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Être invisible aux yeux de Big Brother

“Ne me dis rien, je te dirai qui tu es”, cela pourrait être le slogan des 200 millions de caméras de surveillance que compte la Chine.

Pratique pour repérer et verbaliser les habitants qui ne respectent pas le confinement ou traquer les criminels. Moins marrant quand on peut reconstituer vos journées à la minute près. Certains artistes redoublent d’ingéniosité pour leur échapper…

Parce que finalement ces 200 millions de caméras sont presque une goutte d’eau à côté des 2,76 milliards (une multiplication par presque 14) que le pays devrait compter d’ici 2022 ! Et la Chine ne fait pas figure d’exception, au contraire elle est parfois même citée comme modèle… Ainsi, au nom de la lutte antiterroriste, des villes ou des pays s’équipent de caméras de surveillance de plus en plus sophistiquées. Fini le temps où il s’agissait simplement d’une capture vidéo. De nos jours, grâce aux progrès technologiques, il est possible de vous identifier avec la reconnaissance faciale. Mais ça vous le saviez déjà puisque vous déverrouillez votre espion mobile avec votre visage. D’ailleurs, en Chine, si vous voulez acheter un smartphone, un scan de votre tête est obligatoire. Ce que vous savez peut-être moins, c’est que vous pouvez retirer de l’argent avec, payer avec, embarquer avec (sauf Xavier Dupont de Ligonnès visiblement).

Mais ce que vous saviez peut-être encore moins, c’est qu’il est désormais possible de reconnaître votre… démarche. Pour ça, en dehors de vous lancer dans un tour du monde en moonwalk ou simplement de vous inciter à éviter la marche à pieds au profit de nouvelles mobilités, on n’a pas grand chose à vous conseiller. En revanche, si vous trouvez que ces pratiques menacent votre vie privée, de nombreuses options s’offrent à vous pour vous prémunir de la reconnaissance faciale. En effet, plusieurs artistes et chercheurs se sont penchés sur le sujet depuis une bonne dizaine d’années. On vous prévient, au nom de votre liberté, il faudra peut-être renoncer à votre style…

C’est ainsi qu’en 2019, l’atelier polonais Noma Design Studio a développé un bijou de non-technologie pour passer incognito aux yeux de ces nouvelles technologies. Il s’agit d’une parure de visage en laiton créée grâce à l’algorithme de DeepFace (Facebook – pourquoi pas) qui a pu ainsi déterminer les zones à “cacher” pour passer inaperçu·e. Enfin, inaperçu·e, vous avez compris…

©Noma Design Studio

Autre solution : suivre un tuto make-up concocté par le chercheur Grigory Bakunov. Grâce, là aussi à un algorithme, cet employé de Yandex (moteur de recherche russe) a mis au point en 2017 une formule (presque) magique anti-reconnaissance faciale. On ne vous garantit pas un style à la David Bowie, Ru Paul ou encore Empire of the Sun mais il y a un truc quand même…

©Grigory Bakunov

Dans un autre style, en 2015 cette fois, c’est AVG, une société spécialisée dans les antivirus qui a annoncé avoir développé une paire de lunettes permettant de devenir invisible, enfin presque. On n’en est pas encore à la cape d’invisibilité d’Harry Potter mais on y croit ! Pour fonctionner, la monture des lunettes est truffée de petites LEDs infrarouges permettant d’éviter de se faire tirer le portrait par les caméras de surveillance à reconnaissance faciale.

©AVG

On remonte encore un peu le temps pour découvrir Pixelhead, l’oeuvre de l’artiste Martin Backes. Ce dernier a imaginé en 2010 une cagoule pour se camoufler de l’oeil céleste (c’est ainsi que les habitants de l’Empire du Milieu (= la Chine) appellent leur système de surveillance par caméras de reconnaissance faciale) ou l’oeil de Sauron (c’est ainsi que les habitants de la Terre du Milieu (coïncidence ?) l’appellent dans leurs cont(r)ées).

Celle-ci, contrairement à celle que vos parents vous obligeaient à porter en classe de neige, ne gratte pas. Et pour que les caméras de surveillance parviennent à vous reconnaître, elles vont devoir gratter beaucoup…

©Martin Backes

Enfin, toujours en 2010, CV Dazzle – qui est à l’origine un projet de thèse d’un étudiant de New York University – proposait (et propose toujours) un joyeux mélange des genres avec un lookbook et des tips tout à fait dans le thème à base de maquillage ultra sophistiqué et de coiffures à faire grincer des dents Franck Provost. Certes on a un peu l’impression de se balader dans les rues du Capitole imaginé par Suzanne Collins dans Hunger Games mais est-ce que ce ne serait pas ça le futur ?

©CV Dazzle

Si toutes ces initiatives amènent quelque peu à se poser des questions sur le futur de la mode – pas tout à fait urgentes mais tout de même légitimes – de célèbres créateurs n’ont pas attendu l’épidémie de covid-19 pour fouler les podiums apprêtés de masques en tout genre, rassuré·es ?

On remarquera par ailleurs que parmi toutes ces initiatives, la diversité n’est pas franchement de mise… Est-ce à croire que la reconnaissance faciale (et les algorithmes qui la façonnent) reproduit les biais de notre société ? Ou plus simplement qu’elle n’a toujours pas le niveau ?

En tout cas, en 2020, à l’heure du bal masqué lié au nouveau coronavirus on pourrait penser être tranquilles et mettre à mal la surveillance de masse. Que la reconnaissance faciale ne parviendrait pas à nous identifier sous nos nouveaux atours. Détrompez-vous, la technologie a un train d’avance et Corsight AI, une startup israélienne, vient de lever 5M$ pour développer une technologie de reconnaissance faciale même avec un masque.

Avis aux artistes pour innover et trouver de nouvelles parades pour parader dans la rue incognito !

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