais surtout délicieuse pour tous les moments de la journée. C’est ça Yumi : le réflexe sain au quotidien, sans avoir à changer radicalement ses habitudes.
Nous avons commencé à faire du jus car c’était un produit déjà ancré dans les habitudes de consommation : c’est la 2ème boisson la plus bue en France après l’eau et avant le café !


Qu’est-ce que Yumi aujourd’hui ?

L : C’est une autre manière de consommer des légumes qui réconcilie le bien être et le plaisir. Avant tout, l’objectif est de consommer des produits qu’on aime et qui nous font plaisir, tout en améliorant notre alimentation au quotidien.

R : C’est une équipe de 20 personnes qui s’activent tous les jours pour proposer des solutions pour améliorer notre alimentation de façon non contraignante. Nos produits sont bio, pressés à froid, sans additifs ni conservateurs et identifiés comme pauvres en sucre. L’important dans une alimentation saine est à la fois de consommer beaucoup de fruits et légumes mais aussi d’avoir un apport en sucre contrôlé.
L’équipe travaille sur trois sujets :
-Notre activité principale est la vente directe aux particuliers via internet et dans toute la France. Commandez avant 17h et vous serez livré demain en express et au frais.
-Une gamme à découvrir chez Biocoop, Naturalia, chez les Nouveaux Robinson, Satoriz, des épiceries fines et de nombreux hôtels et restaurants.
-Le lieu que nous avons ouvert à Paris où nous testons toutes nos innovations : le restaurant accueille une centaine de personnes chaque jour. Cela nous permet d’améliorer nos produits en conditions réelles, puisque avons un feedback concret et direct sur le produit.


Pourquoi avoir décidé de commencer votre aventure via le e-commerce ?

L : C’était quelque chose que nous pouvions mettre en place rapidement et nous permettait d’avoir des retours clients facilement pour améliorer le produit. Nous avons démarré Yumi en identifiant un besoin qu’on ressentait nous-mêmes, confronter cela dans la réalité auprès de clients, c’est différent. Aujourd’hui, le produit est nutritionnellement riche, délicieux et avec une faible empreinte écologique. Les bouteilles sont compostables car elles sont fabriquées en résidus de canne à sucre, cela aussi ca nous tenait à cœur. Nous avons des étiquettes faites avec de l’encre végétale et travaillons sur un bouchon en matériau végétal. C’est assez difficile car peu de monde le fait, il ne suffit pas de commander des bouchons en matière végétale. Cela prend du temps mais c’est gratifiant car c’est très bien accueilli et cela génère de l’engouement. Nous communiquons pas mal dessus car ce serait super que d’autres marques s’y mettent.

R : La partie e-commerce nourrit énormément ce que nous faisons par ailleurs dans la distribution spécialisée bio. Sans les retours de nos clients e-commerce, nous aurions mis beaucoup plus de temps à développer cette gamme. Sur notre site, les gens passent 3 minutes à comprendre le produit et son histoire quand dans un magasin vous n’avez que quelques secondes pour convaincre. Le produit doit être impactant et pour cela il faut que la promesse du packaging soit à la hauteur du produit et inversement.


Est-ce que Yumi est une forme de cure ?

L : On entend effectivement beaucoup parler de cures de jus dans les médias mais selon nous une alimentation se construit au quotidien. Faire une cure liquide 4 jours par an avec une alimentation qui va change subitement n’a pas forcément un impact positif. Avec Yumi, nous visons un impact à long terme. De plus, certains arguments autour des cures sont discutables, la réalité c’est que les légumes sont bons pour la santé, il faut en consommer autant que possible et de toutes les formes possibles.

R : Il y aussi énormément d’ambiguïté autour du terme « détox » qui est surexploité par les entreprises. Il n’a pas de sens scientifique mais fonctionne très bien côté marketing. Boire 3 litres de jus avec une alimentation déséquilibrée par ailleurs est un bon moyen de se déculpabiliser, pas d’avoir une alimentation saine au quotidien.

L : Nos clients ne consomment pas tous Yumi à la même fréquence mais nous disent unanimement que ca les a vraiment aidé à changer leur alimentation. S’habituer à consommer des produits frais non transformés et crus permet de découvrir de nouveau goûts plus intenses. Un consommateur régulier de Yumi change naturellement le reste de son alimentation, c’est un ensemble qui permet d’avoir un équilibre plus sain. Notre ambition n’est pas de culpabiliser mais au contraire de permettre de faire les choses sans effort, c’est comme cela qu’on arrivera à faire changer les choses.


Que faites vous si demain Danone tape à la porte ?

R: La liberté que nous avons aujourd’hui d’être indépendant est une énorme source d’innovation. Nous créons des produits qui n’auraient pas forcément pu naitre dans un cadre différent. Beaucoup de grandes entreprises n’ont pas réussi à percer ce problème de la consommation de légumes. Nous regardons les échecs qu’il y a eu, essayons de comprendre pourquoi des grands comme eux n’y parviennent pas et ce que nous pouvons faire de différent. Aujourd’hui, ce n’est pas en intégrant un grand groupe que nous parviendrons à innover.

L : On entend beaucoup parler de la crise de confiance à l’égard du secteur agroalimentaire, en effet le modèle de production montre un certain nombre de limites. Le changement viendra vraisemblablement de petites structures qui viendront perturber la manière de faire, les technologies utilisées… C’est le cas par exemple avec la haute pression qui est révolutionnaire par rapport à la pasteurisation mais qui reste le standard sur les boissons et qui détruit une grosse partie des vitamines.

R : Au même titre, notre volonté de vendre directement au client final via notre site nous permet d’avoir une certaine indépendance vis à vis de la distribution. Nous ne voulons pas nous retrouver dans une situation où 80% de notre chiffre d’affaires serait lié à un distributeur.


Quelle est votre dernière ou prochaine grosse actualité ?

R : Celle dont on est les plus fiers, notre objectif zéro plastique dès la fin de l’année. Nous sommes en très bonne voie pour y parvenir et nous emmenons avec nous beaucoup d’autres entreprises.


Quelles sont selon vous les trois grandes tendances du monde de demain ?

R : À mon sens, il y a le nomadisme, les protéines végétales et la nutrition personnalisée.

L : Je crois aussi que l’innovation et la construction de nouveaux modèles viendront de plus en plus des consommateurs. De nouveaux modes de culture (ré)apparaissent et seront une composante forte du monde de demain.

R : La production alimentaire autonome est en train d’émerger et passionne les gens, cela me semble aussi être une tendance de fond.


Quel a été votre dernier effet wahou ?

R : Je trouve que le travail que fait « Impossible Foods » est impressionnant, c’est extraordinaire d’avoir réussi à hacker un produit de consommation courante comme la viande de bœuf.

L : À New York, j’ai été bluffé par une ferme urbaine qui fait de l’aquaponing et fonctionne en circuit fermé : rien ne se perd.


Un dernier petit mot ?

L : Vive les légumes !



Pour en savoir plus sur Yumi, rendez-vous sur leur site ici et à Paris au 27, rue du Château d'Eau dans le 10ème arrondissement.

Pour découvrir leur démarche zéro plastique, c’est ici.







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