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Le coliving : comment vivre seul·es ensemble ?

Une majorité de la population, à un moment de sa vie, pourrait avoir besoin de recourir au coliving

Inspiré du modèle anglo-saxon, le coliving s’installe progressivement dans le paysage français. Tendance émergente de l’habitat et du vivre ensemble, ce concept a donné des idées aux fondateurs de Colonies. François Roth, l’un d’entre eux, nous a raconté comment le coliving a un impact positif aussi bien écologique que social, à l’heure où les grandes villes accueillent des flux considérables de nouveaux habitants. Découvrez comment cette “colocation 4.0” réinvente l’espace en même temps que les relations.

Comment est né Colonies ?

Alexandre, Amaury et moi nous sommes rencontrés sur les bancs de l’ESSEC pendant notre première année. À cette époque, nous étions nous-mêmes dans une expérience d’habitat partagé, puisque l’on vivait dans la colocation de la résidence étudiante. 

De mon côté, après l’Ecole, je me suis dirigé en droit. J’ai obtenu mon diplôme de droit notarial et ai ensuite travaillé chez Unibail-Rodamco pendant plusieurs années. Avec mes associés et amis, nous cherchions une expérience entrepreneuriale et avions tous les trois envie et besoin de mettre plus de sens dans nos vies, professionnelles notamment. En réalité, me lever le matin pour des centres commerciaux, ça ne me faisait pas vibrer… J’ai donc quitté mon poste pour lancer Colonies. En effet, le coliving et l’habitat sont des choses qui m’appellent et résonnent beaucoup en moi. 

Ayant beaucoup travaillé à l’international, à Londres, à Madagascar, en Autriche, dans beaucoup de villes différentes, j’ai dû systématiquement réapprendre à m’adapter à chacune d’entre elle. Il y a des côtés passionnants et très enrichissants mais, il y en a d’autres qui sont très pénibles. C’est ce qui a nourri notre réflexion sur le coliving. Pouvoir arriver dans un endroit, clé en main, se débarrasser de toutes les contraintes comme le réseau wifi, l’assurance du logement, trouver les bons contacts… c’est quelque chose qui a beaucoup animé notre réflexion. 

Il n’y a pas un matin où nous nous sommes dit « on va faire ça ». Lorsque nous sommes sortis de l’ESSEC, nous avons tous les trois pensé que le rapport qualité/prix des résidences étudiantes était loin du compte. Nous avons donc lancé une première entreprise qui proposait les colocations étudiantes qu’on aurait aimé avoir quand nous étions étudiants. Ça a très bien fonctionné.

L’habitat individuel est une anomalie historique

Après trois ans de cette expérience, nous avons pris conscience que cette proposition de valeur pour les étudiants en était aussi une pour les actifs. Nous allions tous avoir 30 ans, nous étions toujours tous en colocation, avec des besoins différents, mais avec une volonté de ne pas vivre seuls. C’est là que nous nous sommes spécialisés dans le coliving et l’habitat partagé. En soi, il n’y a rien de très nouveau, sauf dans la façon d’aborder et traiter ce sujet. L’habitat partagé, c’est quelque chose qui existe depuis des millénaires. À la limite, c’est l’habitat individuel qui est une anomalie historique.

Nous avons donc commencé à nous intéresser à la colocation idéale pour les actifs. Comme nous étions nous-mêmes dans ce cas de figure, cela a mené notre réflexion notamment autour de lieux de tensions : comment repenser l’emplacement de la salle d’eau ? Des WC ? De la douche ? Du frigo ? Nous sommes allé voir ce qu’il se passait autour de nous en récoltant et analysant des sondages, des études. Jusqu’à arriver au produit qu’on estimait idéal. 

Dans la foulée, nous avons beaucoup appris puisque certaines de nos intuitions étaient bonnes tandis que nous avions tort sur d’autres. Aujourd’hui, au-delà d’un produit figé, nous avons réussi à construire une démarche d’apprentissage et d’amélioration en continu. C’est ce qui crée finalement le visage multi-facettes de Colonies et c’est ce qui nous permet d’adresser différents publics.

À qui s’adresse Colonies ?

