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Maria Schools : des écoles pour apprendre à apprendre

Demain la pédagogie sera très personnalisée et donc plus centrée sur l’élève

Jusqu’à 85% des métiers de demain (=2030) n’existent pas encore aujourd’hui. Certaines professions changent, naissent et parfois disparaissent. La nécessité de s’adapter n’a jamais été aussi prégnante. Avec un véritable écosystème autour de l’apprentissage, le groupe Maria Schools modernise l’enseignement en bougeant les lignes de la pédagogie et de la formation traditionnelle. Nous avons rencontré Annabelle Bignon, sa co-fondatrice, qui nous explique le fonctionnement de Lion et Maestro, les premières écoles du groupe et la façon dont l’humain retrouve sa place d’apprenant dans une logique d’auto-(re)construction personnelle comme professionnelle.

Peux-tu nous raconter ton histoire ?

Après HEC, je suis entrée directement en conseil en stratégie chez Bain & Company. J’ai eu la chance de pouvoir beaucoup travailler à l’étranger et notamment pour des groupes de médias en pleine transition digitale. J’ai alors pris conscience pour les entreprises matures de l’urgence à les embarquer dans le digital, de l’urgence aussi à remettre le client au coeur, non pas dans les déclarations mais dans les actions du quotidien des équipes opérationnelles. C’est ce qui m’a donné envie d’aller voir du côté de ces entreprises très agiles et novatrices, qui intègrent complètement cette logique.

Je fonctionne beaucoup à l’énergie humaine aussi, et à l’époque, les personnes qui m’inspiraient le plus, étaient souvent celles qui avaient des trajectoires non linéaires. Après 3 ans et demi chez Bain & Company, j’ai donc décidé de suivre mon instinct et de rejoindre The Family, une société qui accompagne les entrepreneur·es et les aide à grandir.

Quel était ton rôle chez The Family ?

Mon objectif chez The Family a été de créer des ponts entre les groupes traditionnels avec lesquels j’avais pris l’habitude de travailler et les entrepreneurs souvent moins familiers des cultures “grands groupes”. J’ai donc co-créé avec Miguel de Fontenay, un startup studio : Pathfinder, afin de permettre à ces grandes entreprises de concevoir des produits innovants et disruptifs.

Le choc ressenti en arrivant chez The Family m’a fait réaliser à quel point il y avait des manières différentes de travailler, d’opérer et de manager, qui peuvent être plus efficaces et plus épanouissantes. Cela peut répondre en partie à la quête de sens dont on parle beaucoup aujourd’hui. Si j’avais su tout ceci quand je travaillais pour des grands groupes en cabinet de conseil, j’aurais pu agir différemment et apporter plus de valeur.

Ce fut la naissance de l’école « Lion » ?

En 2016, The Family a lancé un programme gratuit de 8 samedis pour former les employé·es de startups au monde de l’innovation : frugalité, customer-centricity, decisions data-driven, transparence radicale en management, etc. C’était la naissance de la communauté Lion qui aujourd’hui compte plus de 4.000 alumni.

De ce socle, j’ai créé des formations à destination des collaborateurs qui veulent s’armer pour être moteur de la transformation au sein de leur entreprise.

Nous formons sans formater

Dans cette école, nous prônons une pédagogie qui mise  sur la pratique. Il y a 20 % de “théorie”, et pour le reste, nous faisons faire. Nous mettons les élèves en situation pour leur permettre de bien comprendre ce qu’il se passe. Nous n’avons pas de professeur·es et c’est là toute la différence ! Nos intervenant·es sont des professionnel·les dans leurs secteurs, ils et elles viennent directement du terrain. Ce sont des personnes qui viennent partager leurs vérités, leurs manières de faire et de penser. Parfois, le discours peut être à l’opposé de ce que vous avez vécu ou avez pu voir. Nous formons sans formater. L’objectif est de faire réfléchir, d’interpeller, de décaler. Si un·e élève parvient à faire un pas de côté et à s’interroger sur sa manière de travailler, c’est gagné. Finalement, nous apprenons aux gens à désapprendre et à réapprendre.

As-tu des histoires d’élèves à partager ?

Plein ! Et c’est en cela que travailler chez Lion est assez incroyable. Nous rendons les gens libres en les armant. Ces témoignages d’alumni sont une grande reconnaissance de notre travail et c’est ce qui nous incite à toujours rechercher l’excellence pour eux.

