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Prendre conscience de ses forces et révéler celles des autres

Il existe en chacun de nous une potentialité innée à la bonté, à l’empathie et à l’altruisme

Marion Choppin est la fondatrice de Listen Léon, une appli qui vise à promouvoir la bienveillance dans l’univers professionnel – notamment grâce à l’envoi de compliments anonymes entre collègues (mais pas seulement). Nous l’avons rencontrée lors de la dernière édition de ChangeNOW au Grand Palais.

Comment t’es venue l’idée de Listen Léon ?

Il y a 6 ans, j’accédais à un nouveau poste, un vrai challenge, j’ai du sortir de ma zone de confort. J’étais terrifiée. J’avais cette peur au fond de moi de ne pas être à la hauteur.

Par accident, j’ai surpris une conversation entre mon manager et le directeur des ressources humaines. Ils ont mis en valeur des forces dont je pensais être intrinsèquement dépourvue et ça, ça a eu un impact incroyable sur mon engagement, mon énergie, ma créativité. J’ai ainsi découvert le pouvoir d’un ancrage positif. De cette histoire est née une conviction profonde : permettre à chacun de prendre conscience de ses forces et révéler celles des autres.

Concrètement, comment fonctionne Listen Léon ?

Listen Léon permet à tous de générer un mouvement viral de bienveillance par des compliments anonymes, des feedbacks positifs forts, des compliments sincères et authentiques. Et ainsi, générer la culture de la reconnaissance collaborative dans l’entreprise, dans les écoles et la société civile. Un Léon, c’est un acte altruiste fort. Osons prendre soin, osons le don !

Léon c’est aussi un déclic pour un changement de comportement via des ateliers pour éveiller les consciences, ancrer les bénéfices de l’audace et de la gratitude.

La bienveillance entre collègues et collaborateurs, pourquoi est-ce si important ?

Aujourd’hui la plupart des organisations sont dans un processus de transformation pour faire face à ce monde qui se complexifie à très grande vitesse (VUCA World). À l’intérieur, il y a cette injonction à innover, à prendre des risques. Mais pour innover, il faut oser désobéir, oser se désobéir. Si nous ne nous sentons pas reconnus pour qui nous sommes, respectés, en sécurité psychologique, alors cette innovation tant recherchée ne sera qu’un vœu pieu.

En introduisant la gratitude sur le lieu de travail, on observe un collectif plus apaisé, une confiance en soi et dans le collectif décuplée. La reconnaissance installe l’envie de coopérer.

Observer les forces des autres nous aide à prendre conscience que nous avons besoin de nos collègues pour arriver à nos objectifs. La coopération est un processus long dans les organisations ayant fonctionné pendant des décennies en silos. La gratitude est un accélérateur.

Pour innover, il faut oser désobéir, oser se désobéir

La reconnaissance est un problème complexe et la plupart des organisations y répondent toujours de la même manière, en renforçant la reconnaissance managériale. Mais cela ne fonctionne pas et la crise de confiance impacte de plus en plus la performance des entreprises.

Nous pensons qu’il y a urgence à agir car encore aujourd’hui deux personnes sur trois ne s’estiment pas appréciées au travail, alors que la reconnaissance est un besoin psychologique fondamental universel. L’absence de considération est la première cause de mal-être au travail, avant la pression et avant la charge de travail.

Une étude de la DARES du ministère du Travail montre que le manque de reconnaissance multiplie par trois le risque de maladie et double l’état dépressif chez les salariés.

Avec la reconnaissance collaborative, c’est une vraie révolution du monde du travail qui s’opère. Là où habituellement l’acte individuel est célébré, maintenant la coopération le sera. Dans le contexte économique actuel, le meilleur avantage compétitif d’une entreprise est l’union unique de forces qui la composent et leur mise en lumière.

As-tu été particulièrement touchée par un retour d’utilisateur ?

Nous recevons souvent des Léons et messages d’utilisateurs qui donnent cette énergie face aux sceptiques.

Nous avons par exemple reçu une lettre d’un interne au CHU qui a ému toute l’équipe. Voici un extrait.

“Je suis étudiant en médecine, je passe mes matinées au CHU dans un service ou je croise patients, médecins, étudiants en tout genre, infirmières, aides soignantes, manipulateurs radios, brancardiers, cadre de santé… J’ai toujours pensé qu’il était important de dire à quelqu’un les pensées élogieuses qui peuvent traverser notre esprit à son égard. Mais ce n’est pas une habitude que les gens ont, et j’ai moi aussi du mal à pouvoir dire tout le bien que je pense du travail de mes collègues. Le milieu médical est source de nombreux problèmes pour les soignants, la santé psychologique des soignants est mise à rude épreuve, le manque de reconnaissance en fait partie. (…) Comme un coup de pouce à tous ces gens formidables que je croise, qui m’aident, me forment et me réconfortent. Je vous remercie d’illuminer mes journées. Je vous souhaite le meilleur !”

