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Interview


Le monde de demain selon Christel Le Coq


Fondatrice de E.Sensory, ambassadrice des Rebondisseurs Français et créatrice du mouvement SexTech For Good

Août 2018, au Web2Day (Nantes)

Le monde de demain selon eux

« L’objectif est de créer en France un écosystème favorable à l’émergence de projets innovants, sur tous les sujets liés à la sexualité.

Il y a 4 ans, Christel Le Coq « pitchait » pour la première fois son projet B.Sensory (NDLR : dont nous parlions chez Soon Soon Soon ici) au Web2Day à Nantes. Cette année, elle y intervenait de nouveau, cette fois pour raconter son aventure jusqu’à son dénouement: la liquidation judiciaire d’E.Sensory, intervenue en début d’année. Depuis, elle ne s’est pas découragée et grâce aux rencontres qu’elle a fait et à l’expérience qu’elle a acquise, elle est devenue ambassadrice du mouvement des « Rebondisseurs Français » et a créé celui de la « SexTech For Good ».
Nous l’avons rencontrée au lendemain de son talk au Web2Day…


Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Christel Le Coq et j’ai créé il y a 4 ans la startup « E.Sensory » qui commercialisait « B.Sensory » et le « Little Bird », un œuf vibrant. Il s’agissait de la première application de lecture érotique connectée à un sextoy. J’ai mené cette aventure pendant 4 ans avant qu’elle ne prenne fin en février pour diverses raisons.
Aujourd’hui j’essaie de rebondir en restant dans le secteur de la SexTech. Je continue de croire qu’il y a beaucoup de potentiel et de projets à faire émerger, malgré un contexte qui n’est pas favorable.
J’ai travaillé auparavant pendant 15 ans dans la communication puis dans l’univers des startups. Après une première expérience en startup, j’ai été associée dans une jeune pousse qui développait des solutions mobiles de réalité augmentée. J’ai été en relation avec beaucoup d’éditeurs autour d’expériences de lecture augmentée. C’était passionnant, notamment un projet de livre d’histoire intégrant des vidéos de l’INA. Passer d’une histoire à une image, la dimension émotionnelle est très forte.
C’est cela qui m’a amenée à réfléchir davantage sur les usages de lecture. J’ai constaté qu’en plus de l’attachement au livre en tant qu’objet, le même contenu dématérialisé n’avait qu’une fonctionnalité pratique. Je me suis alors demandée comment ajouter une dimension sensorielle à ces contenus numériques pour leur redonner de la valeur. C’est comme cela que j’ai développé le concept de lecture numérique sensorielle et que je me suis naturellement orientée vers la littérature érotique.
C’est une histoire d’enchainement et d’envie de marier deux mondes que j’aime beaucoup : l’édition et les nouvelles technologies.


Comment avez-vous vécu la fin de l’aventure « B.Sensory » ?

D’abord je pense que j’aurais pu arrêter plus tôt, prendre la décision 6 mois auparavant. Mais quand on a porté un projet comme cela, dans lequel on s’est énormément investi et où il y a beaucoup de valeurs à défendre, on n’a pas envie de jeter l’éponge. Je n’avais pas peur de ce que pouvaient dire les gens mais plutôt de ne plus me lever le matin pour travailler avec une équipe formidable, de ce que j’allais pouvoir faire après, j’avais la peur du vide…
Au départ, le projet était innovant et industriel ; il est devenu militant au fur et à mesure de toutes les étapes qu’on a franchies. Je me suis aussi trouvée, révélée et quelque part j’étais très alignée. Je me sentais vraiment bien, je pensais que j’étais à ma place et que ce que je faisais avait du sens. Je n’avais pas envie de perdre tout cela.
Le plus dur a été de prendre la décision. Un jour, tu te lèves et tu vas aux greffes du tribunal déposer ton dossier. Viens ensuite le jour de l’audience, c’est expéditif, en 5 minutes tu as tout perdu, c’est difficile à vivre.
Après avoir vécu cela, c’est facile de tomber très bas, dans la déprime et d’être mal. Certains jours je n’avais plus envie de me lever, de répondre au téléphone, de voir les gens… J’étais triste, fatiguée, déçue, en colère…
Heureusement, j’ai eu la chance de travailler chez The Corner à Brest avec d’autres startupeurs donc je n’étais pas toute seule. Même si je prends mes responsabilités et assume cet échec, ces personnes m’ont fait comprendre qu’il y avait eu d’autres facteurs : on n’a jamais eu le bon produit, c’est frustrant. J’aurais préféré avoir un entrepôt plein sans réussir à vendre. Mon entourage m’a fait voir ce que nous avions malgré tout accompli. Nous sommes partis de rien et avons fait beaucoup avec peu de moyens, on a beaucoup appris. Rapidement l’idée a été de transformer cette expérience pour faire quelque chose d’autre.