Jusqu’à maintenant, nous avions ciblé le cliché du digital nomade, souvent représenté par des expatriés, des freelance, des entrepreneur·es d’une trentaine d’années. Ce profil actif a plutôt bien fonctionné. Et puis peu à peu, en enrichissant nos réflexions, nous avons pris conscience que nous pouvions intéresser d’autres publics. Désormais, il y a par exemple des couples qui viennent vivre chez Colonies. Nous sommes justement en train d’étendre la réflexion à des profils encore plus variés. Nous avons beaucoup de demandes de personnes en ruptures affectives. À Paris, lorsqu’une personne se sépare de sa ou son conjoint·e, elle reste en moyenne six mois dans le même appartement post-séparation. La cause : un manque d’alternative. C’est une problématique qui nous intéresse. 

De plus, nous réfléchissons beaucoup aux solutions qui concernent la famille. Soit de familles dites « classiques » avec cette notion de cellule familiale de trois à quatre personnes, voire plus. Soit, une contrainte plus spécifique, celle de la famille monoparentale. C’est une vraie question aujourd’hui dans les grandes villes. Les pères ou mères isolé·es avec un ou plusieurs enfants – souvent en bas âge – ont besoin de solutions concrètes. Le coliving peut s’avérer être une des réponses, en permettant d’accéder à des espaces partagés et des services pour un meilleur « vivre ensemble » mais aussi de gagner beaucoup de temps. 

Nous retenons aussi l’attention de ce qu’on aime appeler les « jeunes seniors », ces personnes âgées de 60/65 ans qui sont complètement autonomes et dynamiques. Mais qui, peuvent être confrontées à une séparation, au départ du dernier enfant du foyer… On se retrouve souvent seul ou avec des amis qu’on côtoie depuis 30 ans. Ce sont des personnes qui souhaitent rester très urbaines tout en en rencontrant d’autres dans leurs activités. 

Cependant, je ne pense pas que tout le monde puisse vivre toute sa vie en coliving. C’est une illusion selon moi, et de toute façon, ce n’est pas notre objectif. En revanche, nous commençons à avoir la conviction qu’une majorité de la population, à un moment de sa vie, pourrait avoir besoin de recourir au coliving. Les étudiant·es, les jeunes actif·ves en période d’essai, les expatrié·es qui ne connaissent personne lors de leur arrivée, les personnes récemment séparées, etc. Il y a un certain nombre de moments où cette solution peut répondre à un vrai besoin. Les familles d’expatrié·es sont un bel exemple. Un ou une cadre parisien·ne arrive aux États-Unis pour une expérience professionnelle courte comme un CDD de deux ans et ne peut pas partir avec son ou sa conjoint·e et ses enfants pour des questions de mobilité. Le coliving, sa communauté, ses espaces et services partagés peuvent être un moyen de ne pas se retrouver seul·e. 

Une majorité de la population, à un moment de sa vie, pourrait avoir besoin de recourir au coliving

Il y a donc un certain éclectisme dans le public que nous visons, même s’il va tout de même s’auto-contraindre par la localisation. Les gens préfèrent ne pas habiter trop loin de leur lieu de travail. La seconde contrainte concerne les espaces. Nous refusons de louer un studio classique à un couple. Nous estimons qu’il y a des surfaces minimales à avoir et qu’on ne peut pas vivre décemment dans un 15m2 à deux. Pour que nous puissions héberger ces personnes, nous avons besoin de studios qu’on nomme XL ou T2. Ce sont des petits appartements avec plus de rangements et bien plus d’espace. Ce qui fait que nous ne pouvons pas les accueillir dans toutes les Colonies.

En général, combien de temps reste-t-on dans une Colonie ?

Jusqu’à présent, la moyenne se situe autour d’une année. Cela à tendance à s’allonger selon les localisations et les publics cibles. Mais c’est encore difficile à analyser car nous n’avons pas assez de “track record”, nos plus vieilles résidences n’ont que deux ans. Ce qui est certain, c’est que nous faisons uniquement de l’habitat, personne ne loue à la semaine ou au mois. Les locataires s’inscrivent dans la durée et y érigent leur résidence principale. 

Quels sont les critères pour intégrer une Colonie ?

Nous essayons d’être beaucoup plus flexibles qu’un bailleur classique. Les personnes qui déposent un dossier pour intégrer une Colonie doivent attester leur capacité à payer un loyer, leur bonne foi et leur motivation. C’est assez libre et c’est ce qui fait aussi que c’est assez éclectique. Certaines personnes nous envoient leurs diplômes et nous précisent qu’elles viennent d’être embauchées dans de superbes entreprises. Certes, elles sont en période d’essai mais elles se sont battues pour obtenir ce poste. D’autres nous adressent leurs ruptures conventionnelles. Pour une location classique, cela serait vu comme une contrainte mais chez Colonies, au contraire, on considère que cette personne a négocié avec son employeur une rupture conventionnelle parce qu’elle entame un autre projet, entrepreneurial par exemple.

