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Interview


Le monde de demain selon Betsy Parayil-Pezard


Auteur et fondatrice de Connection Leadership

Juillet 2018, à l'USI (Paris)

Le monde de demain selon eux

« Dans les entreprises qui se concentrent sur l’intelligence émotionnelle, nous observons jusqu’à 70% de turnover en moins ! Cela représente des frais de recrutement et de santé en moins et l’absentéisme recule.

Originaire des Etats-Unis, Betsy Parayil-Pezard habite en France depuis plus de 10 ans. Enseignante depuis toujours elle s’est progressivement spécialisée dans les pratiques de méditation, qu’elle s’applique à elle même depuis 1998. Elle a aussi écrit un livre publié en début d’année : « Méditer, c’est se rebeller ». Nous avons eu l’occasion de la rencontrer en juin dernier lors des conférences USI…


Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Betsy Parayil-Pezard et j’ai plusieurs casquettes. Je suis l’auteure d’un livre qui s’appelle « Méditer c’est se rebeller » qui a été publié en mars. Je suis aussi la présidente de Mindfulness Solidaire, une association qui partage la méditation de pleine conscience avec des détenus et des sans abris. J’ai également fondé Connection Leadership, un cabinet de formation pour coacher des dirigeants et leurs équipes sur les questions d’intelligence émotionnelle et de méditation.


Qu’est-ce qui fait selon vous un bon leader ?

C’est une personne qui comprend que nous avons des ressources inexploitées à l’intérieur de nous-mêmes et qui cherche à faire évoluer sa conscience pour pouvoir connecter ce qu’il a en lui avec les enjeux et objectifs de son organisation. C’est quelqu’un qui travaille sur sa conscience et sa capacité à surmonter ses biais pour créer des espaces et environnements professionnels où il fait bon travailler.
Le leader de demain est quelqu’un qui aide les autres à trouver leur richesse intérieure et leurs capacités. Il comprend comment fonctionne l’intelligence collective et l’utilise pour remplir des objectifs communs.
Il y a de plus en plus de leaders qui correspondent à cela, à tous les niveaux de l’entreprise et à tous les postes. Cependant, nous sommes dans un monde qui évolue rapidement et nous nous sentons peu équipés pour faire face. Il y a de plus en plus de stress, de dépression, de burn-out…


Comment y remédier ?

J’aborde le problème par la science. Les pratiques de méditation de pleine conscience ont un effet scientifiquement prouvé sur la santé, la physiologie et la structure du cerveau. Cela va augmenter les réseaux neuronaux dans les parties du cerveau liées à la mémoire, l’apprentissage, la cognition et aussi à la régulation émotionnelle (la compassion, l’empathie)… Cette pratique va aussi réduire la partie du cerveau liée à l’anxiété. La méditation de pleine conscience c’est un peu comme si nous étions en train de mettre à jour notre technologie intérieure.
Lors de conférences comme ici à l’USI, nous « downloadons » beaucoup d’informations, quand est-ce que nous prenons un moment pour « uploader» ?
Nous sommes en constante évolution et nous avons la possibilité d’accéder à des ressources totalement sous exploitées que la méditation de pleine conscience peut nous aider à révéler.


Peut-on être leader sans être manager ?

Bien sûr. Quelque part, tout le monde est leader, nous sommes tous contagieux alors vers quoi menons-nous les autres ?
Nous parlons souvent d’expérience utilisateur, ici c’est pareil. Qu’est-ce que vous dégagez ? Comment se sent-on en votre présence ?
C’est à cette question là que je demande aux leaders de réfléchir.
À ce sujet, la poète américaine Maya Angelou a dit quelque chose de fort : « les gens ne se souviendront pas de ce que vous leur avez fait ni de ce que vous leur avez dit, ils se souviendront de ce qu’ils ont ressenti en votre présence ».
On peut avoir l’impression que ce sont des détails, moi je crois que c’est le nerf de la guerre.


Qu’est-ce qu’exactement la méditation en pleine conscience ?

Il y a deux choses : la pleine conscience est l’état de conscience qui va émerger quand je pose mon attention sur le moment présent de manière intentionnelle et sans jugement.
La méditation est un entrainement de l’esprit.
La somme des deux va consister à entrainer son esprit à être de plus en plus présent pendant une période déterminée. Je vais alors avoir une grille de lecture plus fine sur ce qui se passe en moi et chez les autres… La pleine conscience va augmenter notre intelligence émotionnelle. Celle-ci représente deux tiers de notre performance au travail ! L’expertise, la technicité, les capacités cognitives représentent le tiers restant.
Quand vous faites partie du top management, c’est encore plus puisque 4/5ème de votre performance au travail est basée sur votre intelligence émotionnelle. Notre intellect n’est pas la base de notre réussite : dans 70% des cas, les personnes avec un QI moyen surpassent celles avec un QI élevé.
Par ailleurs, il est intéressant d’avoir en tête que l’intelligence émotionnelle peut évoluer, c’est un levier de performance, nous pouvons l’agrandir. Pour y parvenir, il faut pratiquer la méditation en pleine conscience.


