Écouter un lanceur d’alerte du scandale Cambridge Analytica

Deux jours à peine avant le premier caucus dans l’Iowa, et deux ans après le scandale ayant conduit à l’affaire Cambridge Analytica, le professeur David Carroll était à la Maddy Keynote pour y relater son enquête. Américain sur le sol européen, il lançait un vibrant « Merci au RGPD », soulignant son rôle dans la défense de la démocratie.

David Carroll, c’est un de ceux grâce à qui on aura vu Mark Zuckerberg troquer ses claquettes pour un costume. Trop grand. Sans jeu de mots (ou presque).

David Carroll, c’est le speaker qui nous assène, grand sourire à l’américaine aux lèvres, nos 4 vérités. Celui qui nous donne des frissons dans le dos lors d’un événement résolument orienté vers un futur positif. Celui qui nous rappelle que « les données de notre activité en ligne ne s’évaporent pas […] notre empreinte numérique est exploitée par une industrie qui vaut 1000 milliards de dollars par an. Mais nous aimions tant cette connectivité que personne n’a pris la peine de lire les conditions générales ».

Il revient sur l’enquête qui l’a conduit à mettre à jour une exploitation massive de données Facebook par l’entreprise Cambridge Analytica, à des fins de marketing politique. Cette enquête, mise en scène dans le documentaire The Great Hack nominé à la British Academy of Film and Television Arts (BAFTA) 2020 et diffusé sur Netflix, souligne les procédés utilisés pour cibler au mieux les électeurs « indécis » dans deux événements majeurs que furent le vote du Brexit et l’élection présidentielle américaine de 2016.

Les données de notre activité en ligne ne s’évaporent pas. […] Notre empreinte numérique est exploitée par une industrie qui vaut 1.000 milliards de dollars par an. Mais nous aimons tant cette connectivité que personne ne prend la peine de lire les conditions générales.

Le professeur de « digital média » à la Parson School of Design (New York) garde ses habitudes d’enseignant et excel à l’appui (ci-dessous), étaie sa démonstration. Il partage les treize axes d’analyse qui ont fait l’objet d’un traitement par Cambridge Analytica pour tenter de cerner sa personnalité, ses centres d’intérêts afin de lui adresser une communication sur-mesure. Cambridge Analytica travaillant au profit du parti Républicain (Cruz puis Trump), les questions de l’importance accordée à la dette et au contrôle des armes à feu arrivent en premières positions.
David Carroll pointe cependant du doigt avec humour que les data scientist ont affecté un score relativement faible à son intérêt pour l’éducation. À lui, l’enseignant…

Il a conclu sa démonstration par un plaidoyer en faveur du RGPD (Règlement Général sur la Protection des Données), en vigueur sur le sol européen. Ce dernier lui a en effet permis, alors même qu’il est citoyen américain, de demander des comptes à la société Cambridge Analytica, basée au Royaume-Uni. Et de mettre à jour la brèche massive de données « subies » par Facebook.

David Carroll Maddykeynote

©Soon Soon Soon – David Carroll à Maddy Keynote 2020

Si les propos de David Carroll font froid dans le dos, que dire alors des propos tenus par Brittany Kaiser dans le documentaire cité en amont ? L’ancienne responsable du « Business Development » de Cambridge Analytica, en charge notamment de la campagne de Donald Trump pour l’entreprise, est longuement interviewée.

Elle y décrit son rôle dans la campagne américaine, et auparavant dans les ballons d’essai de la campagne pro-Brexit au Royaume-Uni. Celle qui a fait ses armes de marketing politique digital dans les équipes de Barack Obama, affirme [qu’elle] « ne pense pas que Cambridge Analytica ait jamais agi en contradiction avec les droits de l’Homme ». En ajoutant que « plus [elle] en apprend plus [elle] remet les choses en question ». Assénant enfin qu’avant tout ça, elle avait passé sa carrière à travailler sur les droits de l’Homme…


Découvrez ci-dessous la bande-annonce du documentaire « The Great Hack ».

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