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Et si l’entreprise changeait le monde ?

Il faut revaloriser les biens communs que sont la nature, l’éducation, la culture, la santé…

Cécile Colonna d’Istria est la fondatrice et directrice générale du Salon Produrable. Depuis 13 ans, il est un rendez-vous BtoB incontournable pour tous les acteurs de la Responsabilité Sociétale des Entreprises. L’édition 2020, initialement prévue en avril se tiendra au Palais des Congrès de Paris les 7 et 8 septembre.

À quoi peuvent s’attendre les visiteurs du Salon Produrable cette année ?

Lorsque j’ai commencé à préparer cette édition, en juillet 2019, j’avais choisi un fil rouge : sobriété, solidarité et prospérité. À ce moment-là, je voulais attirer l’attention sur le fait qu’il fallait nouer un nouveau pacte au niveau européen et que celui-ci devait intégrer les valeurs de sobriété et de solidarité pour garantir une forme de prospérité, qu’on pourrait appeler un « capitalisme conscient ». Tout cela est encore plus vrai aujourd’hui. C’est pour cela que notre programmation n’a pas vraiment besoin de changements. En 2019 on parlait assez peu de sobriété, depuis quelques mois, c’est tout l’inverse (NDLR : le terme « sobriété » a connu un pic de recherches sur Google en France lorsqu’il a été évoqué par le Président lors de son adresse aux Français le 13 avril dernier).

L’effort de sobriété est indispensable

On m’a parfois dit que la sobriété était quelque chose de ringard ou de moralisateur, mais pas du tout : dans un monde de ressources finies, l’effort de sobriété est indispensable. Sans sobriété, on n’y arrivera pas. Le principe de l’économie circulaire l’a bien compris. La relance « green », je n’y adhère pas s’il n’y a pas d’effort de sobriété : dans la consommation, les transports, le bâtiment…

Le Salon Produrable n’a t-il pas en ce sens la vocation de faire bouger les politiques ? Ou « la » politique ?

J’aimerais bien, et si on y arrive, c’est parfait ! En fait, je pense que le politique, seul, ne peut pas faire grand chose, et encore moins – ou pas assez – à l’échelle nationale. À mon avis, il y a de part et d’autre de la boucle, le citoyen et le politique, qui poussent chacun de leur côté, avec l’envie de faire bouger les lignes. Mais celui qui, vraisemblablement, a en main la capacité de changer, c’est le monde de l’entreprise. Ce n’est par exemple pas le pouvoir politique ni le citoyen qui va et peut changer une méthode d’approvisionnement, de production pour qu’elle soit plus vertueuse et ait moins d’impact sur le climat. 

Celui qui a en main la capacité de changer, c’est le monde de l’entreprise

Le consommateur a un pouvoir dans son acte d’achat, le politique peut mettre des réglementations en place mais entre ces deux mondes, c’est la volonté de l’entreprise et sa marge d’action qui fait vraiment la différence.

Qu’est-ce qui explique la longévité et le succès du Salon Produrable ?

Dans l’ADN de l’événement, dès sa création il y avait la volonté d’être pratico-pratique et l’ambition de faire passer le monde de l’entreprise de la stratégie à l’action. À l’époque c’était (un peu) un voeu pieu et une démarche intellectuelle. Les chiffres étaient cependant là pour nous montrer qu’il fallait opérer un shift concret dès ce moment-là. Nous voulions aider l’entreprise à se transformer. J’étais convaincue – et je le suis toujours – que c’est le monde de l’entreprise qui est au coeur des enjeux de développement durable et donc de cette transformation à mettre en oeuvre. C’est l’entreprise qui est au coeur des process d’approvisionnement, de production et de distribution, c’est donc à elle de répondre à ces défis et de se faire accompagner pour y parvenir.

Faire passer le monde de l’entreprise de la stratégie à l’action

Par ailleurs, la grande qualité de nos contenus explique aussi pourquoi nous sommes parvenus à fidéliser une communauté, c’est d’ailleurs le premier motif de visite du Salon aujourd’hui. Le cycle de conférences que nous proposons (plus de 150 sur 2 jours !) est un temps où l’on vient s’informer, se former et où l’on apprend beaucoup. Notamment à travers des exemples et des études de cas réelles et efficaces. Les visiteurs du Salon repartent avec des solutions à mettre en place dans leurs entreprises.

De plus, l’ensemble de notre programme et de ce qui est proposé est renouvelé chaque année, c’est extrêmement important. Les sujets, thèmes, intervenant·es, partenaires varient chaque année.

Enfin nous nous préoccupons beaucoup de ce que nous pouvons mettre en oeuvre pour nos clients. Cela a évidemment participé à créer une communauté d’acteurs engagés.

