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Utiliser des écailles pour pimper sa boutique

Chaque année en Europe, l’écaillage de saumons et de sardines produit plus de 20.000 tonnes d’écailles qui ne demandent qu’à trouver un objet de réemploi.

La jeune pousse Scale fait de ce coproduit abondant une ressource pour fabriquer un nouveau matériau aux propriétés vertueuses : la Scalite.

Il y a environ 2 ans, Erik de Laurens, un designer français installé à Londres, commence à s’intéresser de près aux coproduits. Légion dans l’industrie agro-alimentaire, il s’agit des matières créées inévitablement lors du processus de fabrication du produit. En tirant la ficelle de ce marché potentiel, il découvre les gisements français puis européens d’écailles. Cette matière, très peu adressée et posant même des problèmes à certains industrielles en bouchant les canalisations lors du rinçage par exemple est renouvelable, abondante et relativement facile à capter.

Fort de cette découverte et constatant qu’encore très peu d’initiatives existent pour valoriser ce coproduit à travers le monde – certains en font du plastique ou du cuir – il décide, dans le cadre de ses études de se lancer dans l’élaboration d’un matériau fait à 100% d’écailles. Il réussit haut la main et c’est ensuite accompagné d’Edouard et Jules qu’il fonde sa société : Scale (qui signifie “écaille” en anglais) et poursuit le développement de la Scalite, le nom donné au matériau (contraction de Scale et de Lithos, qui signifie “pierre” en grec). Ce matériau, intégralement fabriqué à base d’écailles de saumons et/ou de sardines, est composé de calcium et de collagène organique, qui fait office de liant naturel. Cela permet notamment d’éviter d’ajouter de la résine qui rendrait le matériau beaucoup moins intéressant et surtout durable, dans son sens écologique.

Par ailleurs, l’impact sur le transport est faible puisque Scale s’intègre dans une boucle logistique (et d’économie circulaire) déjà bien rodée et se charge en direct de la collecte avant d’entamer la transformation du coproduit. Pour cette dernière, la matière est réduite dans une poudre stable et sèche puis compressée à froid afin de fabriquer des plaques de 30x30cm.

À date, la Scalite s’adresse principalement au marché de l’aménagement d’intérieur. En effet, le matériau biosourcé peut servir d’habillage mural anti-feu et sans émission de CO2 pour des magasins, restaurants, bureaux… D’autres applications sont également possibles comme les accessoires de la maison, l’électronique domestique ou encore le mobilier.

Ce choix de positionnement n’est pas anodin puisque la Scalite, qui se travaille plutôt comme du bois et peut être considérée comme une alternative au corian ou au MDF, ne bénéficie pas d’un gisement suffisant (bien qu’abondant) pour devenir – par exemple – une alternative au plastique à un prix raisonnable.

Après seulement deux années d’existence, la startup a déjà transformé plus de 30 tonnes d’écailles et en récolte environ 3 par mois avec l’objectif de multiplier par deux cette capacité d’ici fin 2020. Pour mener à bien ce développement, elle a réalisé une première levée de fonds il y a quelques semaines à hauteur de 500.000€ auprès de business angels, d’un industriel et du fonds d’investissement Founders Future. Elle bénéficie également du soutien de la région Nouvelle-Aquitaine. Ce tournant pour la startup illustre bien le potentiel de ce marché, déjà colossal en Asie mais où l’essentiel de ce coproduit sert l’industrie du petfood.

Scale, une initiative qui ne laisse pas de marbre, bien qu’elle puisse un peu lui ressembler…

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