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Interview


Le monde de demain selon Isabelle Laurencin


Directrice du programme Fashion for Good-Plug and Play

Octobre 2018, à Paris (au téléphone)

Le monde de demain selon eux

« L’industrie textile est aujourd’hui l’une des plus polluantes au monde et sa transformation vers un modèle plus durable ne pourra s’effectuer que si les grands groupes du secteur, les grandes marques collaborent pour soutenir l’innovation.

Nous avons pu nous entretenir au téléphone avec Isabelle Laurencin, qui était à ChangeNOW lors de la table ronde « Sustainable Fashion ». Elle est la directrice du programme d’accélération de startups « Plug and Play » partenaire du mouvement « Fashion for Good » et qui vise à créer des synergies entre les startups et les grands groupes de l’industrie textile.


Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Isabelle Laurencin et je suis depuis plus d’un an et demi la directrice du programme d’accélération « Fashion for Good-Plug and Play » basé à Amsterdam.
Auparavant j’ai travaillé pendant une douzaine d’années au sein de de banques de développement où je menais des investissements dans des pays émergents et notamment en Afrique et en Asie du Sud-Est.


Qu’est-ce que Fashion for Good ?

Il s’agit d’un mouvement né en mars 2017 à Amsterdam à l’initiative de la fondation des magasins C&A. L’industrie textile est aujourd’hui l’une des plus polluantes au monde et sa transformation vers un modèle plus durable ne pourra s’effectuer que si les grands groupes du secteur, les grandes marques collaborent pour soutenir l’innovation.
C’est de cette ambition qu’est né Fashion for Good avec pour objectif de rassembler sur la même plateforme des grands acteurs du secteur de l’industrie de la mode pour soutenir l’innovation de manière conjointe.
Pour mener à bien ces missions, nous avons trois espaces : un musée/exhibition où l’on explique et éduque le consommateur sur l’impact environnemental et social de l’industrie. Il a été complètement repensé cet été et vient d'être relancé pour devenir l’unique musée de la technologie de l’industrie de la mode au monde. Son ambition, en plus d’éduquer le consommateur, est de montrer ce à quoi le futur pourrait ressembler. Nous avons aussi un espace de coworking dans lequel nous accueillions plus de 80 personnes issues de plusieurs organisations. Parmi elles : la Sustainable Apparel Coalition, The Organic Cotton Accelerator, ou encore ZDHC. Enfin, Fashion for Good a monté une plateforme d’innovation qui a pour but d’identifier et d’accélérer des innovations et les implémenter dans la supply chain. C’est dans ce cadre que nous avons créé le programme dont je suis la directrice : Fashion for Good-Plug and Play.


Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste le programme Fashion for Good-Plug and Play ?

Le programme est né d’un partenariat entre d’une part Fashion for Good et d’autre part Plug and Play qui est une plateforme d’innovation basée dans la Silicon Valley et est également l’un des investisseurs early stage les plus actifs au monde. Là bas, 14 accélérateurs sont gérés sur différentes verticales et secteurs. Nous avons aussi une trentaine de plateformes d’innovation à travers le monde sur des thématiques spécifiques comme la FinTech, l’assurance, le retail, l’automobile… Le modèle de Plug and Play est de connecter des grands acteurs de l’industrie aux innovations qui leur sont pertinentes et de les soutenir dans leur engagement lorsqu’ils essaient de travailler ensemble.
C’est ce que nous avons fait à Amsterdam en créant cet accélérateur en partenariat avec Fashion for Good. Plusieurs grands groupes nous ont déjà rejoint : les magasins C&A, adidas, le groupe Kering (Gucci, Balenciaga, Yves Saint Laurent), Zalando, Target, PVH (Calvin Klein, Tommy Hilfiger), les Galeries Lafayette et plus récemment Stella McCartney.
Notre but est de travailler main dans la main avec ces grands groupes, comprendre leurs attentes et leurs challenges d’innovation dans le domaine du développement durable. Ensuite, nous identifions les startups qui pourraient répondre à ces besoins. Lorsqu’elles sont sélectionnées, nous les invitons à rejoindre un programme dédié de 3 mois chez nous au cours duquel nous les accélérons en leur fournissant contacts, soutien, coaching…
À date, nous avons déjà réalisé 4 cycles, c’est donc au total 48 startups que nous avons admis dont une douzaine sont en train de suivre le programme.
Notre spécificité, c’est la volonté de tous nos partenaires de travailler ensemble de manière très transparente pour soutenir ces innovations. Les startups sont donc sélectionnées conjointement avec eux. Parfois, certains expriment en amont leur envie de travailler avec une startup en particulier mais il n’y a pas d’exclusivité.