En d’autres termes, nous laissons plus de libertés, puisque nous sommes nous-mêmes passés par toutes ces étapes. Parfois, il vaut mieux regarder une page LinkedIn ou simplement lire ce qu’on nous écrit plutôt que de juger sur une feuille de paie qu’il est d’ailleurs facile à photoshopper

Quelles différences avec une résidence étudiante, une colocation classique ou un hôtel ?

La différence avec un hôtel, c’est que nous sommes vraiment sur de la longue durée, ce n’est pas du passage et il n’y a pas de personnel sur place. Vous êtes chez vous, c’est votre espace et personne ne passera derrière vous. C’est fondamental de bien comprendre cela. 

Par rapport à une résidence étudiante, nous ne sommes pas sur la même échelle. Les communautés que l’on crée abritent un maximum de 12 personnes. Notre plus gros projet en cours fait environ 10.000m2 et sera à destination d’un public étudiant. On y retrouve généralement une dizaine de studios et un salon avec une cuisine partagée. Ensuite, nous les dupliquons. C’est-à-dire qu’on peut créer une, deux, trois maisons, une dizaine, et même cinquante s’il le faut ! L’idée, c’est d’éviter l’effet très froid des résidences étudiantes avec des couloirs interminables, qui n’ont rien à envier aux hôpitaux… Notre objectif est de créer un lieu pour vous. Votre habitation, c’est vous et votre dizaine de voisins. Bien sûr, c’est accessible à d’autres personnes, mais uniquement sur invitation. Vous leur ouvrez la porte, comme si vous étiez dans une maison. Mais leur badge ne leur permet pas d’ouvrir votre porte. Donc, ça vous permet d’avoir un vrai sentiment d’intimité et de communauté. Vous ne pouvez pas connaître 300 personnes. Mais au bout de trois semaines, vous connaissez vos voisins. Ami·es ou pas, vous les connaissez et c’est quelque chose d’important. 

Par ailleurs, une dizaine de personnes, c’est beaucoup plus que la plupart des colocations classiques. On double voire triple l’échelle et c’est aussi beaucoup mieux conçu. Si je caricature, une colocation à Paris aujourd’hui c’est entre deux et quatre personnes dans un appartement qui a été imaginé sous Napoléon III pour des familles, par le Baron Haussmann avec les contraintes de l’époque… Or, aujourd’hui, ce ne sont pas des familles, ce sont des personnes qui ne peuvent pas apprendre à se connaître facilement. Et tout a changé : la nécessité d’avoir du wifi, des besoins d’intimité qui ont complètement évolué, l’électricité, les problématiques sonores, etc. Ce sont des appartements qui ont souvent été découpés à la va-vite. Certains propriétaires cloisonnent parfois la salle à manger avec des rideaux pour créer une chambre de plus. Vous avez même des colocations où il n’y a pas de salon, avec une cuisine microscopique. Chez Colonies, la colocation est totalement repensée. C’est-à-dire, conçu par des architectes qui sont employés chez Colonies. Leur métier c’est de faire le mieux possible avec l’espace que nous avons pour servir les besoins de “vivre ensemble” des habitants. La première chose que nous adressons – c’est assez paradoxal – c’est l’intimité et le vivre seul. Pour que ça se passe bien dans une communauté, la première chose que nous estimons essentielle c’est que vous puissiez vous isoler, ne voir personne quand cela est nécessaire.

Une colocation à Paris aujourd’hui c’est entre deux et quatre personnes dans un appartement qui a été imaginé sous Napoléon III pour des familles, par le Baron Haussmann avec les contraintes de l’époque…

La très grande majorité de nos “unités” (NDLR : nom donné aux différents espaces privatifs) chez Colonies sont constituées de studios. Vous avez vos propres WC, votre douche, votre lavabo et même votre kitchenette avec un frigo. Donc si vous avez envie d’être seul·e, c’est possible. Si vous n’êtes pas du matin, vous pouvez petit-déjeuner tranquillement, prendre une douche sans devoir attendre. C’est vraiment différent d’une colocation sur ce point là. De plus, tout est clé en main : quand vous arrivez sur place, l’électricité est installée, le wifi aussi, l’assurance habitation est déjà souscrite. C’est entièrement meublé, avec du mobilier de très grande qualité, mais nous nous occupons aussi du consommable. Tout est prévu : l’huile, le sel, le poivre, la lessive, les pastilles lave-vaisselle, les produits ménagers… Cela évite les « qui a encore utilisé tous les sacs poubelles ? ». Néanmoins les gens sont responsabilisés. Ils habitent chez eux mais il n’y a pas un·e employé·e de ménage qui vient nettoyer [leurs chambres]. Le concept leur permet quand même d’avoir un socle commun qui peut régler pas mal de contraintes. 

