Le média qui cultive votre curiosité
Menu

La ville de demain sera smart ou ne sera pas

Nous passons progressivement d’un modèle de propriété du véhicule à une mobilité électrique et partagée

Soon Soon Soon revient sur les grandes leçons à tirer du salon Autonomy qui avait lieu fin 2019 à la Grande Halle de La Villette, avec Pascal Melet, son DG. Découvrez les grandes tendances, parfois méconnues du grand public, qui feront la mobilité de demain. Du phénomène incontournable des trottinettes en libre-service aux véhicules autonomes en passant par le MaaS – ou Mobility as a Service – faites un saut dans la ville du futur !

Quelles sont vos impressions sur l’édition 2019 d’Autonomy ?

Nous avions un challenge cette année puisque nous sommes passés d’un salon à destination du grand public et des professionnels à un événement uniquement pour le BtoB et le BtoG (Business to Government). C’était un changement majeur et cela a été un franc succès.

Le deuxième objectif que nous nous étions fixé était de renforcer notre leadership à l’international. Là encore, mission accomplie puisque 40% des 200 exposants étaient internationaux avec 29 pays représentés et du côté des visiteurs, c’est 70 pays qui étaient représentés, le double de l’édition 2018 ! C’est important car sur ce marché de la mobilité urbaine, il y a des initiatives intéressantes partout dans le monde. Certains salons prennent le parti de faire des éditions régionales. À l’inverse, Autonomy a pour vocation de mettre en relation des acteurs du monde entier et de les fédérer dans un seul rassemblement. On se rend à un salon pour découvrir des produits et services mais aussi pour trouver des idées et échanger avec ses homologues. Sur ce marché naissant, c’est important d’avoir cette vision internationale.

Enfin, notre troisième objectif était de fédérer les décideurs publics. Le visitorat BtoB et BtoG est en augmentation de 30% puisque près de 8000 décisionnaires, tous impliqués dans des problématiques de mobilité, étaient présents. Parmi eux, nous retrouvons des directions générales, des corporate mobility (gestion de flotte, logistique, dernier kilomètre…), la R&D, l’innovation, la production… Cette variété de profils a permis d’avoir une bonne représentativité des offres et des besoins.

Concernant les décideurs publics, 80% du territoire français était couvert. Et 27 pays étaient représentés, avec plusieurs délégations venues de grandes villes d’Inde, de Corée, d’Afrique…

De manière générale, nous sommes heureux d’avoir réussi à mettre en relation les décideurs publics et privés pour essayer de co-construire ensemble la mobilité de demain.

Plusieurs annonces ont été faites sur le salon…

En effet, Uber par exemple a annoncé sur le salon son partenariat avec Cityscoot. EDF a présenté des solutions prometteuses de V2G (Vehicule to Grid) qui permettent à un véhicule électrique de rendre de l’électricité au réseau quand celui-ci en a besoin.

Il y a également eu la publication de l’enquête du Smart Mobility Lab et de son observatoire de la micro-mobilité. Des chiffres marquants y ont été dévoilés : 350.000 trottinettes électriques ont été vendues en 2019, c’est une progression de 50% par rapport à 2018. Pour 2022, les projections oscillent autour du million d’exemplaires !
Le phénomène de free floating (NDLR : le libre-service sans borne) est en pleine expansion et ces modes de transports alternatifs s’imposent. En passant d’une approche plutôt ludique à de vraies solutions de déplacement et de mobilité domicile-travail. C’est d’ailleurs un tendance forte de mobilité urbaine puisque 21% de la population urbaine est équipée de trottinettes, contre 5% sur l’ensemble du territoire.

Quelles tendances en matière de mobilité observez-vous ?

D’abord, il y a la tendance sécuritaire. Aujourd’hui, de nombreux produits et initiatives voient le jour sur ce sujet. Nous avions sur l’événement des exposants comme Overade, qui propose la location de casques pliables et qui pourront être intégrés dans les offres de free floating ou encore des casques “airbags” qui se déclenchent au moment de la chute (commercialisés par Toad). Au sein de cette tendance il y a également tout ce qui concerne la signalétique.

La deuxième tendance forte, c’est l’intérêt marqué des entreprises sur les problématiques de nouvelles mobilités : comment transformer son parc de voitures de fonction diesel ? Comment intégrer des mobilités plus douces dans son offre entreprise et s’adapter aux contraintes légales ? Comment offrir des alternatives à mes salariés ?
Le sujet est vaste et entraîne une multitude d’autres questions, par exemple autour des assurances.