Est-ce que d’autres actions sont possibles pour une mode plus responsable ?

Il y a quelques années, l’attention médiatique portait essentiellement sur les conditions de travail dans l’industrie textile, en particulier suite à l’accident du Rana Plaza. Aujourd’hui, de nombreux autres aspects du secteur sont remis en cause de par leurs forts impacts environnementaux. L’industrie textile est très complexe car extrêmement atomisée. L’innovation dans ce secteur est donc d’autant plus difficile qu’elle nécessite un alignement d’intérêts de tous ces acteurs de la chaine d’approvisionnement.
Un de leurs premiers challenges est donc de les aider à comprendre et appréhender leur propre chaine d’approvisionnement.
Dans notre démarche nous essayons d’adresser tous les aspects pouvant contribuer à ce changement. Les innovations que nous observons sont donc très diverses : fabrication de fibres naturelles comme les algues ou les champignons, teinture sans utilisation d’eau et/ou produits pétrochimiques, procédés de recyclage ou encore la vie des produits après la vente. L’idée est de donner accès aux grands groupes à ces solutions et de les aider à changer leurs business models.


Quelles innovations vous ont marqué ?

Il y en a une dont on a beaucoup parlé qui est intéressante et qui est un bel exemple de collaboration entre une startup et une marque : Colorifix. C’est une entreprise basée en Angleterre qui travaille avec des bactéries qu’elle fermente et qui sont modifiées de manière à ce qu’elles puissent produire des teintures. Les vêtements sont ensuite immergés dans ces bactéries qui s’accrochent aux fibres du vêtement et lorsque celui-ci est mis à haute température, les bactéries meurent et relâchent la teinture sur le vêtement. C’est révolutionnaire dans la mesure où il n’y a pas d’utilisation d’eau ni de produit pétrochimique, juste du sucre qui nourrit les bactéries.
Cette startup a collaboré avec Stella McCartney qui a teint une de ses robes grâce à cette technologie et l’a présenté lors de l’exposition Fashion from Nature au Victoria and Albert à Londres (à découvrir ici).
Je souhaite parler également d’une startup qui s’est récemment distinguée lors des Green Carpet Awards à Milan. Il s’agit de Frumat : elle produit un matériau innovant ressemblant à du cuir, fabriqué à partir des résidus de pomme issus de la production de jus de pomme.
Enfin, je pense aussi à la startup australienne que nous avons récemment accéléré qui s’appelle Good on you. C’est une application qui permet d’offrir au consommateur une notation de un à cinq de toutes les marques en fonction de leurs performances environnementales et sociales, selon ce qu’elles publient. Donc forcément cela pénalise les marques qui ne communiquent pas d’informations sur leurs fournisseurs, leurs travailleurs…


Vous étiez présente à ChangeNOW, que retenez-vous de l’événement ?

ChangeNOW est l’un des rares évènements qui rassemble tous les maillons de l’écosystème : startups, investisseurs, entreprises et grand public. J’étais impressionnée par la qualité des discussions et bien sûre ravie de la place donnée aux problématiques du secteur de la mode et du textile.


Quelles sont selon vous les trois grandes tendances du monde de demain ?

C’est très à la mode mais je dirais : le big data, l’intelligence artificielle, le machine learning et je rajoute la blockchain. Ce sont des buzzwords mais il est indéniable que ce sont de vraies tendances notamment parce qu’elles s’intègrent et peuvent être utilisées dans n’importe quel secteur.
Dans mon domaine plus particulièrement, il y a des choses très fortes en ce moment notamment autour du micro-plastique, des microfibres ou bien de la substitution des fibres synthétiques par des alternatives naturelles et durables.


Quel a été votre dernier effet « wahou » ?

J’ai récemment revu une campagne publicitaire de la marque Patagonia qui en 2011 lors du Black Friday avait fait une affiche incitant à ne PAS acheter leurs produits (à voir ici). Le message sous-jacent était : si vous n’en n’avez pas besoin, ne l’achetez pas. C’est fort et courageux de la part d’une marque ! L’engagement des marques est essentiel pour changer les mentalités et les pratiques des consommateurs. C’est capital car cela va prendre certainement beaucoup de temps aux consommateurs pour réaliser que ce qu’ils paient pour leurs vêtements ne représente pas le vrai coût de leur vêtement. C’est à dire un coût réaliste intégrant des salaires de base minimums dans les pays de production, la dépollution des sols liés à ces productions… toutes ces externalités qui devraient rentrer dans le prix d’un vêtement.



Pour en savoir plus sur le programme Fashion for Good-Plug and Play : http://fashionforgood.plugandplaytechcenter.com/





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