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Philippe Gabilliet, docteur du bonheur

La première conséquence d’un changement de vie, c’est que nous faisons sortir de leurs zones de confort des personnes de notre entourage

A l’occasion de l’évènement Unexpected Sources of Inspiration (USI) au Carrousel du Louvre où il donnait une conférence intitulée “Changer de vie : un art pas comme les autres”, Philippe Gabilliet a répondu à nos questions…

De l’audace jusqu’au bonheur en passant par l’optimisme, vous avez écrit de nombreux ouvrages. Pourquoi avoir choisi de travailler sur ces sujets ?

Je n’ai pas véritablement choisi de travailler sur ces sujets. C’est davantage un concours de circonstances qui m’a amené sur ces terrains, même si ce sont des problématiques qui m’ont toujours passionné. Même à l’époque lointaine où j’étais consultant, j’ai toujours voulu creuser cette idée : « Comment optimiser la réalité ? ».

Je suis un pragmatique : je crois au réel, aux gens, aux endroits dans lesquels on vit, à la matière et je pense qu’un individu est inscrit dans un environnement. La question que je (me) pose sans cesse est : « Comment optimiser ? ». Par exemple, pour la chance, l’objectif est d’optimiser l’inattendu. En allant même plus loin, nous pouvons dire qu’un chanceux est quelqu’un qui a cette capacité hors du commun de rentabiliser l’inattendu.

Concernant l’optimiste, c’est une personne qui va faire le choix d’anticiper positivement la réalité en capitalisant sur ses forces. Elle fait cela en regardant là où elle a des marges de manœuvre positives, en prévoyant que les choses pourraient bien se passer, en imaginant les scénarios qui vont avec, etc. Nous sommes là aussi dans une forme d’optimisation. Ce sujet représente 70% de mes interventions en entreprise. J’ai d’ailleurs été rattaché au Mouvement européen de l’optimisme en créant avec d’autres la Ligue des optimiste de France en 2010.

Pour l’audacieux, il s’agit de l’optimisation du risque. Il prend le pari de le pousser le plus loin possible, sans tomber dans la témérité ni le danger.

Enfin, pour l’art de changer de vie, on s’attaque à l’optimisation du temps de vie disponible. Notre existence sur Terre a un temps limité : comment l’optimiser au mieux selon ses désirs, ses attentes et les besoins de l’écosystème dans lequel nous vivons ?

J’ai souhaité me pencher sur ces sujets car ils sont aussi intéressants qu’énergisants : ils mettent de bonne humeur à la fois celui qui en parle et ceux qui l’écoutent. Dans mon métier de conférencier ou de professeur, c’est idéal.

Comment les entreprises et/ou les chefs d’entreprises s’approprient les sujets que vous traitez ?

Généralement, lorsqu’on me sollicite, c’est qu’un travail en interne est déjà initié. Quand on me demande de faire une conférence, c’est qu’elle s’inscrit déjà dans un dispositif que la direction Communication ou RH a mis en place. Cela peut concerner la qualité de vie au travail, le développement personnel des collaborateurs, etc.

Votre conférence à l’USI portait sur « Le changement de vie ». Pouvez-vous nous en dire plus ?

Un changement de vie, c’est une bifurcation volontaire ou involontaire qui – du fait des réactions à cette bifurcation – va me mettre dans une posture de transition de vie qui me conduira à une reconfiguration, une nouvelle histoire. C’est la raison pour laquelle il peut y avoir bifurcation sans changement de vie. Par exemple : déménager en menant la même vie ailleurs. Ce n’est pas parce qu’il y a un changement dans ma vie, qu’il y a un changement de vie.

Pour qu’il y ait changement de vie, il faut un processus de transition comme le vit la chenille dans son cocon. Ou, par exemple en prenant la métaphore du théâtre : on ne change pas que le décor ou les acteurs ou encore la mise en scène, on change la pièce, carrément !

Dans votre dernier livre et dans votre conférence, vous évoquez “L’art de changer de vie en 5 leçons”. Vous avez vous-même changé de vie il y a plusieurs années, avez-vous suivi ces leçons à l’époque ?

Quand j’étais plus jeune, je n’avais pas du tout théorisé cela, c’est arrivé très récemment. En revanche, aujourd’hui j’ai 61 ans et je vois venir le moment où je vais être obligé de le faire. Dans 3 ou 4 ans, en tant que salarié, je serai naturellement amené à prendre ma retraite. Évidemment, cela va changer beaucoup de choses, mais de manière très positive ! Le jour où je n’ai plus d’engagements, ce sera dément, j’ai envie de tester plein de choses ! Par exemple, j’ai été professeur toute ma vie, mais j’ai envie de reprendre les études, dans des domaines qui n’ont plus rien à voir.

