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Interview


Le monde de demain selon Annick Jehanne


Créatrice des Fashion Tech Days

Octobre 2018, à Paris

Le monde de demain selon eux

« L’année dernière, quelqu’un m’a dit à la fin de l’événement "J’ai l’impression d’avoir fait un MBA et d’avoir en même temps été à un mariage ! J’ai appris plein de choses et j’ai rencontré plein de gens."

Après 25 années passées dans des grands groupes de mode, Annick Jehanne se lance en 2015 dans trois projets : l’association NordCréa, la coopérative HubMode et l’événement des Fashion Tech Days. Trois ans plus tard, ces derniers ont bien grandi et fait des petits avec le lieu Plateau Fertile à Roubaix et un second événement avec les Fashion Green Days.
Nous l’avons rencontré à l’occasion de la 4ème édition des Fashion Tech Days qui aura lieu les 29 et 30 octobre pour qu’elle nous en dise plus et partage sa vision du futur de la mode…


Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Annick Jehanne et j’ai passé toute ma vie professionnelle dans la mode au sein de grands groupes comme le Printemps, les Galeries Lafayette, Jacqueline Riu... Il y a 10 ans, j’ai décidé de monter mes propres activités liées à la transmission, à l’innovation et plus largement à tout ce qui peut faire avancer la filière.
J’ai donc beaucoup enseigné et je continue encore aujourd’hui notamment à travers des workshops dont je pense qu’ils sont d’utilité publique : développement durable, innovation, nouveaux modes de management, transformation, travail en écosystème… J’y parle de tout ce qui selon moi va être indispensable aux jeunes qui arrivent sur le marché du travail.


Quelles sont vos autres activités ?

Il y a 3 ans j’ai concrétisé cela dans une entreprise qui s’appelle HubMode et qui propose des formations BtoB en e-learning à des entreprises de mode. C’est une entreprise particulière puisqu’elle n’a pas de but lucratif, les gens qui investissent sont donc vraiment convaincus.
Au même moment, j’ai monté l’association NordCréa, qui rassemble 110 entreprises de la mode et du textile de toutes tailles : du petit entrepreneur jusqu’à des groupes comme Camaïeu.
Son objectif est de transformer la filière mode vers plus de durabilité, d’innovation et d’humain.
Nous voulions nous regrouper pour avoir une chance de nous faire entendre. Attention, cela ne veut pas dire que nous sommes des activistes, nous sommes des transformateurs de l’intérieur. Nous travaillons avec les entreprises sur des projets concrets qui leur permettent de mieux comprendre et appréhender des sujets trop théoriques. Nous y faisons travailler ensemble des petites et des grandes entreprises, qui échangent et partagent beaucoup, dans les deux sens. Pour y parvenir, nous avons créé un premier projet : les Fashion Tech Days. Nous en avions fait un pilote juste avant la naissance de l’association et l’engouement provoqué a finit de nous convaincre. Tout est né de cette volonté de faire le lien entre tous ces acteurs qui ont l’esprit d’innovation responsable dans la mode. En effet, beaucoup de personnes opposent les deux mondes : soit on serait innovateur soit on serait responsable, mais non, nous pouvons être les deux et justement l’innovation permet de trouver des solutions plus responsables notamment dans la fabrication, les teintures, les matériaux…
Cette année il y a eu la première édition des Fashion Green Days, parce que nous n’arrivions plus à traiter tous les sujets dans un seul événement. Nous voulions aussi mettre plus en valeur l’écologie et notamment le volet recyclage qui est très important. Nous y attendions 200 personnes et finalement il y en a eu 1 000 ! Nous y avons fait un état des lieux des possibilités technologiques et montré les entreprises qui agissent dans le domaine.


Pouvez-vous nous en dire plus sur « Plateau Fertile », le lieu que vous avez ouvert cette année ?