Comment la crise du coronavirus a-t-elle impacté l’événement ?

Produrable devait avoir lieu fin avril, ce sera finalement début septembre. Au-delà de cette programmation bouleversée, nous avons adapté certains contenus et en avons créé d’autres. Par exemple sur le sujet du télétravail. Nos deux plénières d’ouverture, sur la nouvelle prospérité européenne puis sur la biodiversité ont été ajustées car nous ne pouvions bien sûr pas être indifférents au contexte. Cependant, je ne voulais pas changer radicalement notre programmation et faire un Salon sur cette crise sanitaire. Notre vocation est d’adresser tous les sujets de la transition écologique et solidaire, il ne fallait pas s’en détourner complètement.

Qu’aimeriez-vous que les visiteurs retiennent en sortant du Salon Produrable ?

J’aimerais qu’ils s’inspirent auprès des speakers très variés qui nous font le plaisir de venir et qui sont extrêmement courageux, chacun dans leur domaine. Je pense par exemple à Navi Radjou – le « père » de l’innovation frugale – qui interviendra sur une des deux plénières d’ouverture. Cela fait dix ans qu’il milite pour la frugalité – un cousin proche de la sobriété – et c’est intéressant de constater aujourd’hui que son approche séduit les plus grand·es chef·fes d’entreprises. Ce que je souhaite, c’est que chaque visiteur qui a un rôle à jouer dans son entreprise trouve à Produrable des exemples et des solutions concrètes pour les répliquer. L’enjeu est de faire de nos visiteurs des ambassadeurs dans leurs organisations.

Certains acquis écologiques ont été remis en cause par la crise que nous traversons, qu’est-ce que cela vous inspire ?

C’est sidérant mais je pense que ce sont des soubresauts. J’espère que c’est anecdotique et conjoncturel. Il faut avoir le long terme en perspective. Si relance économique il y a, il faut que nous puissions mettre en face des exigences et des contreparties environnementales et sociales dans les budgets alloués sur certains secteurs.

Après 13 ans d’expérience du Salon, quelle est selon vous la place des entreprises dans le monde de demain et le rôle de la RSE, de la raison d’être et du développement durable ?

Nous avons vu la RSE gagner beaucoup de terrain depuis que le Salon existe et aujourd’hui, elle est devenue un des éléments de la stratégie d’une entreprise. Ce n’était pas le cas il y a encore 3/4 ans. Je pense que cela va devenir un enjeu de « discrimination positive » et que les entreprises et leurs marques pourront devenir des entreprises et des marques à mission. Demain, à la simple évocation de son nom, une marque, par les engagements qu’elle prend, sera synonyme d’activisme pour le climat, d’activisme social… C’est même déjà le cas pour certaines marques et entreprises aujourd’hui, qui sont emblématiques.

La RSE va devenir un enjeu de discrimination positive

C’est ce que j’avais perçu l’an dernier à la fin du Salon : la RSE est sortie de ses gonds, elle a investi un champ nouveau et a donc davantage d’impact. Elle n’est plus concentrée sur les processus vertueux d’amélioration sur les plans environnementaux et sociaux, ce n’est plus (que) ça. C’est pour cela que nous avons lancé il y a 2 ans notre grand prix de la Responsabilité Sociétale de la Marque (RSM) mais aussi parce que nous avions la conviction qu’il fallait aller au delà de la RSE, et qu’elle devait englober l’ensemble des parties prenantes des entreprises et pas seulement les collaborateurs ou les actionnaires.

À quoi devrait ressembler la société consciente de demain ?

À du bon sens et de l’éthique !

Quand on entend parler du besoin de relocaliser la production de nos industries dites sensibles (médicaments, transports…), c’est tout simplement du bons sens. Dans le New Deal européen, il faut revaloriser les biens communs : la nature, l’éducation, la culture, la santé… et retrouver une sorte de souveraineté européenne en relocalisant. Prendre soin de notre environnement, c’est aussi du bon sens : il n’y a pas d’Homme en bonne santé sur une planète malade.

L’autre enjeu c’est l’éthique. Le problème, c’est qu’aujourd’hui c’est très peu normé et que chacun y met un peu ce qu’il veut.

Enfin, la société consciente doit être en capacité de se réinventer en permanence. Il faut innover mais il n’y a pas que l’innovation technologique. Innover pour innover n’a pas de sens : une innovation doit apporter quelque chose à l’Homme et à la nature. Il faut freiner la course au « toujours plus » pour imaginer un chemin sur le « mieux » et la surenchère technologique ne répond pas à cela. Faisons place à « l’innovation consciente » !


En savoir plus sur le Salon Produrable ici.

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