Faut-il avoir de la mémoire pour (bien) travailler ?

Sauriez-vous citer 3 événements majeurs qui ont eu lieu en 2018 ? Réciter cette poésie apprise par coeur au collège ? Vous souvenir de votre dîner de lundi dernier ?
Pas d’inquiétude, si vous avez oublié, c’est normal et le remède existe ! Cette semaine, Soon Soon Soon vous emmène faire un tour mémorable …

Si la réponse peut sembler évidente lorsqu’on parle d’école ou de formation, elle l’est moins dès lors que l’on s’adresse à des recruteurs ou des employeurs.

La mémoire est-elle une compétence pour l’entreprise ? Est-il encore nécessaire de retenir quoi que ce soit quand on a toujours un smartphone dans la poche avec Wikipédia ou Google à portée de clics ?

À l’heure où l’on évoque volontiers la plasticité du cerveau et où les neurosciences se penchent sur le fonctionnement de celui-ci, à l’heure où l’on pose la question de l’employabilité et du taux d’emploi des seniors, pourtant qualifiés de “mémoires des organisations”, on est en droit de se demander si la mémoire n’est pas une compétence à part entière.

Dit autrement : et si la mémoire était essentielle pour bien travailler ? Pas seulement pour se rappeler des prénoms de ses collègues de bureau. Notre résumé en 4 points.

  1. Pour permettre l’existence d’un véritable esprit critique. Dans nos sociétés sujettes à l’infobésité, en proie aux fake news et de plus en plus aux deepfakes, la mémoire permet, de faire résonner les informations, de les comprendre et les analyser avec discernement. Ne dit-on pas que même la data a besoin d’historique ? Dans son ouvrage, l’Éloge de la Passoire, Anne de Pomereu nous rappelle que tout l’enjeu réside dans l’exercice quotidien de sa mémoire et de sa bonne utilisation, pour in fine faire preuve de clairvoyance.
  2. Pour se concentrer et être plus efficace. La terminologie même “d’économie de l’attention” souligne à quel point l’attention est rare et objet de toutes les convoitises. Souvenons-nous de l’expression employée par Patrick Le Lay en 2004 alors PDG de TF1 qui parlait de “temps de cerveau humain disponible”. Or, la mémoire entretient un cercle vertueux avec l’attention : la mémoire repose sur l’attention et l’attention favorise la mémoire. La technologie nous place quant à elle dans un rapport de passivité ou de paresse. Faire appel à une information par le biais de sa mémoire, sans interface avec la mémoire externe numérique et ses algorithmes nous fait gagner en efficacité… L’objectif : devenir soi-même moteur de son attention.
  3. Pour avoir plus d’impact à l’oral. Les techniques pour exercer sa mémoire nous viennent tout droit des traités d’éloquence, conçus à une époque où la transmission se faisait essentiellement à l’oral. Mémoire et oralité vont traditionnellement ou historiquement de pair. Au travail aussi.Mieux utiliser votre mémoire vous évitera la lecture monocorde de vos powerpoints ou une prise de parole décousue le jour où vous avez oublié votre présentation dans l’imprimante. Et si vous oubliez volontairement vos notes pour revenir à l’essentiel ?
  4. Pour (re)dynamiser son estime de soi. Travailler sa mémoire, c’est aussi apprendre et accepter d’oublier : à vous de définir la taille et l’emplacement des trous de votre passoire. En “encodant” les informations avec rigueur, avec des réactivations régulières, vos souvenirs remonteront à la surface sans même que vous n’y pensiez. Résultat : ce que vous savez, vous le savez vraiment, pas à peu près, et ça, ça fait du bien à l’égo.

Alors, on se concentre, plutôt que de se laisser happer par la concurrence déloyale de son smartphone et on prend conscience de sa mémoire comme d’une “hard skill”. La bonne nouvelle, c’est que l’on peut s’entraîner !


Envie de creuser le sujet ? Découvrez notre interview d’Anne de Pomereu, professeur de mémoire et méthodologie ici.

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