Voici deux verbatim d’anciens élèves de l’école : “Aujourd’hui, on a trop de profils dans l’entreprise qui sont “Thinkers” alors qu’il faut que chacun à son niveau sache exécuter. Je l’ai compris chez Lion. Si vous ne mettez pas les mains dans le cambouis, rien ne sortira de terre.” et “C’est l’état d’esprit qui prime : qu’importe l’âge, le numérique est une manière de voir les choses, de réagir et de pouvoir répondre de façon flexible à l’imprévisible qui caractérise aujourd’hui notre économie !”.

Chez Lion, on donne confiance aux collaborateurs et collaboratrices en les rendant eux-même mobiles dans un monde en changement permanent : “Mobilis in Mobile”. Seul moyen aujourd’hui pour garder le cap !

Chez Lion, il y a une vraie notion de care, nous prenons soin de chaque personne

Chez Lion, il y a une vraie notion de “care”, nous prenons soin de chaque personne, pour ce qu’elle est. Cette bienveillance se traduit notamment par une grande franchise et une forte exigence avec les élèves. C’est justement parce que l’on fait attention et que ça nous importe que nous sommes très transparents pour aider chacun à se développer. 

Je me souviens aussi d’une femme qui est venue me voir en me disant : “Annabelle, j’ai 45 ans et je ne pensais pas qu’on pouvait encore grandir à mon âge”. C’était un très beau témoignage. Il y a aussi quelques personnes qui suite à notre formation ont été promu·es  ou encore des patrons qui m’envoient des mails pour me dire que certain·es de leurs salarié·es sont revenu·es du programme un peu plus rebelles et que ce n’était pas déplaisant ! 

Que retiens-tu de ces premières années ?

La première chose, c’est qu’on ne fait jamais tout bien. C’est faux de croire que parce qu’on a déjà travaillé auprès d’entrepreneur·es et qu’on transmet des connaissances aux autres, il ne faut pas se remettre nous aussi en question. Nous avons fait des erreurs en testant beaucoup de pédagogies qui in fine nous ont permis de trouver la bonne. La persévérance fonctionne.

Le monde de demain appartient à celles et ceux qui ont envie d’apprendre

En réalité, la différence pour la formation ne se fait plus dans l’information ni dans le contenu mais dans l’expérience de l’apprentissage. L’essentiel c’est de partager des histoires, des anecdotes et de rendre ce contenu intéressant dans la manière de le raconter. C’est pour cela que nous faisons intervenir des personnes qui vivent les choses en vrai pour témoigner, parce que c’est pragmatique et que cela brise les barrières en théâtralisant. L’élève rentre dans une histoire. Ce n’est pas non plus de l’entertainment mais il y a une expérience de l’apprentissage qui est beaucoup plus importante que le contenu. C’est ainsi que nous mettons énormément en valeur les gens. L’un de nos secrets chez Lion, c’est que ce sont nos élèves eux-mêmes qui deviennent des profs… c’est un cercle vertueux !

Ce qui compte désormais, c’est l’appropriation et la capacité à briser les pensées réflexes type « ce n’est pas pour moi, c’est trop tech ». C’est comprendre qu’il n’y a plus de « je sais ». La posture qui tient aujourd’hui c’est l’envie d’apprendre. Le monde de demain appartient à celles et ceux qui ont envie d’apprendre et apprendront. Nous ne sommes plus dans une logique d’accumulation de savoir. Apprendre aujourd’hui, cela signifie faire. Cela veut aussi dire se tromper et donc aussi accepter l’échec, et que tout ne soit pas parfait. Beaucoup de personnes dans le monde professionnel n’ont pas encore compris cela.

Un cours à l’école Lion, où personne n’est assis au fond à côté du radiateur

Peux-tu nous raconter l’ambition du projet ?

Lorsqu’on demande à quelqu’un ce que lui évoque le mot “école”, les réponses sont souvent les mêmes et restent centrées sur la notion de jeunesse. Peu de personnes comprennent que l’on peut et que l’on doit revenir à l’école tout au long de sa vie. 

L’école Lion apporte un réseau professionnel dont on peut avoir besoin et qui peut être extrêmement fort, parce qu’au sein de celui-ci, il y a l’idée du droit à la reconversion, le droit d’apprendre un nouveau métier… Il y a aussi l’idée qu’il va falloir apprendre, réapprendre et désapprendre. 

