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Interview


Le monde de demain selon Antoine Allard


Directeur de la communication de Cap Digital

Novembre 2018, à Paris (au téléphone)

Le monde de demain selon eux

« À partir du moment où nous arrêtons de rêver le futur, nous devenons incapables de penser une destination et de nous forger un destin.

Antoine Allard a 32 ans et avant de devenir le directeur de la communication de Cap Digital il y a 2 ans, il a travaillé chez l’annonceur, en agence chez Ogilvy et à France Télévisions pendant 5 ans, dont plus de deux ans au département nouvelles écritures. Sa carrière de communicant a toujours été étroitement liée avec l’innovation, que ce soit dans les pratiques de communication, de narration ou dans l’univers technologique. Il est l’un des 6 Speakers du TEDxCelsa du 14 novembre prochain.


Vous allez intervenir au TEDxCelsa pour y parler science fiction et du lien qu’elle entretient avec le monde réel, pouvez-vous nous en dire plus ?

J’ai choisi ce sujet parce qu’il m’intéresse beaucoup depuis plusieurs années. Quand j’étais chez France Télévisions, nous avons lancé un appel à projets de web-séries sur la thématique « métro, robot, dodo ». Notre volonté était d’inviter les jeunes auteurs à se projeter dans un futur où les robots occuperaient une place centrale dans notre quotidien. Ce qui nous a frappé à l’époque c’est que parmi les 200 dossiers, 80% étaient des récits de science fiction très classiques, post-apocalyptiques. C’était étonnant que cette jeune génération reste enfermée dans des schémas et des codes narratifs classiques du genre.

Quelques années plus tard je suis arrivé chez Cap Digital lorsque Black Mirror était en plein boom. Avec mes équipes nous avons réfléchi à ce que nous pouvions faire comme événement de prospective avec Black Mirror comme terrain de jeu pour tenter d’interroger les conceptions du futurs par les membres de Cap Digital (entrepreneurs, chercheurs, …). Cette série est intéressante puisqu’elle interroge des effets néfastes des nouvelles technologies sur notre quotidien, le tout dans un futur pas forcément si éloigné que cela. Nous avons donc lancé un cycle de conférences que nous avons appelé « Black Mirror, through the broken glass ». Nous y invitions un chercheur et un entrepreneur pour leur demander leur rapport à la technologie et si le futur tel qu’il était présenté dans un épisode spécifique de Black Mirror ressemblerait vraiment à cela. Le succès a dépassé nos attentes et nous avons compris qu’il y avait un vrai point de tension. Cela confirmait quelque chose que je sentais depuis quelques temps : ces séries ne sont plus dans une science-fiction qui imagine un monde fictif à horizon 50 ou 100 ans qu’on appelle « le temps des utopies ». Au contraire, elles sont dans ce qu’on appelle parfois de la « science-fiction de proximité ».

Aujourd’hui, l’accélération technologique est telle que nous n’arrivons plus toujours à suivre les mutations qui ont lieu, nous en venons à convoquer le genre science-fiction pour tenter d’éclairer le réel. C’est cela qui me travaille et sera au coeur de mon talk.
Le rapport au temps que l’on interroge dans ce TEDxCelsa m’intéresse : pourquoi en vient-on à faire de la science-fiction de proximité ? Le propre de la science-fiction est de nous projeter dans des mondes tels qu’ils sont imaginés par des auteurs singuliers, pas d’être une science prospectiviste. Que ce soit Jules Verne, Orson Welles ou d’autres auteurs du genre, les visions du monde qu’ils nous proposent nous aident à imaginer les différents futurs possibles sans se poser la question de la faisabilité technologique.


Est-ce que la science-fiction est en train de rattraper la réalité, ou l’inverse ?

Une des grandes thèses de mon talk c’est de dire que maintenant que la réalité a rattrapé la fiction, nous avons plus que jamais besoin de science-fiction. Nous devons sortir de l’incompréhension de ce qui est en jeu, des effets néfastes des nouvelles technologies ou des grandes plateformes technologiques que nous sommes en train de découvrir. Nous avons besoin de mettre tout cela de côté pour être capables de rêver à nouveau le futur. Le grand pouvoir de la science-fiction c’est celui-ci : dire que « demain peut ressembler à ça », pas « demain va ressembler à ça ». Elle permet de nous aider à nous situer vis à vis des différents futurs possibles et de « choisir » le futur qui nous plaît le plus et vers lequel nous voulons tendre.

