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©Bertrand Noël

104factory : quand l’art rencontre l’innovation

Le CENTQUATRE est plus qu’un lieu atypique. C’est un espace de vie où l’on a la possibilité d’expérimenter.

Dans le cadre de la cinquième édition d’Open Factory qui avait lieu fin février, Marialya Bestougeff, directrice de l’innovation du CENTQUATRE-Paris, nous a partagé son regard sur l’entrepreneuriat d’aujourd’hui, et sa vision de celui de demain. Dans cette interview, découvrez son parcours, ses conseils pour celles et ceux qui souhaitent donner naissance à leur projet et son admiration pour ce lieu où il fait bon vivre, et surtout entreprendre. 

Comment es-tu devenue directrice de l’innovation du CENTQUATRE ?

Ma passion, c’est le spectacle, l’expression corporelle, les arts, le sensible. Après plusieurs années d’expériences en tant que chef de projet dans des métiers et des contextes très différents (événementiel, qualité, informatique), juste après la naissance de ma première  fille, je travaillais alors dans le conseil, j’ai réalisé que ce n’était plus fait pour moi. J’ai rejoint une entreprise qui fait du théâtre d’entreprise. Cela consiste à former et sensibiliser par le théâtre. Et puis, j’ai eu envie de créer ma propre entreprise. Avec une amie, on a donc créé Fixioneers, un studio de création de contenus interactifs. Notre volonté, c’était de nous intéresser à la manière dont nous pouvons utiliser les outils digitaux pour raconter de nouveaux récits, enrichir les expositions, créer de nouvelles expériences… L’entreprise existe toujours mais entreprendre est très difficile, j’ai donc rejoint par la suite un studio de design : les Sismo. J’y ai vraiment découvert la puissance du design. Quand on innove, que l’on crée, avoir une approche centrée utilisateur, cela remet en question pas mal de choses. Même pour une startup ou une jeune entreprise, faire appel aux services du design, c’est se donner une plus grande chance de réussir à être pérenne. C’est tout ce parcours qui m’a conduit au CENTQUATRE, où je suis arrivée il y a 2 ans.

Qu’est-ce que le CENTQUATRE représente pour toi ?

Le CENTQUATRE a ouvert en 2008, avant de rejoindre les équipes, j’y étais abonnée depuis 2010. Il y a un bel aperçu vidéo de ce qu’il représente pour moi ici. J’adore cet endroit : c’est un lieu de vie, de ville, où l’on croise plein de gens différents, de tous les âges… Avec mes deux filles j’allais souvent à la Maison des Petits. Un peu à l’image des maisons vertes, elle permet d’accueillir les parents et leurs enfants. Mes collègues qui y travaillent sont des psychologues. C’est très intéressant parce qu’il y a peu de lieux de ce type où on est écouté·es et accueillis, quand on a de jeunes enfants.

Peux-tu nous parler de 104factory ?

En tant que directrice de l’innovation du CENTQUATRE-PARIS, je pilote 104factory qui est un incubateur dédié aux industries culturelles et créatives. La structure existe depuis 2013 et a pour mission d’offrir à des entrepreneurs des conditions particulières pour développer leurs entreprises. Nous les sélectionnons, leur offrons des espaces et des services dans un lieu de travail singulier moyennant un forfait d’accompagnement. Nous les accompagnons sur une période de six mois et parfois jusqu’à deux ans. Nous avons monté ce programme avec Agoranov, l’incubateur Sciences et Tech de Paris, pour que nos deux écosystèmes se nourrissent. Leur méthodologie a fait ses preuves depuis plus de 20 ans.  104factory est labellisé Paris Innovation Amorçage (PIA), ce qui donne la possibilité aux équipes que nous accompagnons d’avoir un accès privilégié à des financements.

Nous apportons plus qu’un lieu atypique. C’est un espace de vie où l’on a la possibilité d’expérimenter. Avec le rendez-vous annuel Open Factory, nous ouvrons l’incubateur, ça aussi c’est important. Nous montrons qui sont nos entrepreneurs, ce qu’ils font, à un public professionnel mais aussi au public du CENTQUATRE. Cela représente environ 600.000 personnes chaque année. Finalement, c’est un lieu très foisonnant dans lequel il se passe toujours plein de choses et ça, c’est vraiment intéressant pour les startups que nous accompagnons.

Nous travaillons aussi beaucoup en synergie avec les différentes activités de notre lieu comme par exemple avec le Cinq, notre espace dédié à l’innovation sociale qui nous permet aussi de tisser des liens forts avec des associations et des écoles. De nombreux groupes scolaires viennent visiter le lieu et nos expositions. Parfois, nous organisons des rencontres entre les entrepreneurs et ces groupes scolaires qui découvrent ce qu’est l’entrepreneuriat et n’hésitent pas à poser des questions intéressantes aux équipes.

Comment les startups vivent leur passage chez vous ?

Elles y trouvent une écoute et des expertises que nous mobilisons via les différents pôles du CENTQUATRE et notre réseau d’experts et de partenaires. Nous développons ce qu’on appelle l’urbanisme culturel. Cette expertise nous permet de conseiller et de réaliser de nombreuses missions de conseil et de production événementielle dont la plus emblématique est la direction artistique et culturelle du Grand Paris Express en intervenant et proposant des formats hybrides, innovants, inspirants et artistiques dans les futures gares du Grand Paris.