Si nous voulons répondre à ce besoin d’apprentissage sur le long terme, il faut aussi répondre à des besoins liés à des métiers spécifiques

La pédagogie de l’école Lion est singulière, très centrée sur l’humain et le partage d’expérience. Le programme est assez généraliste et permet d’être formé·e sur les nouveaux paradigmes du travail, en mettant le client au centre, et en délivrant un projet de manière efficace et rapide. Mais si nous voulons répondre à ce besoin d’apprentissage sur le long terme, il faut aussi répondre à des besoins liés à des métiers spécifiques. Par exemple, la data, le growth hacking ou encore le product management sont des compétences de métiers qui sont en train d’émerger ou qui ont émergé il y a peu. Pour les enseigner, nous avons besoin de pédagogies spécifiques et certifiantes, que l’on peut suivre en utilisant son compte personnel de formation. C’est pour cela que nous venons de lancer Maestro, une école qui forme au product management

Certaines personnes qui font du projet pensent qu’elles font du produit, or ce n’est pas la même chose ! Le programme que nous avons conçu dure 5 semaines en présentiel et 2 semaines à distance. La première promotion a commencé sa formation le 2 juin et nous en accueillerons une nouvelle en septembre. Le but est de former la future génération de product managers. Les élèves travaillent sur un produit et mettent tout ce qu’ils ou elles apprennent en pratique. Cela demande beaucoup de travail, mais c’est passionnant de les voir mettre en musique ce qu’on leur transmet pendant les cours. 

De plus, nous travaillons sur des cas concrets et actuels avec des professeur·es qui sont eux-mêmes des product managers ou des Chief Product Officers, dans des entreprises du monde de la tech. Ensemble, les intervenant·es viennent présenter les problématiques qu’ils ou elles rencontrent dans leurs structures et expliquent comment les résoudre. Le product management est une discipline extrêmement documentée, mais chacun a sa manière de faire. Il faut donc avoir un bagage culturel assez large pour pouvoir par la suite faire des choix. Montrer le maximum de situations et de contextes est notre parti pris pédagogique. Pour qu’ensuite, l’élève puisse à son tour rejoindre une entreprise et y être à l’aise sans appliquer à la lettre la méthode qu’on lui a apprise.

Au-delà du « faire », quel est le socle commun des écoles de Maria Schools ?

Toutes nos écoles sont portées par les valeurs d’excellence, toujours en quête de contenus pertinents. Le « faire » est en effet très important, nous le couplons à de l’authenticité. Nous enseignerons toujours des choses qui correspondent à l’actualité et au marché. Nous n’allons pas faire un cours daté de 6 mois. 

À partir du moment où on est autonome dans son savoir, on doit être capable de le transmettre

Et nous visons l’autonomie de chaque élève. C’est là le véritable socle commun de Maria Schools. D’ailleurs, la finalité de nos formations, ce n’est pas qu’ils aient besoin en permanence de nous et que nous fassions à leur place. C’est dans cette logique que nos élèves deviennent à leur tour professeur·es. Parce qu’à partir du moment où on est autonome dans son savoir, on doit être capable de le transmettre. 

Selon toi, quel est le futur de la pédagogie ?

Demain la pédagogie sera très personnalisée et donc plus centrée sur l’élève avec des ressources pédagogiques qui évoluent sans cesse. Un cours ne doit pas être le même d’un trimestre à l’autre, le monde change à une telle vitesse qu’il faut s’y adapter !  Quand on s’intéresse à la manière dont les pédagogies étaient conçues hier, on se rend compte qu’elles étaient principalement tournées vers les professeur·es et leur parcours académique. On choisissait un·e enseignant·e et un programme qui mettait six à huit mois à être bâti. Puis on remplissait les classes d’élèves. Ce programme durait une ou plusieurs années et était mis à jour de temps en temps. Je pense que la réalité n’est plus celle là aujourd’hui. Les programmes, les outils et les contextes changent énormément. 

Demain la pédagogie sera très personnalisée et donc plus centrée sur l’élève

La révolution, c’est d’axer la pédagogie autour de l’élève. C’est exactement notre manière de faire. Nous avons déjà eu plus de 3.500 élèves et pourtant il n’y a jamais eu un seul et même cours chez Lion. Le futur de la pédagogie est là : adapter son cours aux interlocuteurs et interlocutrices que l’on a en face de soi.

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