Nous avions envie d’avoir un lieu pour les entreprises où elles peuvent monter des projets ensemble, se voir, organiser des réunions et ce toute l’année. C’est une sorte de collocation d’entreprises de mode avec un grand espace en open space, un mini-atelier de fabrication pour faire des micro-séries et prochainement un fablab avec des outils de modélisation 3D, de patronages numériques, de broderie automatique, d’impression digitale… De grandes entreprises co-financent le lieu en plus des financements publics et en échange elles peuvent mener des projets de transformation avec nous. Nous travaillons par exemple avec Camaïeu sur de nouvelles activités autour de la customisation. Cela leur a permis de se poser de nouvelles et de penser à créer de nouveaux business models et de s’y préparer. Nous faisons la même chose avec notre partenaire Auchan pour qui nous trouvons des idées de transformation des stocks qui dorment dans leurs entrepôts, ce qui nous a permis de créer 5 emplois autour du recyclage textile. Nous allons d’ailleurs créer une formation de customiseur : un profil suffisamment multi technique (broderie, impression…) dont les marques vont de plus en plus avoir besoin pour assurer des opérations de revalorisation.


Quelles sont les nouveautés cette année aux Fashion Tech Days ?

D’abord ce sera plus grand, il y aura donc plus de startups, de designers… Il y aura aussi deux fois plus d’interventions car nous avons deux scènes : cela nous permet de traiter des sujets plus spécifiques. Je crois que c’est la première fois qu’un rassemblement BtoB abordera la mode LGBT par exemple. Nous en parlons par conviction de diversité mais aussi de business, ce sont des business ! Il faut que les chefs d’entreprises voient qu’il y a X marchés qui peuvent être potentiellement intéressants pour eux. Il y a une après-midi dédiée aux micromarchés parce que l’avenir c’est ça : des choses plus diverses, adaptées aux différents pays, cultures, communautés, nous ne croyons pas au basique universel
Cette année la secousse est très forte, le secteur n’a quasiment pas bougé depuis 5 ans et les Fashion Tech Days sont là pour aider les entrepreneurs à capter ce qu’il se passe. Nous allons par exemple aussi parler de la Chine, sans tabou, de ce qui ne va pas, de ses ambitions… Nous voulons dire les choses telles qu’elles sont, nous devons leur donner de l’information directement utile et opérationnelle, pas de manière trop abstraite, compliqué ou lointaine, c’est à dire leur donner un sentiment d’urgence en leur donnant les moyens d’agir, des outils pour faire, maintenant.


Qu’aimeriez-vous que les participants retiennent ?

L’année dernière, quelqu’un m’a dit à la fin de l’événement « J’ai l’impression d’avoir fait un MBA et d’avoir en même temps été à un mariage ! J’ai appris plein de choses et j’ai rencontré plein de gens ». C’est cela qu’on veut produire : que les participants ressortent avec une meilleure connaissance, qu’ils aient appris des choses, qu’ils aient trouvé des outils et solutions à leurs enjeux et qu’ils aient fait des rencontres. Les gens aiment le côté sympa des Fashion Tech Days qui reste malgré tout un événement très pro, je crois qu’aucun autre événement de la mode n’a un programme comme le notre.


Est-ce que cette singularité vous permet plus facilement de faire vivre un événement en dehors de Paris ?