Nous avons également plusieurs vidéos de témoignage d’impact sur notre chaine Youtube.

Existe-t-il des études permettant de mesurer l’impact d’un compliment reçu ?

Il y a beaucoup d’études sur l’impact de la gratitude, notamment les travaux de Robert Emmons. Celle que je trouve remarquable est celle de chercheurs de Berkeley, Fox, Kaplan et Damasio, qui ont publié en 2015 une étude : “Corrélats neuronaux de gratitude”.

Les résultats ont révélé que pendant que les participants ressentent de la gratitude, une activité cérébrale dans le cortex cingulaire antérieur et le cortex préfrontal médial est constatée. Pour le dire simplement, ces zones du cerveau jouent un rôle dans la régulation de la pression artérielle et du rythme cardiaque, et des fonctions cognitives comme l’anticipation, la prise de décision, l’empathie et l’émotion. Pratiquer la gratitude active la partie préfrontale de notre néocortex : le siège de l’intelligence.

Et si la gratitude nous rendait NOUS, plus intelligents ?

La mesure d’impact est au cœur de notre projet. Nous avons créé avec nos utilisateurs notre propre mesure d’impact, notre KPI humaniste : La Muditā – un terme hindouiste et bouddhiste qui signifie une joie altruiste qui se réjouit des vertus des autres.

Récemment, nous avons été sélectionnés par des chercheurs de l’Université de Québec à Montréal (UQAM) pour mener une étude scientifique sur l’impact de Listen Léon.

Marion, co-fondatrice de Listen Léon

Au-delà de ce que permet Listen Léon, comment les entreprises devraient-elles encourager le bien-être, l’épanouissement au travail ?

Dans cette crise de sens et de confiance (l’actualité nous le démontre tous les jours); il faut avant tout mettre en lumière les différences, célébrer la pluralité des regards plutôt que l’uniformité et bannir les modèles uniques de Leadership. Nous constatons une obsolescence des modèles managériaux traditionnels. C’est donc cela qu’il faut avant tout repenser.

Nous constatons une obsolescence des modèles managériaux traditionnels

Avoir l’audace de repenser ces anciens modèles, c’est imposer la RSE au cœur des entreprises. La RSE au sens de la définition du développement durable qui ne choisit pas entre la performance économique d’une part, l’écologie ou le capital humain d’autre part mais bien une stratégie inclusive qui pense ces trois axes en même temps. La performance ne peut être durable que si elle est à la fois économique, humaine et environnementale.

Listen Léon semble aller à l’encontre de ce qu’on observe parfois sur les réseaux sociaux. Quelle est ta vision de ceux-ci ?

Effectivement nous ne sommes pas un réseau social mais un réseau à impact social ! Nous sommes l’inverse de Twitter : un Léon doit faire 140 caractères minimum.

Jacques Lecomte, docteur en psychologie, à la fois optimiste et réaliste, démontre avec rigueur dans son ouvrage La bonté humaine, par des preuves scientifiques, par une série de faits, qu’il existe en chacun de nous une potentialité innée à la bonté, à l’empathie et à l’altruisme. C’est cette potentialité là qu’il faut activer, qu’il faut mettre en lumière maintenant.

Quelles sont, selon toi, les grandes tendances qui vont façonner notre rapport au travail dans le futur ?

Les mutations du travail (en référence au livre de François Dubet) sont déjà là. La question pour nous est d’agir. Agir est devenu une nécessité.

Agir pour remédier à cette crise de sens dans nos entreprises, dans la société. Cette crise de sens appelle à une révolution par le don et le contre don, pour faire échos aux travaux de l’anthropologue Marcel Mauss.

Changer de posture face à l’obsolescence et l’hybridation des compétences. Chacun de nous doit être entrepreneur de sa vie, entrepreneur de son job. La transversalité des connaissances nécessite maintenant de développer nos compétences comportementales – ou soft skills.

Chacun de nous doit être entrepreneur de sa vie, entrepreneur de son job

Nous pensons que c’est justement la diversité des profils, l’acceptation de nos différences qui permettra d’appréhender ces mutations du travail. Nous pouvons tous être acteurs de ces mutations pour qu’elles soient porteuses de sens et d’impact positif. Selon François Dubet, « Personne n’évoque de lendemains meilleurs ; le plus souvent, les mutations du travail semblent être subies et se présentent comme des réponses aux contraintes imposées ». Le pessimisme ambiant n’est donc pas la meilleure manière d’analyser la révolution dans laquelle nous sommes engagés.

Nous appelons à une révolution par le don, nos utilisateurs sont des révolutionnaires du care !


Pour découvrir Listen Léon, c’est par ici.

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