Je suis professeur de management, mais quand je quitterai cet univers, je n’ouvrirai plus jamais un livre de management ou d’économie de ma vie. Il y a tellement d’autres choses qui me passionnent !

Tout cela est écrit sur votre « liste d’envies », que vous recommandez à tous d’avoir ?

Absolument ! Et j’en parle souvent à mon épouse. Votre conjoint·e est votre coach qui est là pour vous encourager ou remettre les pendules à l’heure ! C’est la personne qui connaît le mieux vos forces et vos limites.

Pensez-vous que nos sociétés sont propices aux changements de vie ?

Aujourd’hui, oui ! Surtout en termes de possibilités. Nous avons un accès incroyable à la connaissance : nous pouvons à peu près apprendre n’importe quoi avec des tutoriels sur internet. Nous pouvons aussi voyager plus facilement que jamais : avec 200 euros, regardez jusqu’où vous pouvez aller dans le monde, c’est invraisemblable. Le champ des possibles matériels est colossal !

Ceci étant dit, nous restons des animaux sociaux, à territoires, qui appartiennent à des communautés. Il y a deux grandes catégories de résistances au changement de vie : les résistances intérieures d’abord, comme la peur (d’échouer par exemple). Ensuite, il y a les résistances venant de l’extérieur : changer de vie, c’est changer des vies. La première conséquence d’un changement de vie – dont nous ne sommes pas toujours conscients – c’est que nous faisons sortir de leurs zones de confort des personnes de notre entourage. C’est la raison pour laquelle ils ne vont pas se laisser faire et vous dire par exemple : « Mais tu ne vas pas faire ça ! Ce n’est pas raisonnable ! Tu es trop jeune ! Ou trop vieux ! Pas assez formé », etc.

Doit-on changer de vie lorsqu’on est heureux ?

Nous devons changer de vie quand nous en avons envie. Quel est le point commun entre tous les gens qui veulent changer de vie ? Vous avez deux catégories : il y a ce qu’on appelle les changements de fuite – je veux changer de vie pour échapper à quelque chose – et les changements de conquête – je veux changer de vie pour aller vers quelque chose dont j’ai toujours rêvé et que je n’ai pas.

Dans tous les cas, le point commun de la totalité des projets de changement de vie, c’est la volonté d’être mieux dans sa peau et dans sa vie. Quelqu’un qui se sent heureux – sachant que c’est un état extrêmement passager – est dans une situation de bien-être à la fois matériel, psychologique et social qui ne justifie pas une rupture ou une mise en déséquilibre. Il n’y aurait rien de pire que l’injonction à changer de vie, ce serait terrible !

A votre avis, qu’est-ce que l’avenir vous réserve ?

Il nous réserve mécaniquement deux choses : d’abord, de mauvaises surprises environnementales, au sens global du terme. En revanche, il nous réserve aussi d’excellentes surprises technologiques et créatives. A l’intérieur de l’Être Humain existe un combat permanent entre l’intelligence et le manque de discernement. Parfois, la bêtise, la sottise, le manque de discernement gagne : on pollue, on dérègle le climat, etc. D’autres fois, c’est l’intelligence qui gagne : on arrive à guérir des maladies gravissimes, on fait des avancées spectaculaires, etc.

La caractéristique du futur, c’est qu’il va être obligatoirement surprenant. C’est-à-dire que nous n’avons aucuns moyens de savoir ce qu’il va se passer, mais nous pouvons émettre l’hypothèse qu’il y aura des difficultés (in)attendues. Il y aura en permanence des choses incroyables au niveau des innovations technologiques entre autres dans le domaine de la santé. Je suis très confiant pour l’avenir.

Pensez-vous que vos enfants auront une meilleure vie que la votre ?

Les miennes – je n’ai que des filles – oui ! Par rapport aux projets qu’elles ont, leur façon de raisonner, leurs rapports aux grands enjeux ou encore leurs niveaux de prise de conscience par rapport au monde dans lequel elles vivent, je ne me fais pas de soucis !

Récemment, qu’est-ce qui vous a fait un effet “wahou” ?

Pour moi être bluffé, c’est une espèce de quotidien. Je vais acheter dans un kiosque à journaux « Ça m’intéresse » ou « Sciences & Avenir », et je vais être scotché. Je peux facilement être émerveillé comme je n’ai pas une culture scientifique énorme, tout me passionne, tout me fascine, je suis bluffé par tout ! Je suis un très bon public par rapport aux changements et aux Unexpected Sources of Inspiration en général !

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