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Faire une fleur aux abeilles sauvages

Vivre au rythme de la ville et en harmonie avec la nature est un désir partagé par de nombreux citadins et citadines. Mais à trop vouloir protéger et assister la biodiversité, on pourrait finir par la rendre vulnérable. 

Comme l’installation d’une ruche chez soi, une bonne intention qui peut faire “pschiit” plutôt que “bzzz”… 

Vous avez peut-être déjà entendu ou vu l’un·e de vos voisin·es se féliciter d’avoir créé sa toute première maison d’abeilles. Puis un·e autre partager fièrement un cliché de ses ouvrières en action, sur son balcon. L’apiculture deviendrait un tout nouveau terrain de jeu, accessible à tout le monde. Ruche design, à faire soi-même, connectée… Il y en a pour tous les apiculteurs amateurs. Mais ce mouvement pro-abeilles orchestré au nom de la biodiversité a fini par changer de ton. 

En moins de dix ans, ces nids réservés à ces petits insectes à six pattes se sont multipliés dans les grandes villes. Alors que Paris n’en comptait que 300 en 2011, il y en aurait aujourd’hui près de 2.000 dans la capitale (Source : À Nous Paris). D’autre part, de nombreuses entreprises ont choisi d’en faire poser sur leur toit, pour redorer leur image en obtenant le label HQE (Haute Qualité Environnementale). Ironie du sort : leur accumulation est devenue néfaste à l’environnement. Pour rappel, dans une seule et même ruche, si la saison le permet, près de 60.000 abeilles se mettent à l’oeuvre. Nombreuses et particulièrement gourmandes, elles ne laissent donc plus vraiment de place aux autres pollinisateurs. 

En 2018, une étude de chercheurs britanniques révèle que l’Apis Mellifera, une abeille très prisée pour sa productivité rigoureuse et son miel, est en train de menacer sa propre espèce. Sa cousine, l’abeille sauvage, plus anarchiste, qui se marginalise volontairement parce que solitaire et indépendante des autres colonies, a de plus en plus de difficulté à se nourrir. Un an plus tard, la biologiste Isabelle Dajoz (Institut d’Écologie et des Sciences de l’Environnement – Université Paris Diderot) alerte à son tour sur les conséquences engendrées par le règne de l’abeille domestique en ville.  

Ainsi, les abeilles sauvages commencent à subir de plein fouet le fameux effet papillon engendré par l’introduction trop importante d’abeilles domestiques en ville. Le fait est qu’installer des ruches n’est pas une mauvaise idée. Mais tout est question d’équilibre. Et de préparation surtout, en considérant l’environnement (dans toutes ses dimensions), s’il est adéquat ou non.

On pourrait donc commencer par laisser la main aux professionnel·les. Les apiculteurs sont près de 15.000 à avoir perdu leur emploi en 10 ans face à la disparition inquiétante de 30 % des colonies d’abeilles (Source : La France agricole). Pourtant, c’est bien eux qui préservent et s’occupent de celles sans qui on aurait bien du mal à respirer. Régis Lippinois a souhaité valoriser les apiculteurs en fondant Un toit pour les abeilles, il propose à chacun·e de devenir parrain ou marraine de sa propre ruche, que vous soyez un particulier ou une entreprise. Pour installer ses maisonnettes, il fait appel à des spécialistes qui jugent l’emplacement : il faut que la flore soit riche, favorable et que la ruche ne se trouve pas trop près d’une autre

Par ailleurs, les parrains et marraines sont invité·es à découvrir différents ruchers durant le printemps, lors de “journées portes ouvertes”. Par la suite, une communauté fleurit entre apiculteurs, leurs protégées et celles et ceux qui souhaitent suivre activement leur travail quotidien. À la fin de ce dernier, pour le plaisir des papilles, le parrain ou la marraine reçoit un pot de miel personnalisé. Une belle manière de valoriser dans le même temps les produits locaux ! 

Si les abeilles sauvages produisent peu ou pas de miel et sont moins généreuses, elles sont bien meilleures en pollinisation et sont essentielles au maintien de la biodiversité. En prenant conscience de cette nouvelle menace qui partait pourtant d’une excellente intention, des villes comme Besançon ou Metz ont choisi de ne plus installer de ruches. Dans le département des Yvelines, un arrêté préfectoral a été pris pour surveiller l’emplacement des différentes niches et s’assurer qu’elles respectent bien les règles de l’apiculture. 

Certaines alternatives peuvent parfois rendre plus agréable et facile la vie des abeilles, sauvages ou domestiques. Par exemple, mettre un peu plus de vert dans sa ville, sur son balcon en plantant quelques fleurs mellifères et autres végétaux riches en nectar. On pense à la lavande, aux jacinthes, à la douceur des roses.  Parce que 35 % des activités agricoles alimentaires dépendent de leur travail, leur offrir de quoi se nourrir semble logique, comme une forme de donnant-donnant (Source : L’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture).

S’investir sans en faire trop pour la biodiversité, les accueillir avec un beau bouquet de coquelicots plutôt qu’une ruche, ou alors celle d’un·e vrai·e pro. Et, on trouvera vraiment sa place dans le cycle vertueux et naturel de la vie. Ça nous éviterait un avenir à la Black Mirror fait d’abeilles-robots

Que pensez-vous de cette détection ?

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