Le monde de demain selon Santiago Lefebvre

Il est trop tard pour parler des problèmes, il est urgent de pousser les solutions. C’est là que notre énergie doit aller : accompagner et développer ces solutions.

Santiago Lefebvre a fondé en 2017 l’événement ChangeNOW. Il nous accordé une interview pour nous parler de ce rendez-vous qui veut le catalyseur d’un écosystème à construire autour du Positive Impact. Rendez-vous pour cette deuxième édition à Station F les 28 et 29 septembre prochains.

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je suis Santiago Lefebvre et suis le fondateur et CEO de ChangeNOW. J’ai fait plusieurs choses dans ma vie mais j’ai toujours été passionné par la manière dont le business pouvait créer de la valeur : sauver des entreprises, créer des emplois, c’est ça qui me plaît.
Je viens d’école de commerce, j’ai travaillé dans des banques et puis je suis devenu entrepreneur dans la Tech pendant quelques années. J’ai créé ma première startup quand il n’y avait pas encore d’incubateurs, presque pas d’investisseurs, j’ai assisté et fait partie de l’émergence de l’écosystème Tech en France. En 2010, il n’y avait pas la French Tech : ce sont les actions volontaristes qui ont fait de la France un pays leader dans l’innovation, il y avait une vraie envie de créer cet écosystème.
On a beaucoup investi en France dans la Tech pour être leader mais on ne sera toujours qu’au mieux numéro 2. Je pense que sur le Positive Impact nous avons l’opportunité de construire en France l’écosystème majeur mondial sur le sujet, c’est pour cela que nous avons lancé ChangeNOW.

Qu’est-ce qui a motivé la création de cet événement ?

Je n’avais pas l’ambition que l’événementiel devienne un projet de vie mais j’ai été beaucoup touché par des solutions que j’avais vues lors de mon MBA à l’INSEAD. C’est là que je suis passé de « je veux faire du business qui apporte de la valeur et soit bienveillant » à « je veux que ce business aille au delà et soit porté sur l’impact ». J’ai découvert de nombreux projets de ce type et je me suis demandé pourquoi ils ne prenaient pas d’envergure. Ce constat m’a donné l’envie de participer à constituer et développer un écosystème leur permettant de grandir plus vite.
C’était nécessaire d’avoir un moment clé dans l’année où les investisseurs, les entrepreneurs, les corporates, les médias et le grand public se rassemblent pour pousser l’industrie vers l’avant.
Jusqu’à présent, si vous étiez un entrepreneur qui nettoyait les océans ou apportait son aide aux réfugiés, que vous participiez à améliorer le monde, il n’y avait pas de rendez-vous.
ChangeNOW n’est pas là que pour donner la parole à ces projets et parler de ces solutions mais pour contribuer à les faire grandir : nous sommes portés sur l’action et voulons provoquer les rencontres.

Quelles sont les nouveautés de cette 2ème édition ?

L’urgence est à l’action. Récemment, la démission de Nicolas Hulot a remis sur la table de nombreux problèmes environnementaux et sociaux. À mon sens, il est trop tard pour parler des problèmes, il est urgent de pousser les solutions. C’est là que notre énergie doit aller : accompagner et développer ces solutions.
Lors de la 1ère édition, de belles rencontres ont abouti sur des partenariats, des levées de fonds… C’est super et il faut que cela continue ! Cette année ChangeNOW va prendre une autre dimension, aussi bien en nombre de visiteurs que sur la qualité des personnes présentes. L’événement sera encore plus international avec des investisseurs de la Silicon Valley, de New York, d’Inde et nous avons aussi des partenaires plus globaux comme Solar Impulse.
Par ailleurs, une délégation d’une vingtaine de maires de villes internationales sera présente. Notre ambition est de leur faire rencontrer des projets qu’ils pourraient tester dans leurs villes pour faire grandir plus vite les projets.
Il y a aussi de nouvelles thématiques qui jalonneront l’événement comme « Sustainable Fashion ». L’industrie textile est la 2ème industrie la plus polluante au monde (NDLR : après le pétrole), il était donc inévitable d’en parler à ChangeNOW. D’autant plus qu’il y a énormément de solutions et une véritable tendance à l’innovation dans ce secteur. Nous avons donc mis en place un partenariat avec Kering et Fashion for Good, le plus gros incubateur dans le domaine pour proposer et essayer de faire avancer ces solutions.

Est-ce que ChangeNOW est amené à exister à l’international ?

L’événement est pour le moment unique en son genre, il y a bien sûr de grands sommets gouvernementaux mais ce n’est pas la même approche. Notre rôle c’est d’être le pendant business de ces grands sommets.
J’avais été à la COP21 et j’avais l’impression que tout le monde attendait que des grandes décisions prises au sommet les problèmes soient réglés. Je suis convaincu que le changement doit se faire en priorité du côté des acteurs privés et des citoyens. Il faut que ça aille dans les deux sens.
Il y a des opportunités de répliquer l’événement en dehors de la France mais notre priorité est avant tout de faire de ce rassemblement LE plus grand rendez-vous de ceux qui veulent changer le monde, devenir le SXSW du Positive Impact !

On a rarement entendu autant parler d’écologie qu’en ce moment, comment ChangeNOW peut être ce lien entre business, citoyens et politiques ?