Ce à quoi nous assistons de mon point de vue avec ces séries très populaires de science-fiction, c’est qu’elles ont tendance à nous figer dans le présent et à nous rendre coupables de la déshumanisation à laquelle nous assistons : parce que nous n’avons pas réussi à anticiper le scandale de Facebook et Cambridge Analytica, que nous n’avons pas conscience des données que nous donnons aux GAFA en envoyant un mail, en cliquant sur un like… Tout cela est très culpabilisant et mon message est de dire qu’il faut arrêter avec cette paralysie du présent et revenir aux fondamentaux de la science-fiction en rêvant le futur. À partir du moment où nous arrêtons de rêver le futur, nous devenons incapables de penser une destination et de nous forger un destin.


Y a t-il des séries qui dressent un portrait plus optimiste du futur technologique ?

La science-fiction a toujours mis en avant des récits assez dystopiques et donc pas forcément très rayonnants, même chez Asimov, le futur n’est pas réjouissant. À l’inverse il y a des initiatives qui se développent pour travailler des contre-pieds à Black Mirror, mais pas forcément dans le domaine de la science-fiction. Nous voyons par exemple l’émergence du « design fiction » dans les entreprises : vouloir convoquer les mécaniques de la science-fiction pour essayer d’éclairer le présent et le futur vers lequel nous voulons nous diriger. Je pense aussi à l’initiative « Bright Mirror » qui invite à imaginer des futurs plus réjouissants grâce aux nouvelles technologies.

Il y a aussi et surtout, beaucoup d’auteurs de science-fiction peu connus qui émergent en Afrique ou en Asie et qui sont en train de développer des nouveaux genres de science-fiction assez différents de ceux que nous connaissons. Il y a en Afrique quelque chose de fort qui prend de l’ampleur et qui est en lien avec la dynamique africaine du moment : un taux de croissance important, une population très jeune… Ils se mettent à rêver le futur d’une manière très différente de la notre.


Est-ce qu’il y a une œuvre qui représenterait plus d'après vous le futur que vous imaginez ?

Ces séries permettent de présenter différentes visions du futur, à chacun de piocher ce qu’il y veut pour se forger sa propre vision du futur. Je ne peux pas dire que j’ai un modèle ou un auteur qui me correspond plus que les autres, d’autant plus que cette vision du futur évolue constamment, en fonction par exemple de mes rencontres avec des innovateurs : elle est malléable et mouvante.


Quelles sont selon vous les trois grandes tendances du monde de demain ?

Soon, nous serons plus attentifs à la transition démographique. Nous parlons beaucoup des transitions écologiques et technologiques mais trop peu de la transition démographique. Elles sont étroitement liées les unes aux autres et je pense que nous ne prenons pas suffisamment en compte celle-ci dans la manière dont nous dessinons notre vision du futur.

Soon, l’intelligence artificielle sera omniprésente.
Elle sera structurante dans la façon dont le monde va changer dans les prochaines années et surtout dans la manière dont nous serons capables d’incorporer plus de transparence : dans les algorithmes, dans les moyens donnés aux citoyens de récupérer leurs données et de les transmettre à d’autres plateformes (opérabilité des données)…

Soon, le retour au « faire ensemble » sera une réalité.
Nous parlons beaucoup du « vivre ensemble » mais pour moi ça ne veut pas dire grand chose. En revanche je crois beaucoup à la nécessité de recommencer à créer, fabriquer et faire ensemble. C’est évidemment un mouvement déjà en cours avec les Fab Labs, les Maker Spaces, l’open source…


Quel a été votre dernier effet « wahou » ?

J’ai découvert récemment la startup UpFactor: c’est un outil qui permet de repérer automatiquement toutes les habitations qui pourraient faire l’objet d’une surélévation. J’ai eu l’occasion de discuter avec le CEO et c’était très intéressant. L’agrandissement vertical des villes est une des solutions pour répondre à la concentration des populations et à la pollution engendrée par la bétonisation des villes qui ont tendance à s’élargir horizontalement alors qu’elles ont la possibilité - pour certaines - d’aller chercher au dessus de leurs têtes de nouveaux espaces pour loger leurs habitants.




Pour en savoir plus sur le TEDxCelsa et vous inscrire, rendez-vous par ici.

©Plotfox






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