Justement, comment avez-vous rebondi depuis la fin de cette aventure ?

D’abord, je suis devenu ambassadrice du mouvement « Les Rebondisseurs Français ». Des journalistes m’appelaient et étaient persuadés que je ne répondrais pas à leurs questions. Je n’avais pas envie de me cacher, j’ai voulu faire comprendre que ce n’était pas parce que je m’étais plantée que j’étais mauvaise. Des gens réussissent et ne sont pas spécialement bons, l’équation n’est pas aussi simple que cela. Heureusement, certains de mes investisseurs avaient cette culture anglo-saxonne et bien qu’ils aient perdu de l’argent, ils étaient conscients que j’avais maintenant plus de valeur. Ils n’étaient pas déçus d’avoir parié sur moi en tant que personne. Depuis février, en m’engageant dans ce mouvement, j’essaie de porter ce message et valoriser ce que j’ai appris pendant quatre ans. Je peux aider les autres à aller plus vite et réussir là où j’ai échoué.
Comme nous étions la première startup du secteur, j’ai beaucoup pris la parole, on m’a beaucoup vue. Cela aurait été dommage de ne pas se servir de tout cela. J’ai donc réfléchi avec The Corner sur la création du mouvement « SexTech For Good » dont l’objectif est de créer en France un écosystème favorable à l’émergence de projets innovants, sur tous les sujets liés à la sexualité. On retrouve notamment des problématiques liées au handicap, aux seniors, aux jeunes, à l’éducation, la prévention et bien sûr, au plaisir, mais pas seulement.
Je sais de quoi j’ai souffert : de ne pas trouver de fonds et de perdre du temps avec des investisseurs que je faisais rire mais qui finalement ne me prenaient pas au sérieux et n’osaient pas y aller. Forcément en étant les premiers nous avons un peu « débroussaillé » et je n’ai pas eu le conseil et l’accompagnement de personnes de l’écosystème que j’aurais aimé avoir.


Pouvez-vous nous en dire plus sur ce mouvement ?

Avec « SexTech For Good », nous voulons travailler trois axes :
1- Faire du lobbying, de l’information pour que ce soit reconnu comme un vrai secteur d’activité au même titre que la FinTech ou la FoodTech…
2- Faire de l’accompagnement, à différents niveaux : partager mon expérience, développer des programmes d’accélération, faire se rencontrer les bonnes personnes… Je discute aussi bien avec des sexologues qu’avec des spécialistes en robotique, qui peuvent se retrouver sur un projet commun mais qui aujourd’hui ne se connaissent pas.
3- Travailler sur le financement en utilisant notamment la blockchain. Je pense que SexTech et blockchain vont être très liés, ne serait-ce que pour l’anonymat et la protection des données. Nous envisageons aussi de créer un fonds d’investissement et d’aller sourcer en amont des personnes à qui présenter les projets pour mesurer leur (réel) intérêt.


Est-ce que la SexTech aura son lieu ?