Le troisième et dernier grand axe que je vois : le Mobility as a Service (Maas). De nombreuses initiatives se positionnent là-dessus, que ce soit en termes de plateformes, de traitement des données… De nombreux acteurs agrègent et traitent des données qui peuvent donner des éléments de décision aux autorités. Grâce à cela, les décideurs publics vont pouvoir organiser une mobilité plus inclusive et plus durable. Même s’il y a de nombreux acteurs privés positionnés sur le sujet, ce sont bien eux qui sont légitimes pour le faire.

La tendance de fond c’est que nous passons progressivement d’un modèle de propriété du véhicule à une mobilité électrique et partagée. Cette nouvelle mobilité va bien sûr poser des problématiques d’infrastructure : comment la ville s’équipe-t-elle ? Comment communique t-elle avec les différents acteurs de cette mobilité ? Comment les citoyens s’intègrent-ils dans la smart city ? En plus des infrastructures de recharge, cela va aussi concerner le mobilier urbain, les routes… On entend beaucoup parler des véhicules autonomes mais l’un des préalables c’est d’avoir des infrastructures adaptées, à commencer par le marquage au sol (NDLR : le premier accident mortel impliquant un véhicule autonome s’est produit car la piétonne s’était engagée en dehors d’un passage prévu à cet effet).

Quels sont les grands enjeux liés à ces tendances de la mobilité de demain ?

La croissance du marché des livraisons et de la vente par correspondance via internet est en explosion et implique et génère beaucoup de process de livraison de dernier kilomètre. En face de ce phénomène, il y a des politiques urbaines de plus en plus restrictives avec la création de zones à faibles émissions en CO2 par exemple. Les véhicules de livraison auront donc de moins en moins accès au centre-ville. Ce “paradoxe” crée une problématique qu’il faut résoudre et cela passe par le développement de systèmes de livraison alternatifs, comme les vélos cargo ou la création de grands hubs de livraison en périphérie des villes. Cela passera aussi par le développement de logiciels d’optimisation des tournées qui entraîneront avec eux des problématiques de géolocalisation… Un écosystème est en train de se créer autour de la question du dernier kilomètre. C’est un très gros marché.

L’autre sujet majeur, lié au MaaS, est la capacité des acteurs publics à gérer ces mobilités et à offrir une vision globale et des solutions efficaces sur l’ensemble du territoire pour supprimer les zones blanches. Il y a un vrai besoin. Des offres se structurent, tout en gardant à l’esprit les enjeux de sécurité et de données.

Le secteur public est-il toujours en réaction au secteur privé ?

Je suis plutôt optimiste. On sent que des deux côtés, ils ont à peu près compris qu’ils ne pourraient pas avancer l’un sans l’autre. Les décideurs privés ont compris qu’ils devaient s’adapter aux problématiques que leurs imposent la loi et les décideurs publics ont pris conscience qu’ils avaient tout intérêt à co-construire avec les premiers, que ces mobilités alternatives constituaient de vraies réponses aux deux problématiques majeures auxquelles les villes font face : la pollution et la congestion.

C’est ce que j’ai observé sur le salon : il y a une vraie écoute, une démarche de co-construction, nous ne sommes plus au temps de l’affrontement, comme cela a pu être le cas auparavant. Une bascule est en train de se faire : le marché s’organise et tout le monde a compris que c’était dans l’intérêt de tous.

Nous sommes sur une tendance lourde, en témoigne la baisse historique de près de 5% des trajets domicile-travail en voiture en Ile de France entre 2010 et 2018 (source). Il y a une vraie dynamique qui se lance mais pour que cela fonctionne, les décideurs publics et privés doivent travailler main dans la main. La régulation va aussi pousser les acteurs privés à cesser la course au volume pour aller vers de la rentabilité. Ils vont vont devoir travailler sur l’assainissement de leurs modèles économiques et leurs structures de coûts. Par exemple, avec la récente réduction à trois opérateurs et 15.000 trottinettes à Paris, cela va pousser les opérateurs à travailler sur des véhicules plus durables, résistants et faciles à recycler. L’organisation du marché à un effet positif en privilégiant la qualité à la quantité.


Rendez-vous prochainement pour l’édition 2020 d’Autonomy qui aura lieu les 4 et 5 novembre à la Grande Halle de la Villette !

Article suivant

Ça vous plait ? Cultivez votre curiosité avec notre newsletter !