Le monde de demain selon David Nihill

Les keynotes à la Apple sont mortes. Personne ne veut écouter quelqu’un parler pendant 45 minutes.

Pour vaincre sa peur de la prise de parole en public, David Nihill a opté il y a quelques années pour une méthode plutôt radicale. Pendant un an, il s’est fait passer pour un humoriste professionnel et s’est produit dans de nombreux spectacles sous le pseudonyme « Irish Dave ». Résultat : en plus d’être très à l’aise à l’oral, il organise depuis des conférences sur le sujet et a écrit en 2016 le livre « Do you talk funny ? » dans lequel il partage les principes clés du stand-up et comment les appliquer en présentation. Nous l’avons rencontré au Web Summit à Lisbonne où il a répondu à nos questions…

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’amener de l’humour dans le monde de l’entreprise ?

J’ai été à beaucoup d’événements business où j’ai été marqué par le peu d’attention du public : ceux qui pianotent sur leur téléphone, ceux qui cherchent une prise pour charger leur ordinateur pendant la conférence… Cette audience est sujette aux troubles de l’attention et est ultra exigeante : il faut lui offrir quelque chose d’intéressant toutes les 10 secondes !

Faire une bonne performance dans cet environnement est particulièrement difficile et beaucoup de personnes que j’ai rencontré l’ont constaté à leurs dépends. Malheureusement (ou heureusement ?) elles n’étaient pas familiarisées avec les méthodes du stand-up.
J’essaie donc de leur apprendre ces techniques pour leur permettre de capter et retenir l’attention de leur public.

Pensez-vous qu’il y ait une durée idéale pour une conférence ?

Selon John Medina, un maître en matière de psychologie du cerveau et de capacité d’attention qui a écrit le livre « Les 12 lois du cerveau », la durée maximale de l’attention d’un humain est de 9 minutes et 59 secondes. Si vous dépassez les 10 minutes, vous ne récupérerez jamais un niveau d’attention aussi important qu’auparavant.

Les TED talks qui ont inspiré beaucoup d’autres conférences duraient à l’origine 18 minutes pour pouvoir être visionnés au cours d’une pause café tandis qu’aujourd’hui beaucoup d’entre eux durent moins de 10 minutes. Je pense que les conférences vont durer de moins en moins longtemps et que les keynotes à la Apple sont mortes. Personne ne veut écouter quelqu’un parler pendant 45 minutes. Le format TED a changé le standard et permis aux intervenants d’être plus concis, d’aller à l’essentiel et d’utiliser des mots impactants, mais le problème c’est que nous n’avons pas tous la chance d’être supporté et entouré par TED.

Cela peut permettre de rassembler davantage d’intervenants inspirants lors d’un même événement ?

Certainement, mais c’est une pression supplémentaire pour eux. Beaucoup de CEO insistent pour se faire interviewer ou participer à des tables rondes lors de grands rassemblements comme le Web Summit car ils ne veulent pas donner de conférences en format court qui demandent beaucoup de préparation. Si vous avez une heure pour vous exprimer, vous avez le temps de dire à peu près tout ce que vous voulez en improvisant, ou presque, mais si vous n’avez que 10 minutes, c’est bien plus compliqué.
Plus les conférences sont courtes, plus cela demande du travail, pour les speakers bien sûr mais aussi pour l’organisation : plus de micros, de personnel, de slides… mais au final l’expérience est bien plus intéressante pour le public !

Peut-on manier l’humour dans tout type de secteur et en toute circonstance ?

Notre cerveau répond à l’humour, cela attire notre attention, peu importe le sujet. Je dirais même que plus le sujet est sérieux, plus le rire sera intense si l’humour est bien maitrisé. Il ne faut pas confondre humour et blagues, s’il vous plait, n’essayez pas de faire de blagues en conférence ! Pour être drôle dans ce genre de situation il faut partager un point de vue, un exemple, faire un mime pour exprimer quelque chose… Une blague a de grandes chances d’échouer tandis qu’une histoire drôle, même si les gens ne rient pas, reste une histoire et fait toujours sens.

Vous avez écrit un livre sur le sujet, pouvez-vous partager un conseil que l’on y retrouve ?

Il y a beaucoup de choses mais l’essentiel est de penser davantage à raconter des histoires plutôt qu’à essayer d’être drôle. J’y partage également les fameuses techniques du stand-up : il faut écrire ces histoires, prendre conscience de l’espace autour de soi et l’exploiter, transmettre les infos clés en fin de phrases pour permettre à l’audience de l’assimiler, marquer des pauses… Je m’intéresse à l’application de techniques du stand-up dans les conférences professionnelles mais plusieurs des meilleurs speakers de TED talks les utilisent sans même le savoir et sans prendre conscience qu’ils peuvent les améliorer.

Ces techniques sont-elles à la portée de tout le monde ?

Tout le monde ! J’ai vu des CEO qui n’étaient pas de bons orateurs se transformer quand leurs discours étaient mieux écrits. À mon avis, c’est une preuve que le contenu est clé et que la manière de le diffuser l’est beaucoup moins. À l’inverse, un mauvais contenu, même s’il est bien présenté reste un mauvais contenu !

Quel a été votre dernier effet « wahou » ?

Peut être pas forcément le plus réjouissant mais j’ai écouté le discours de Tony Blair au Web Summit à propos de la reconnaissance faciale et de ses potentielles dérives si la réglementation ne s’adapte pas correctement.


Pour en savoir plus sur David Nihill, rendez-vous sur son site ici et/ou regardez son intervention au Web Summit par là pour connaître quelques unes de ses méthodes.