J’aimerais bien, ce serait bien d’avoir un lieu pour symboliser le mouvement et le rendre encore plus concret. Ce serait aussi l’occasion de permettre aux gens de se rencontrer et comprendre que la SexTech ce n’est pas de la pornographie.


Vous avez justement insisté dans votre intervention au Web2Day sur ce point, pourquoi ?

Il y a une confusion très forte aujourd’hui. Il y a quelques semaines, un mouvement de Youtubeuses (NDLR : #MoncorpsSurYoutube) s’est formé parce qu’elles se faisaient censurer par la plateforme. Elles produisaient des contenus où elles parlaient de sexualité et l’algorithme de Youtube n’a pas fait de différence avec de la pornographie, ce n’est plus possible ! D’ailleurs, même dans la pornographie il y a des gens qui font des choses bien : des réalisatrices font du porno féministe par exemple. Demain - comme on sait que de toute façon tous nos adolescents vont aller sur internet pour regarder du porno - je préfère savoir qu’ils regardent du porno réalisé par Erika Lust que du porno à la Jacquie et Michel. Nous devrions être capables de parler de ce cela, c’est un sujet d’éducation et de société.
En Suède, dans certains cours d’éducation sexuelle, des extraits de films pornographiques sont diffusés pour expliquer aux étudiants que ce n’est pas la réalité mais du cinéma. En France, les cours d’éducation sexuelle sont inscrits dans la loi mais ne sont pas dispensés. Soit les profs ne veulent pas s’en occuper, soit les établissements n’ont pas les fonds pour faire venir des intervenants extérieurs, soit des parents montent au créneau et refusent que l’on parle de cela à leurs enfants. Pourtant, cela doit passer par l’éducation, c’est aux jeunes que l’on doit apprendre à décrypter et enseigner les notions basiques de consentement.
Le premier (et seul) manuel de SVT qui a réintroduit dans les planches anatomiques le clitoris date de l’année dernière. Pourquoi ? Parce qu’il ne sert qu’au plaisir et est donc vu comme inutile, alors que c’est un vrai sujet, ce n’est pas un détail.


Comment la SexTech peut aider les « sexclus » ?

Aujourd’hui, il y a beaucoup de populations de « sexclus » (NDLR : voir le webdocumentaire réalisé par des étudiants de Sciences Po Rennes : sexclus.fr) : les détenus, les personnes atteintes de maladies psychiatriques, les personnes handicapées, les personnes âgées et les personnes qui vivent dans la rue.
Du côté des personnes handicapées et des personnes âgées, la Fondation de France est en train de débloquer des fonds pour faire de la recherche. Elle s’est mobilisée il y a peu sur un projet d’aides à la masturbation pour des adolescents atteints d’IMC (Infirmité Motrice Cérébrale). C’est intéressant parce que peu de personnes sont à l’aise avec le sujet mais moi en tant que maman cela me choque. Aujourd’hui les technologies, les sextoys et les robots humanoïdes sont des solutions. Il faut penser à ceux qui ne peuvent pas explorer et vivre leur sexualité. En France, le métier d’assistant sexuel n’est pas légal car il est assimilé à de la prostitution, contrairement à la Belgique par exemple. Alors que fait-on quand on est dans cette situation ?
Du côté des seniors, leur sexualité est très active, même si personne ne veut en entendre parler ! Aujourd’hui, des directrices d’EPHAD prennent le sujet au sérieux, distribuent des préservatifs… Il leur faut du courage parce que les enfants des résidents sont choqués, ils ne veulent surtout pas imaginer que leurs parents puissent avoir une sexualité active.
Personnellement je n’ai pas envie qu’on me dise à 80 ans que je n’ai plus le droit d’être bien, d’aimer et d’avoir une sexualité. Soyons libres !


Est-ce que des initiatives existent déjà ?