Racontez-nous la naissance d’une Colonie…

C’est assez long pour les “maisons” qui sont des petits immeubles que nous réhabilitons ou agrandissons légèrement. Cela va de six mois à un an. Sur les très gros projets qui sont des immeubles que l’on construit, nous sommes sur des chantiers qui peuvent durer quatre à cinq ans. Donc c’est très long. Sur ces projets nous ne travaillons pas seuls mais avec des promoteurs, des constructeurs et des architectes. Il y a une démarche de dépôt de permis de construire très exigeante. Et surtout, nous sommes au plus haut standard de qualité possible, le label BREEAM en fait partie. Nous proposons des éléments qui sont extrêmement vertueux en terme d’isolation, de technologie de chauffage, d’efficience énergétique… Sur ce qui se fait de mieux. Surtout, nous privilégions des matériaux durables. Par exemple, vers Genève, nous sommes actuellement en train de construire un immeuble avec un matériau assez peu connu : le béton de chanvre. C’est un béton dans lequel on va mettre de la paille de chanvre qui va décupler son efficacité thermique tout en le rendant plus léger, mais tout aussi solide. Nous avons aussi beaucoup de programmes avec des constructions en bois. 

Pour ceux en réhabilitation, l’enjeu est systématiquement de viser l’amélioration de l’existant. Cela peut passer par des changements de fenêtres, d’isolation, le choix d’une chaudière plus efficiente, etc. Concernant le choix du mobilier et de l’électroménager, c’est pareil. J’insiste là-dessus parce qu’aujourd’hui dans le résidentiel, le “pas cher” c’est ce qui pollue le plus. Ce que j’appelle le “pas cher” c’est quand vous avez moins de 30 ans et que vous meublez un appartement chez IKEA avec un budget de 600 euros. Puis, que vous déménagez au bout d’un an et que tout cela part aux encombrants parce que c’est quasiment invendable ou alors c’est revendu au suivant, à 30 euros. Cela pollue terriblement. D’autant plus qu’il s’agit bien souvent de mobilier construit à l’autre bout du monde et qui voyage en bateau. Je vous laisse imaginer ! C’est aussi le cas pour l’électroménager. Quand vous achetez un lave-vaisselle à 150 euros en premier prix et qu’il lâche au bout de trois ans, il faut le changer. Il y a plein de composants non recyclables. Chez Colonies, nous sommes dans une démarche de durabilité. Il faut savoir que chez Colonies, le mobilier et l’électroménager sont faits pour durer au moins 7 ans. Ce qui nous impose donc de choisir des produits d’une qualité irréprochable. Ce cercle vertueux fonctionne en partie grâce à la mutualisation. 

Le mobilier et l’électroménager sont faits pour durer au moins 7 ans

Il faut compter entre 6.000 et 10.000€ par utilisateur pour le budget d’acquisition. Mais, c’est parce que nous achetons une fois pour une dizaine d’années que nous pouvons nous permettre de mettre une telle somme. Si vous avez 27 ans et que vous emménagez quelque part, vous n’avez – sauf exception – pas ces moyens. L’autre démarche, qui est loin d’être anecdotique, c’est que le modèle du coliving est en lui-même intrinsèquement vertueux car vivre ensemble permet de faire des économies substantielles de consommation énergétique et de bilan carbone.

Enfin le dernier avantage, et non des moindres, surtout en cette période où l’on essaie de limiter le nombre de gens dans les transports en communs, c’est de pouvoir rapprocher les gens de l’endroit où ils travaillent. Si demain ces personnes changent de métier et ont donc d’autres besoins, on les accompagne vers un nouvel endroit plus adapté à leurs nouvelles contraintes. À noter que nous proposons aussi des espaces conçus pour permettre de s’isoler, avec un wifi d’excellente qualité, ce qui vous permet de pouvoir travailler de chez vous dans les meilleures conditions et pouvoir limiter les déplacements.

