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Bâtir sa future maison avec les restes de son assiette

Le Qatar est l’un des pays les plus riches du monde et pourtant il lui aura fallu du temps pour commencer à réfléchir à la question de la transition énergétique…

En 2016, Ehab Sayed initie un doctorat en philosophie avec deux spécialités : “Architecture et environnement” et “Innovation, biomimétisme et circularité”. Ces études et le potentiel inexploité de son pays le poussent à lancer Biohm, une startup spécialisée dans la conception de matériaux durables. 

Faire mieux et bien, avec peu. Quand l’architecture mêle écologie et design, l’ensemble devient un vrai mouvement. Dans son laboratoire situé à Londres, l’équipe de Biohm s’interroge sur le bâtiment de demain en se tournant vers l’agroalimentaire et l’agriculture, dont la récupération des déchets a un potentiel encore trop peu exploité. En remplaçant des matériaux particulièrement énergivores, le fondateur veut prouver que la qualité d’un bâtiment, à l’extérieur comme à l’intérieur, peut être améliorée d’une manière simple et efficace. En utilisant ce qu’on a déjà

Et pour cela, rien de mieux que de regarder ce qui se trouve dans nos poubelles. En 2018, au Royaume-Uni, le gaspillage alimentaire s’élevait à près de de 9,53 millions tonnes de déchets alimentaires (Source : Wrap). À l’échelle européenne leur masse annuelle représente 88 millions de tonnes (Source : Parlement Européen). Dans la mode ou la food, la valorisation des déchets alimentaires a déjà fait ses preuves. Gagnant de l’édition 2018 du Coins Grand challenge Leadership pour son concept, Ehab Sayed s’intéresse quant à lui au secteur de l’architecture, pour la rendre plus verte et pérenne. 

Orb pour Organic Refuse Bio-compound est un des produits phares de l’entreprise. Ses qualités ? Multiples. 100 % biodégradable, anti-humidité, l’Orb peut être utilisé aussi bien pour confectionner une nouvelle chaise de bureau que pour remplacer les carreaux de ciment qui décorent votre cuisine. Les motifs sortent de l’imagination de l’entrepreneur, au design coloré, sobre et pourtant original. Puis, ils prennent vie lors du moulage dans ce qui ressemblerait à un pétrin mélangeur version XXL et une presse d’atelier. L’avantage est que pour la conception, peu de machines sont nécessaires, ce qui permet de réduire encore plus l’empreinte énergétique. 

© Biohm

Biohm utilise notamment des écorces d’oranges, des coques de cacao, des fleurs de pois bleus ou encore des fibres de canne à sucre récupérées dans les décharges de la capitale comme composants principaux. Une fois exploitées, ces ressources permettent de créer une base de construction au bilan carbone faible. 

Orb partage les lieux avec un autre matériau qui promet de révolutionner l’habitat. Le Vegan Isolation est créé à partir de mycélium. Lorsque ces derniers deviennent secs puis rigides, ils peuvent être peints et deviennent une excellente isolation thermique. En plus de s’éteindre de manière autonome au contact du feu, le mycélium séquestre le carbone et diminue donc les gaz à effet de serre. À savoir que 3.000 m2 d’isolant au blanc de champignons piègent près de 16 tonnes de carbone. Un bel exemple de ce que la nature permet à l’innovation ou comme Ehab Sayed aime le dire “comment la nature mène l’innovation”. 

Avec comme prochain défi de créer un béton 100 % végétal, toutes ces recherches sont englobées sous un seul et même système imaginé par la startup portant le nom de “Triagomy”. L’objectif est de repenser l’habitat dans son ensemble en commençant par ce qui le fonde et le maintient, dans une logique d’économie circulaire en terme de coûts financiers, énergétiques et de temps. 

© Biohm

L’inventeur précise que la responsabilité écologique s’incarne aussi dans le modèle de l’entreprise. Pour cela, Biohm a prévu de s’installer dans une ancienne usine de papeterie, située au-delà du berceau londonien. L’entreprise souhaite réhabiliter l’espace et créer un véritable puit d’innovations pour la construction. Reconstruire sans détruire en améliorant ce qui peut l’être et en recyclant ce qui ne le peut pas. Biohm invite d’ailleurs ses client·es à lui retourner les produits en fin de vie dans une logique de réemploi. 

Une question demeure : si nous passons en moyenne 85 % de notre vie dans notre logement (Source : Observatoire de la qualité de l’air), doit-on faire confiance aux organismes naturels ? Le CEO de Biohm assure que la qualité de l’air reste inchangée voire meilleure grâce à l’action filtrante du mycélium et aux caractères neutres, selon l’organisme, de ces nouveaux matériaux

La création récente d’un partenariat avec le studio de design Caracara élargit son expertise au service de l’art. Ayant déjà suscité l’intérêt de plusieurs grandes entreprises anglaises, Biohm investit les lieux pour bâtir au sens propre un futur bien équipé, durable et rentable. 

Que pensez-vous de cette détection ?

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