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Dire non à la solidarité marchande

Le volontariat à l’étranger offre la possibilité à tous ceux qui le veulent de découvrir un pays tout en aidant la population locale. 

Enseignants sans expérience, médecin sans critères, charpentier sans compétences, les portes sont ouvertes à toutes et à tous. Sauf que de cet élan de solidarité et de bienveillance, certaines entreprises opportunistes en ont fait un véritable business lucratif…

Chaque année, plusieurs milliers de jeunes font leurs valises pour venir en aide aux démunis à travers la planète. Le Cambodge, le Togo, l’Inde, ou encore l’Argentine font partie des destinations principales. En quête de sens à leur vie (pour près de 50% des 18-25 ans), d’une autre réalité, d’une fierté personnelle ou d’un réel besoin ou envie de se sentir utile, le tout arrosé de multiples bonnes intentions, on part dès l’âge de 16 ans tendre la main à ces pays en voie de développement. 

Mais ce volontourisme ou tourisme humanitaire qui propose de partir à l’autre bout du monde pendant deux semaines pour la modique somme de 2.000 euros causerait plus de dégâts qu’il n’en réparerait. L’UNICEF a dévoilé de nombreuses dérives de ce tourisme alternatif, comme la présence dans des structures dédiées de faux orphelins au Népal, éloignés de leurs familles pourtant bien existantes… L’organisme affirme qu’ils sont 85% dans ce cas-là. Et ce n’est qu’un exemple parmi d’autres.. Il y a aussi de nombreuses écoles qui n’ont en aucun cas besoin de professeurs volontaires mais qui pourtant continuent d’en accueillir tous les ans, au détriment de professeurs locaux donc…

Derrière tout cela, se cachent des entreprises malhonnêtes. Pointées du doigt par des associations qui dénoncent cette irresponsabilité et animosité, ces “agences” de volontourisme réussissent à convaincre des milliers de jeunes en leur renvoyant une image d’eux-mêmes, comme individu essentiel au bien-être et au développement de ces pays. Ego trop ego ? 

Des questions éthiques ont alors commencé à se poser. Quelle place le volontourisme laisse-t-il pour les “vrais” enseignants cambodgiens par exemple ? Nombreux sont celles et ceux qui souhaitent partager tout ce qu’ils ont appris durant leur cursus. Mais cela fait-il d’eux des professeurs agréés ? Dans le même esprit, les classes scolaires voient défiler de multiples enseignants. Toutes les semaines un nouveau visage. Entre attachement et perte de repère, ce serait un mal plus qu’un bien pour l’équilibre de l’enfant. 

Plus délicat encore, le cas de la médecine. Sauf si on connaît et réussit le sort Vulnera Sanentur, soigner une blessure avec la main qui tremble parce que c’est la première fois et qu’on ne sait pas vraiment s’y prendre n’est pas vraiment conseillé… Dans un reportage signé Vox Pop d’Arte, Rony Brauman – bien placé pour parler du sujet puisque ancien directeur de Médecins Sans Frontières – compare la population hôte à des “cobayes” et met en garde sur toutes ces initiatives

Toutes ces fausses bonnes idées amènent d’autres effets secondaires, comme l’arrêt total d’adoption dans les orphelinats puisque les milliers de volontaires qui arrivent chaque jour peuvent prendre soin d’eux (mais pas pour la vie). Autre résultat peu satisfaisant, prendre – involontairement – le travail des locaux et donc participer dans un sens à renforcer les inégalités. 

La solidarité ne devrait pas avoir de prix, et pourtant elle génère énormément de bénéfices, pour le plaisir des investisseurs peu soucieux de l’envers du décor. Toutefois, les bénévoles eux sont généralement de bonne volonté. En prenant conscience de ce nouveau business, il est devenu impératif de changer sa manière d’aider pour ne pas faire pire que mieux. Par exemple, en préférant France Bénévolat. Créée en 2003, l’association à but non lucratif propose diverses missions locales ou nationales pour s’engager auprès de personnes âgées, réfugiés, enfants en difficulté et détenus. 

Si on y réfléchit bien, l’argent dépensé dans un billet d’avion pour son excursion humanitaire pourrait mieux servir, en faisant don directement aux (vrais) orphelinats. Apporter une aide financière à des associations, s’intéresser et se sentir concerné par tout ce qui se passe dans le monde, agir localement, sont d’autres chemins moins périlleux. 

Pour aider à l’échelle internationale, la meilleure idée serait peut-être de faire demi-tour devant l’industrie du volontariat, pour se tourner vers un engagement plus local, sain, réfléchi et finalement plus humain. Cette ligne sur votre CV vous apportera probablement plus qu’une autre aux faux airs de vacances.

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