Je connais le créateur du banc « Handylover » qui permet à des personnes handicapées ou très âgées de parvenir à avoir des relations sexuelles sans souci, c’est génial ! J’accompagne aussi un porteur de projets sur la création d’un sextoy dédié aux femmes âgées/handicapées dont l’histoire est incroyable. Il est tombé fou amoureux d’une femme qui était en fauteuil roulant et a donc été confronté au sujet de la sexualité des personnes handicapées. Malheureusement aujourd’hui il ne peut pas porter ce projet publiquement. Je trouve cela très injuste que quelqu’un comme lui, qui partage son histoire personnelle, qui pense à son amoureuse et essaie de trouver des solutions pour que sa vie soit plus jolie et agréable, n’ose pas prendre la parole parce qu’il redoute qu’on le prenne pour un pervers et que cela nuise à ses autres activités. C’est grave, alors que c’est tellement beau. Des histoires comme cela il y en a plein : Polly Rodriguez par exemple. À 20 ans elle a appris qu’elle avait un cancer et la chimiothérapie a provoqué des problèmes de sécheresse… Elle a donc fabriqué un lubrifiant adapté aux femmes dans sa situation. Ces porteurs de projets ont des histoires et des parcours de vies incroyables.


Et à l’étranger ?

Au Canada, les assistants sexuels existent et on parle beaucoup plus librement de sexualité. Aux Etats-Unis et c’est bien leur paradoxe, ils sont extrêmement puritains tandis que ce sont les premiers producteurs de films pornographiques au monde. Quand j’ai pu rencontrer des investisseurs là bas, je n’ai pas eu à me justifier ni eu de sous entendus déplacés de leur part. Ils savent qu’il y a une industrie avec du potentiel, leur préoccupation c’est de savoir si le produit est bon.
En Angleterre en ce moment, des personnes se lancent sur le secteur mais plutôt sous l’angle de la santé. Par exemple, la startup Elvie a fait une énorme levée de fonds aux Etats-Unis et va sortir une gamme de plusieurs sextoys dans les mois à venir.
Je pense aussi à Bryony Cole qui enregistre des podcasts sur le sujet (Future of Sex) et qui participe à de nombreuses conférences partout dans le monde. Elle organise aussi des hackathons SexTech aux Etats-Unis, en Australie et a été récemment en Lituanie pour parler SexTech et Intelligence Artificielle.
L’idée de SexTech for Good c’est aussi d’arriver à faire venir ces personnes en France.


Quelles sont selon vous les trois grandes tendances du monde de demain ?

Ce que j’espère, c’est que nous parviendrons à voir le futur autrement que de manière angoissante. Quand on parle de réalité virtuelle, de cybersexe, de robotique… arrêtons de ne voir que le côté anxiogène. On ne remplacera jamais deux personnes mais cela permet d’augmenter, d’amplifie, de diversifier…
Et si demain la réalité virtuelle nous permettait de changer de sexe momentanément pour essayer de se mettre dans la peau de l’autre ? (NDLR : nous avons pu tester un projet étudiant expérimental de ce type à FUTUR.E.S, découvrez « (S)HE » ici)
Ces outils peuvent nous servir à remettre l’humain au cœur des préoccupations. Pour moi la SexTech ce n’est pas parler que d’orgasme, c’est parler d’humanité.
Par ailleurs, je crois beaucoup aux technologies immersives. Il va y en avoir beaucoup plus et avec plus de sensations associées.
Enfin, côté économie, je parie beaucoup sur la blockchain.


Quel a été votre dernier effet « wahou » ?

Je commence à voir des choses bluffantes avec les commandes vocales. Cela devrait nous permettre de développer des projets intéressants, par exemple pour des personnes handicapées avec de gros problèmes moteurs. Ce sera peut être plus intéressant que de parler à sa télévision pour avoir des extraits de buts.




Pour suivre l’actualité du mouvement SexTech for Good, rendez-vous sur Twitter (ici) et Facebook (). Vous pouvez également revoir l’intervention de Christel au Web2Day ici.





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