Alexandre Martin, Amaury Courbon et François Roth, co-fondateurs de Colonies

Quelles sont les prochaines étapes pour Colonies ?

Nous avons l’ambition de devenir un des leaders européens du secteur. Nous sommes aujourd’hui présents en France et en Allemagne et en développement très actif en Belgique, au Luxembourg et en Suisse. Ensuite ce sera l’Espagne, le Portugal, les Pays-Bas, l’Italie, le Royaume-Uni et l’Irlande. Quasiment tous les pays d’Europe sont compatibles avec notre projet. Mais nous avons des ressources limitées, c’est pour cela que nous avançons étape par étape pour mieux se concentrer.

Nous devrions finir l’année avec environ 350 chambres ouvertes et louées. Et on espère pour l’année prochaine franchir le cap des 2.000 en 2021. Il n’y a pas vraiment de limite. Nous pensons qu’en adaptant notre produit à nos publics cibles, en étendant notre zone de recherche géographique, nous aimerions un jour avoir des dizaines, voire des centaines de milliers de locataires partout dans le monde. Ce qui nous permettrait par ailleurs de proposer d’autres services intéressants. 

C’est par exemple ce que nous sommes en train de lancer entre Paris et Berlin. Nous souhaitons donner la possibilité à nos locataires d’échanger gratuitement leur lieu de vie pour des durées allant du week-end à la semaine. Cela peut permettre de passer des vacances quelque part sans payer de logement. Si nous pouvons le faire dans plein d’autres endroits du monde, ce serait assez exceptionnel. Et ça renforce en plus la communauté. 

À quoi ressemblera la ville et l’urbanisme de demain ?

Il y a beaucoup de pistes de réflexion. J’ai tendance à croire que l’avenir de la ville va être plus petit, et plus mutualisé. Nous avons des infrastructures de transport saturées. Pour avoir une place en crèche c’est quasi impossible sans pistons. Je ne crois pas à une solution qui consisterait à se verticaliser encore plus. Dans de bonnes conditions, ça me paraît assez illusoire. Du coup, les m2 sont limités. De plus, c’est assez hallucinant mais d’ici 2050, il y aura 2,5 milliards de personnes de plus dans les villes (Source : Nations Unies).

D’ici 2050, il y aura 2,5 milliards de personnes de plus dans les villes

Je pense que le logement résidentiel va être de plus en plus petit. Et, pour faire face à ce rétrécissement, la mutualisation semble être une voie. Quitte à avoir 25m2, je préfère avoir un studio de 15m2 et 100 ou 200 m2 d’espace partagé plutôt que d’avoir 25m2 seul·e. C’est bien plus respirable. C’est une des réponses, mais il y en a d’autres. 

Il y a d’autres problématiques sur lesquelles nous commençons à réfléchir et notamment autour du télétravail. Certain·es peuvent travailler de n’importe quel endroit, s’il y a internet ou le téléphone. Ne pourrait-on pas réfléchir à un autre système ? Qui pourrait me permettre d’avoir une maison à 2 heures de Paris et venir à Paris un jour par semaine. Auquel cas, peut-être qu’il faudrait avoir une nouvelle réflexion sur le temps partagé ? Ce qui était légèrement en désuétude sur les résidences vacances au ski par exemple, est-ce que finalement on ne pourrait pas mutualiser des espaces de vie en ville ? Ou devons-nous passer à un 100 % remote ? Les pistes de réflexions sont nombreuses. 

Nous avons tout de même des grandes forces qui s’opposent. Il y a de plus en plus de monde qui souhaite aller en ville. C’est évident. Mais dans le même temps, la ville devient assez invivable. Tout est toujours plus petit. Les gens ont envie d’en partir mais ce sont souvent des paroles en l’air. On se rend compte finalement que la demande augmente systématiquement. C’est peut-être plus par la nécessité que par la réelle envie. Et, les transports imposent aussi toute une réflexion. On voit bien à quel point certains modèles sont intenables. Quand vous arrivez à La Défense à 9h00 et que tout le monde est collé serré dans des conditions qui sont proches du bétail… Avec ou sans virus, ce sont des conditions qui, selon moi, ne sont pas tout à fait souhaitables.

Enfin, je pense qu’il y a beaucoup de réflexions à avoir sur le vivre ensemble. La ville reste un endroit des possibles avec une véritable richesse associative, culturelle et économique. Je suis quelqu’un qui croit à l’humain et aux rencontres. C’est ce que Colonies souhaite favoriser au maximum.

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