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Balancer son transport

« Pierre du diable » ou comment bien voir rouge. Cette initiative cérémoniale, c’est bien plus qu’un clin d’oeil à cette histoire aussi dénuée que porteuse de sens contée par Pierre Rabhi dans La part du colibri.

En 1980, deux camions se percutent. L’un transporte des tomates depuis les Pays-Bas vers l’Espagne, tandis que l’autre fait route vers les Pays-Bas avec à son bord… des tomates espagnoles. Shame, shame, shame…

Parce que certains achètent des bombes aérosol pour prendre un bon bol d’air, sans savoir qu’elles participent à sa pollution. Parce que d’autres mangent du jambon qui a parcouru plus de kilomètres et consommé plus de kérosène que n’importe quel Spider-Cochon. Parce que des marques se vantent de leur éco-responsabilité avec des bouteilles en verre plutôt qu’en plastique. Et si seulement ces bouteilles n’avaient pas parcourues des milliers de kilomètres avant d’arriver à destination…

« Quand on pense qu’il suffirait de ne pas les acheter pour que ça ne se vende plus ». Les mots de Coluche font parfaitement écho à cette célébration. Grâce à l’originale mais bien utile cérémonie de la « Pierre du diable », on peut désormais remonter le fil et découvrir l’envers du décor de certaines étiquettes, ce que Yuka ne dit pas.

Et en 2019, le prix Nobel de l’absurdité a été attribué à… Voss. De quoi se noyer dans la bêtise humaine, le groupe Migros vend de l’eau venue tout droit de Norvège qui, avant d’arriver dans les rayons, traverse tout de même 1.512 km (Source : Initiatives des Alpes et Quantis). Derrière un choix qui semble bien responsable en proposant des bouteilles en verres et en faisant la promotion d’une eau vertueuse, se cache une empreinte carbone assez ahurissante puisque la facture à la Terre de ce voyage en camion puis en bateau est 7.180 fois plus élevée que pour l’eau du robinet. Alors, produit sain ? Pour vous peut-être, pour la planète, beaucoup moins…

On continue, avec cette fois-ci l’attribution d’un lion d’or de l’illogique brut, avec le jambon cuit proposé par l’enseigne italienne Gusto Italiano qui, avant d’être vendu en Suisse, entame un véritable tour d’Europe. Le top départ est donné aux Pays-Bas, avant de faire une virée en Italie (histoire de dire que ça vient de là bas ?) puis une escale en Autriche pour finir, tant bien que mal, en Suisse, où il est distribué. Ça donne un peu beaucoup le mal des transports (mais on a la solution !).

Comme aux Césars, on finit sur une note plus scandaleuse, avec le prix du meilleur pollueur, décerné à l’entreprise Swiss Air Deluxe. Cette dernière propose aux citadins des villes polluées de respirer « fraîchement » l’air des Alpes, dans une bombe aérosol. Ça partait d’un bon sentiment… Oui, mais faut-il séparer le produit de sa traçabilité ? Quand on s’intéresse de plus près à la manière dont il arrive pour être vendu en Asie, soit 19.800 km effectués, la question mérite d’être posée.

Le prix de « La Pierre du diable » met donc à l’honneur les maladresses insensées de certaines enseignes, qui ne repartiront certainement pas très fières avec leur prix, tête baissée. Si tant est qu’elles aillent le chercher…

Que pensez-vous de cette détection ?

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