Au départ, honnêtement, nous avons créé les Fashion Tech Days ici à Roubaix parce que c’était à côté de chez nous, c’était plus simple à organiser. Cela dit, il ne faut pas oublier qu’autour de nous il y a la moitié du textile français, même si on ne le dit jamais. Oui, Paris est la capitale mondiale de la mode mais toutes les grosses enseignes sont concentrées ici : il y a une puissance économique très forte dans le Nord.
Malgré tout, l’événement rassemble beaucoup de parisiens puisqu’ils représentent la moitié des visiteurs, Roubaix n’est qu’à 1h de TGV. De plus, la ville est en train de se transformer et nous voulons rappeler qu’elle était la capitale européenne du textile dans les années 1900, à tel point qu’on l’appelait « la ville aux 1000 cheminées ». Nous pensons que nous pouvons recréer une puissance textile à Roubaix avec des outils innovants, des startups, de la fabrication digitale, des nouveaux concepts de retail
Finalement, faire les Fashion Tech Days dans le Nord a une vraie logique. Même si on ne parle que de Station F, il y a EuraTechnologies qui est le plus grand centre de startups d’Europe, la Belgique est à côté, c’est à une heure d’Eurostar, pas très loin des Pays-Bas où il se passe plein de choses… Bref, c’est un carrefour européen très intéressant, d’autant que l’innovation se passe aujourd’hui surtout au nord de l’Europe. Les Fashion Tech Days sont plus que jamais européens !


Selon vous, quelles sont les trois tendances du monde de demain ?

Soon, nous ferons les choses ENSEMBLE. Si il y a bien une chose qui manque à la mode c’est de savoir travailler ensemble. Nous avons 27 fédérations, ce n’est pas possible ! Cela est très néfaste à l’évolution de la mode, les gens de toutes la filière doivent se réunir : les spécialistes du cuir doivent parler avec les retailers, ceux qui sont en amont doivent comprendre ce qu’il se passe en aval et vice versa... Lyon prend par exemple un très bon chemin : le pôle de compétitivité TechTera, travaille maintenant avec l’ESMOD et le village des créateurs… La haute technologie se met à travailler avec les petits créateurs, c’est génial ! Il faut que cela se généralise.
Soon, le secteur textile en France sera plus ouvert à l’international. Les chefs d’entreprise de la mode en France ne savent pas du tout ce qu’il se passe en Allemagne par exemple où le marché est énorme et où les technologies sont très avancées… Il faut commencer par une ouverture européenne, nous ne pouvons plus nous cacher derrière le « Paris, capitale mondiale de la mode » ! L’année dernière l’entreprise Sewbot est venue présenter aux Fashion Tech Days la première usine 100% automatisée de fabrication de t-shirts dont le million d’unités fabriqué chaque année se vendra au même prix que ceux fabriqués en Chine.
Soon, le management dans les entreprises permettra à l’innovation de se produire. Cela est difficile à accepter mais aujourd’hui ce n’est pas le cas, certaines entreprises travaillent énormément pour que cela se produise mais ça ne fonctionne pas. À l’inverse par exemple, Jean-Christophe Garbino a su mettre en place un nouveau système vertueux de management chez Kiabi. Le temps du Comex qui décide de tout et où tout est très lent doit prendre fin et c’est vrai aussi dans la fabrication.


Quel a été votre dernier effet « wahou » ?

J’ai regardé les défilés de la Fashion Week et je me suis dit que quelque chose était en train de se passer. Cette année, il y a de nouvelles directions créatives très intéressantes et puissantes comme Marine Serre, Jacquemus ou encore Koché. Ce n’est pas le défilé d’Hedi Slimane qui a fait l’effet wahou, ni Supreme en mettant son logo sur des casquettes… Alors que nous avons à peu près compris ce que nous pouvions faire avec la technologie, il nous faut maintenant retrouver la puissance créative que nous avons perdue. Il nous faut des créatifs forts, intelligents, cultivés et tournés vers les nouvelles technologies qui inspirent les autres. Autrement, nous n’avancerons pas et la mode ne sera pas intéressante comme ces dernières années. Nous aurons certains de ces designers et nouveaux créateurs aux Fashion Tech Days ou encore Nadine Gonzalez par exemple qui parlera de Casa 93, une école gratuite qu’elle a fondée et qui forme des talents inexploités ou qui s’ignorent dont certains ont rejoint l’IFM depuis.



Pour en savoir plus et vous inscrire aux Fashion Tech Days, c’est ici.





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