Par quoi se caractérise l’intelligence émotionnelle ?

Il s’agit de notre capacité à comprendre ce qu’il se passe à l’intérieur de nous, sentir les émotions et détecter les signaux faibles chez soi mais aussi chez les autres.
En tant qu’être humain nous avons une biochimie qui nous fait agir de telle ou telle façon sous l’effet des émotions que l’on ressent.
Dans les entreprises qui se concentrent sur l’intelligence émotionnelle, nous observons jusqu’à 70% de turnover en moins ! Cela représente des frais de recrutement et de santé en moins et l’absentéisme recule.
L’intelligence émotionnelle travaille sur la résilience, la mise en perspective, notre capacité à comprendre et avoir de l’empathie pour intégrer les éléments de compassion dans nos agissements professionnels.


Vous avez théorisé une forme de méditation qui s’appelle « punk mindfulness », qu’est-ce que c’est ?

L’idée est de se dire que la pleine conscience (mindfulness) est quelque chose d’intéressant pour le bien être en tant qu’individu mais plus que c’est aussi plus que cela, c’est une invitation à ressentir ce qui pourrait émerger de notre vie.
Il y a plusieurs avenirs souhaitables et nous avons tous un rôle à y jouer et « punk mindfulness » est une invitation à ressentir les injustices qui vous insupportent, c’est un engagement à agir. Plutôt que de mettre 1000 émoticônes en colère sous 1000 sujets sur Facebook, choisissez en un seul et agissez contre cette injustice.
Finalement, « punk mindfulness » est une forme de méditation pour des personnes prêtes à s’engager pour une société qui nous ressemble.
Le côté « punk » renvoie au « do it yourself » et est volontairement provocant car cela va vous permettre de révéler quelque chose de nouveau chez vous. Vous allez en quelque sorte vous « auto-disrupter » !


Au delà du concept de « punk mindfulness », que peut on apprendre dans votre livre ?

Je cherche à y normaliser la crise existentielle. Aujourd’hui, si nous ne sommes pas secoués, nous restons dans le déni. J’y propose de nous laisser déranger par les questions existentielles et de nous laisser aller profondément dans une autre direction, vers un monde qui nous ressemble vraiment.
Quand je demande aux gens d’évaluer le monde, personne ne me dit « je ne changerais rien ». Si ce monde ne nous ressemble pas et ne correspond pas à nos valeurs, que s’est-il passé ?
Pour moi, des personnes avec beaucoup de convictions ont impulsé certaines choses auxquelles nous n’étions pas préparés. Nous sommes en train de nous en rendre compte, c’est donc le moment de devenir acteurs et de ne plus rester passifs.
Nous devons prendre le temps et l’espace pour répondre à ces questions existentielles.


Quel conseil pour se mettre là, maintenant, tout de suite, à la méditation ?

L’application « petit bambou » ! Les meilleurs instructeurs de France y ont intégrés leurs programmes. On y retrouve plus de 600 exercices de méditation. C’est bien pour commencer mais rien ne vaut un accompagnement à plus long terme.


Quelles sont les bonnes questions à se poser pour répondre à la quête de sens ?

Qui suis-je ? Qu’est-ce que je pense de ce monde ? Quelles sont mes valeurs ? Dans quelle direction est-ce que je souhaite influencer ce monde ?
Je pense qu’on peut se poser la question de l’impact de sa propre vie, il faut en prendre conscience, y réfléchir. Il faut se mettre au service de quelque chose qui nous dépasse, même si ce n’est pas très intuitif. Plutôt que de se demander à quoi ressemblera sa propre vie dans 50 ans, demandons nous à quoi nous aimerions que ressemble le monde dans 500 ans. Nous devons arrêter de penser en terme de vie humaine, je pense que c’est quelque chose qui nous rendra plus créatifs.


Quelles sont les trois grandes tendances du monde de demain selon vous ?

Je pense que nous allons avoir de plus en plus le droit, le temps et l’espace de se poser des questions d’ordre existentiel.
Je crois aussi que les décideurs vont avoir des pratiques contemplatives qui les aideront à se connecter à leurs ressources intérieures.
Enfin, je pense qu’on va se surprendre, dans le bon sens. Nous sommes un chaînon qui n’a pas pris la mesure de ce dont il est capable.


Quel a été votre dernier effet « wahou » ?

Le programme que j’ai fait avec Mindfulness Solidaire dans la prison de Meaux. Les détenus ont été très ouverts, j’ai été touchée et émue par la profondeur des réflexions de ces personnes et leurs retours, très positifs.




« Pourquoi les leaders de demain pratiqueront la méditation », retrouvez l’intervention de Betsy Parayil-Pezard à l’USI ici.

©Astrid di Crollalanza





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