Nous accueillons aussi plus de 300 équipes artistiques en résidence chez nous chaque année avec qui nous tissons aussi des liens. Nous faisons des mises en relation notamment à travers Tuesday Factory, notre déjeuner à thème mensuel où l’on invite un artiste, des collaborateurs du CENTQUATRE ou des experts. Ce sont aussi des ateliers de pratiques collectives. Nous avons par exemple eu la chance de participer à une master class avec Barbara Hannigan, une très grande cheffe d’orchestre. Un des entrepreneurs qui l’a rencontré m’a dit : “Ça m’a beaucoup marqué de me retrouver avec cette grande cheffe d’orchestre, avec sa coach sportive. Nous avons pu discuter ensemble alors que ce n’est pas du tout mon univers”. Pourtant, il est à l’origine de Live Tonight, une plateforme qui met en relation des musiciens émergents avec des particuliers ou des professionnels et permet ainsi de développer la musique live en France. C’est vraiment quelque chose de singulier qu’on essaie de créer au CENTQUATRE, même si ce n’est pas simple à faire.

Nous provoquons le hasard, la mise en réseau. Pour une startup, le fait d’être associé au CENTQUATRE et à 104factory rassure énormément les financeurs, donne la possibilité de faire des expériences et d’être visible, notamment lors des événements que nous accueillons.

Quels sont les critères pour rejoindre 104factory ?

Le premier critère, c’est que l’entreprise doit être créée, avec plusieurs associé·es et se positionner dans les industries culturelles et créatives. Le projet doit également être innovant et son produit ou ses services et applications doivent pouvoir être expérimentés ici, au CENTQUATRE. Nous avons par ailleurs un comité de sélection composé de nos partenaires, avec la ville de Paris, la région Île-de-France, Agoranov et l’Ircam.

Quelles belles histoires d’entrepreneurs de 104factory peux-tu nous raconter ?

Il y a de nombreux portraits d’entrepreneurs et d’entrepreneuses qui sont passé·es par 104factory à découvrir sur notre site. Je pense par exemple à La Fabrique de la Danse. La startup a été lauréate d’un appel à projets de la ville de Paris : les co-fondatrices vont transformer un ancien parking en espace dédié à l’accompagnement des chorégraphes. Elles ont aussi créé une application, DanceNote, au service des chorégraphes et interprètes pour leur permettre de répéter leurs chorégraphies. Dans le même temps, elles développent aussi des activités autour de la formation. En réalité, on est obligé d’être protéiformes et multiples quand on est dans les industries culturelles et créatives, pour trouver des modèles économiques viables. Leur histoire est très belle.

Je pense aussi à Spoon qui développe des créatures artificielles. Il y a Timescope, avec qui nous avons collaboré dans le cadre du projet Numeri-Scope, pour le Grand Paris Express, et qui propose de découvrir le passé ou le futur d’un lieu. Enfin, même si je pourrais en citer plein d’autres, il y a Sonic Solveig, une application qui permet de mieux appréhender la musique et de découvrir autrement la finesse des instruments, de comprendre à travers des expériences augmentées les composantes d’un orchestre et d’une musique.

Il y a beaucoup de belles entreprises qui sont passées par 104factory et nous sommes particulièrement fiers des équipes que nous accompagnons actuellement : Nemmès, Tamanoir studio, Digital Rise, Pablo, Vidi Guides, Diversion Cinema, Uwti, Double Jack, Timescope. À la sortie de 104factory, certaines entreprises décident de poursuivre leurs aventures ensemble, les liens qui se font ici sont très forts !

Quelle est ta vision de l’entrepreneuriat ?

Quand on entreprend, on est souvent seul et on doit tout faire. On va vers des incubateurs et des accélérateurs pour être accompagnés, mais aussi pour être avec d’autres personnes. En travaillant aux côtés d’autres entrepreneurs qui sont à des stades plus ou moins avancés et sur des domaines différents, cela crée une énergie qui fait vraiment du bien. Entreprendre, c’est aussi beau que difficile. On a tendance à ne mettre en avant que les aspects positifs de l’entrepreneuriat, parce que l’on souhaite convaincre et motiver. L’enjeu est bien celui-ci : convaincre. Parce qu’il faut convaincre des futurs clients, des investisseurs, de nouveaux salariés… Et pour y parvenir, on a besoin de soutien.

Que souhaites-tu pour l’entrepreneuriat de demain ?

Il y a une véritable explosion. Il y a de plus en plus de structures qui accompagnent l’entrepreneuriat, et c’est très bien. Nous faisons d’ailleurs partie de l’association la Boussole des entrepreneurs  qui structure l’écosystème de l’accompagnement pour aider l’entrepreneur à faire un choix éclairé. Je pense qu’il faudrait qu’il y ait davantage de synergies pour créer des logiques de parcours et de complémentarités. La majorité des dispositifs ne proposent pas d’accompagnement aux entreprises après leur troisième année d’existence, mon souhait serait que de telles structures se développent. 

Dans la crise que nous traversons actuellement, être accompagné pour une jeune entreprise innovante est plus que jamais devenu fondamental.

L’entrepreneuriat culturel de demain doit également s’inscrire dans une démarche plus responsable. L’innovation dans le secteur des industries culturelles et créatives c’est aussi d’imaginer de nouveaux modèles hybrides qui prennent en compte l’impact social, environnemental et comment mieux partager le pouvoir et les richesses.

Pour découvrir 104factory, c’est par ici. N’hésitez pas à candidater, c’est par !

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