© Sargasse Project

Donner une utilité aux mauvaises algues

Au Japon, on se délecte des nori, ces algues qui entrent dans la confection des makizushi 🍣… À Saint-Barthélémy, les algues on les aime moins.

A Saint-Barthélemy dans les Antilles françaises, les algues marines, on les apprécie (beaucoup) moins. En effet, depuis 2011, le littoral de Saint-Barth’ est envahi par une algue marine nocive pour l’Homme et pour l’environnement : la sargasse.

Lorsqu’elles s’échouent sur le littoral, les sargasses sèchent et dégagent de l’hydrogène sulfuré et de l’ammoniac. Cela provoque des maux de tête, nausées et vomissements pour la population environnante. Le problème : la collectivité locale dépense des sommes astronomiques pour retirer les sargasses des plages et… c’est tout ! En aval, après la dépollution des plages, rien n’est fait pour traiter ces algues. Rien, jusqu’à l’initiative de Pierre-Antoine Guibout aka le « Sargasse Projet« .

A l’origine, Pierre-Antoine Guibout voulait racheter une marque de cirage et y intégrer un ingrédient naturel dans la recette. Du fait des grandes quantités de sargasse échouées à Saint-Barthélemy, l’idée de se servir de cette algue dans la composition du cirage paraissait intéressante. Sauf qu’après discussions avec des scientifiques, Pierre-Antoine s’est vite rendu compte qu’il serait difficile (voire impossible) d’intégrer les sargasses dans la composition de son cirage sans en modifier les propriétés fondamentales.

Mais Pierre-Antoine n’abandonne pas et continue à vouloir trouver une utilité à ce végétal marin. Alors, plutôt que d’intégrer la sargasse directement dans la composition de son cirage, il a une autre idée : emballer ses cirages avec du papier issu de la transformation de la sargasse. Et là, l’idée fonctionne ! Dans les faits, Pierre-Antoine n’est pas le premier à produire du papier à partir de sargasse, cependant il est le premier à produire un papier fabriqué entièrement à partir de cette algue. Lors de la phase de prototypage, la surprise fut de taille pour Pierre-Antoine : le papier fabriqué à partir de sargasse était à la fois suffisamment souple et résistant pour obtenir un produit cartonné.

© Sargasse Project – Du papier fabriqué 100% à partir de sargasses

Aujourd’hui, l’engouement et les attentes autour de ce nouveau matériau sont fortes, aussi bien du côté de Pierre-Antoine que de la population antillaise. En effet, à termes, l’objectif est d’ouvrir un laboratoire à Saint-Barthélemy afin de poursuivre les recherches sur la sargasse et d’industrialiser la fabrication de ce papier. Aussi, le Sargasse Project a encore besoin de nouer des partenariats avec des grands industriels du papier et avec des partenaires locaux afin de créer une fabrique de papiers et de cartons 100% sargasses dans les Caraïbes.

Pour l’instant, le produit n’est pas encore homologué selon les normes européennes commerciales. De plus, Pierre-Antoine bûche encore pour réduire l’impact écologique de la fabrication du papier, mais apparemment c’est en bonne voie 😊

PS :  de 24 au 26 octobre 2019, Sargasse Project sera à Sarg Expo (en Guadeloupe), le premier salon dédié aux techniques de ramassage et de valorisation des algues sargasses. Parmi les invités, le premier ministre Edouard Philippe (rien que ça) : la preuve que la sargasse intéresse jusqu’à l’hôtel de Matignon.

Que pensez-vous de cette détection ?