Nous vivons en ce moment une des périodes les plus passionnantes ! Les problèmes environnementaux sont à un niveau tel que si nous n’agissons pas maintenant, nous fonçons dans le mur. Le défi est énorme mais nous avons les capacités de le relever : c’est une période qui donne vraiment l’envie d’agir.
Nous parlons beaucoup d’écologie mais à mon sens, c’est à défaut d’avoir le bon mot car nous parlons plutôt d’un changement de système de société. L’écologie a toujours été traitée à part et aujourd’hui on en parle de plus en plus parce que c’est quelque chose qui se retrouve au croisement d’à peu près tout.
Le rôle de ChangeNOW est de combler ce gap entre ceux qui viennent de la sphère sociale et environnementale et ceux du monde financier, capitalistique et business. Cela peut se faire en montrant beaucoup d’exemples de business models vertueux qui répondent à ces enjeux.

Du côté des politiques, si nous voulons mener le changement comme il faut, il doit se faire en trois temps :
D’abord l’éducation : par exemple en expliquant pourquoi les sacs plastiques à usage unique ce n’est pas bien et quelles sont les conséquences. Ce rôle appartient aux gouvernements et aux associations.
Ensuite par le développement d‘alternatives : c’est là la place des acteurs business. C’est ce que nous essayons de booster à fond avec ChangeNOW. Nous sommes obligés d’avoir des alternatives crédibles pour permettre aux gouvernements d’agir sans risquer de se mettre l’opinion à dos.
Et enfin la réglementation par les politiques : lorsque nous aurons les infrastructures convenables pour accueillir l’ensemble des voitures électriques, nous pourrions imaginer une interdiction des moteurs diesel et essence par exemple. Évidemment, si ils le font maintenant, ce serait un tollé incroyable.
En somme, tout l’enjeu pour que les gouvernements puissent agir correctement, c’est que les alternatives se développent le plus vite possible et deviennent suffisamment crédibles et solides pour remplacer les anciens modes de consommation.

Qu’aimeriez-vous que les participants de ChangeNOW retiennent de l’événement ?

Nous avons toujours souhaité que l’événement soit une bouffée d’espérance et d’espoir pour les visiteurs. Nous voulons qu’ils se rendent compte qu’il y a une superbe énergie pour essayer de changer les choses et que des personnes ont une vision positive de l’avenir, c’est très important.
Ensuite, les gens doivent ressortir de là remontés à blocs et se dire qu’ils peuvent aussi faire partie de cette transition : en rejoignant un projet qu’ils ont vu, en consommant différemment ou encore en s’engageant pour faire partie de cet écosystème dynamique et attractif.
Ce qu’on veut montrer c’est qu’il y a aujourd’hui des projets qui sont certainement l’avenir des industries, qu’ils ont la capacité d’attirer les meilleurs talents et qu’ils peuvent s’intégrer dans un écosystème loin d’être utopique.
Pour résumer, j’aimerais reprendre cette phrase de Martin Luther King « Ceux qui aiment la paix doivent apprendre à s’organiser aussi efficacement que ceux qui préfèrent la guerre », nous sommes à un moment charnière où nous devons nous organiser et nous mettre en ordre de bataille pour pouvoir répondre aux grands enjeux environnementaux et sociaux.

À ce propos, que pensez-vous des réactions suscitées par la récente communication d’HEC (à voir ici) ?

Pour moi, c’est contre-productif par rapport aux enjeux et aux combats que nous devons mener. Le système actuel est extrêmement puissant même s’il n’a probablement pas permis de prendre les bonnes directions. Si nous parvenons à reprendre le pilotage de celui-ci pour l’orienter et régler les enjeux dont nous parlons, nous y arriverons beaucoup mieux que si nous recommençons à zéro.
C’est pour cela que je suis plutôt en phase avec cette campagne. Cette année par exemple, l’INSEAD est un de nos gros partenaires et souhaite se positionner comme la principale business school portée sur les notions d’impact. Je pense que c’est à partir du moment où l’on parviendra à faire basculer les organisations les plus puissantes vers la notion d’impact que nous y arriverons.

Quelles sont les trois grandes tendances du monde de demain selon vous ?

La première grande tendance se situe dans les aspects de mobilité : nous n’allons pas du tout nous déplacer de la même manière dans les prochaines années. Je pense qu’il va y avoir moins de déplacements de biens. Cela rejoint la deuxième tendance que je vois du côté de l’alimentation où le lieu de production va se rapprocher du lieu de consommation. C’est déjà le cas avec l’urban farming ou les AMAP et ce n’est que le début.
Enfin, la dernière grande tendance concerne l’éducation. Nous avons été éduqués avec des modèles d’éduction liés à la révolution industrielle et cela va (et doit) changer. Et si nous avions des cours d’éducation environnementale et sociale ?

Quel a été votre dernier effet « wahou » ?

J’ai deux choses qui me viennent tout de suite à l’esprit. D’abord le projet Chakr qui sera là à ChangeNOW : c’est une startup qui récupère les particules fines pour créer une encre noire qui sert à divers usages.
L’autre effet « wahou » que j’ai eu récemment, c’est la magnifique sculpture « Truth is Beauty » de Marco Cochrane au dernier Burning Man !

Pour en savoir plus sur ChangeNOW, rendez-vous sur le site de l’événement ici.