Le média qui cultive votre curiosité
Menu

Demain, vous saurez faire la différence entre inno et mytho

Comme il y a la bonne et la mauvaise réputation, il y aurait les bonnes et les mauvaises innovations. Ou plutôt les innovations utiles et celles inutiles.

Les essentielles et les accessoires. Celles qui dessinent un monde plus juste, plus écologique, plus smart. Et celles qui ne servent à rien, sinon à alimenter une course stérile au toujours plus. Plus de levées de fonds, plus de produits, plus de services, plus de tout…

2020 ne fait pas exception à cette tension. Pêle-mêle, on peut citer l’intelligence artificielle du MIT qui découvre un antibiotique, le pommeau de douche connecté à Alexa, la voiture pliable qui se faufile dans les embouteillages ou encore le robot chef cuistot.

L’innovation en France aujourd’hui c’est 1,4% du PIB, 16.000 brevets par an, c’est un état d’esprit que même le chef de l’Etat nous enjoint d’adopter. Ce sont des process, des technologies, des produits ou encore des usages. Cela touche tous les domaines : de la compta (verte et intelligente) aux deep tech, en passant par la mode et la santé.

Ce sont aussi des modèles et des grilles d’analyse, en sciences économiques ou sur les réseaux sociaux. Petit précis des concepts à réutiliser cet été. Et des notions à utiliser doctement. En commençant, par exemple, à distinguer innovation et invention.

Faire des antisèches sur les théories du management pour la plage

Parler d’innovation, c’est parler de croissance, de relais de croissance (ou plus chic, de growth drivers), de stratégie de diversification, d’investissements stratégiques. Les plus consultants d’entre nous s’en référeront à l’archi classique matrice du BCG, avec ses “vaches à lait”, ses vedettes et ses poids morts.

Les plus portés sur la French Tech rappelleront que la BPI (Banque Publique d’Investissement) a formalisé sa propre grille d’analyse de l’innovation. Croisant l’approche du pape de l’innovation, professeur à Harvard disparu en début d’année, Clayton Christensen, qui a imposé le distingo entre innovation de rupture et innovation incrémentale, et le manuel d’Oslo, rédigé par l’OCDE et sa typologie en 4 rubriques : innovation de produit, de procédé, de commercialisation et d’organisation. 

La grille de BPI vous propose également des illustrations en marques et en produits. Pour nourrir les dîners en ville.

Mentionnons enfin le célèbre “Business Model Canvas”, devenu un incontournable des Ecoles de commerce et autres formations au management. . Récemment, les deux fondateurs de ce modèle nous accordaient un entretien pour évoquer un autre outil complémentaire à celui-ci permettant à une entreprise de devenir “ambidextre : le portfolio map. Ça aussi, sur la plage ça en jette.

Revoir ses classiques en économie : utilité marginale, Schumpeter & co.

Sans céder aux sirènes des théories du management, il pourra être intéressant, au détour d’une phrase, de rappeler que la théorie économique n’est pas en reste quand il s’agit de modéliser l’innovation. Pensons notamment à l’autrichien émigré aux Etats-Unis Joseph Schumpeter dont la théorie sur la destruction créatrice a largement été popularisée (à l’excès ?). Sa principale vertu ? La capacité à expliquer simplement le lien complexe entre progrès technique (#innovation) et évolution du marché du travail, tout en inscrivant ce lien dans une perspective cyclique (#riendenouveausouslesoleil). Consécration ultime : une page dédiée sur le portail du ministère de l’économie.

Mais avant lui, nombre d’économistes se sont intéressé·es à la question. Souvent sous l’angle de la productivité. On a envie de retenir que Léon Walras, père un peu malgré lui de la théorie néoclassique en économique, utilise le terme d’utilité marginale décroissante pour expliquer la fixation d’un équilibre de marché (et la fixation du prix). Concept au centre de la théorie néo-classique donc, au centre des débats sur le capitalisme ou la portée heuristique des sciences économiques, mais utile à interroger pour ceux qui jugerait l’innovation à sa seule … utilité.

Frimer avec le management de l’innovation : jugaad & judo, le nouveau « smart ».

Pour continuer le tour estival des concepts utiles tant pour comprendre l’innovation que pour faire étalage de sa science en société, place à la notion de jugaad. Terme emprunté à la langue hindi, il désigne l’innovation frugale. Entendu comme innovation à peu de moyens. Débrouillardise, inventivité, agilité ou encore prise à rebours des modèles traditionnels d’organisation, jugaad c’est un peu la nouvelle manière d’être smart. De trouver une réponse aux enjeux du monde en limitant son impact. Le jugaad concourt, à sa manière, à réinventer le business en apportant une vision alternative. Outre une syllabe d’accroche commune, la stratégie du judo est également intéressante pour expliquer l’innovation. C’est la version management du David contre Goliath, ou startups contre grands groupes. Le principe est simple, et aussi opérant que la métaphore : le judo consiste à se servir de la force du concurrent et à la retourner contre lui. Encore une fois, agilité, flexibilité, et mouvement de levier fondent cet esprit smart, utile à la victoire sur le tatami du marché. Pour poursuivre la démonstration, un détour par les archives de la Harvard Business Review ou par la définition de la notion à la mode ces dernières années : le lean startup.

Faire le tour des innovations du Covid

Le Président l’avait rêvé, les entreprises l’ont fait. Elles ont innové. En France ou ailleurs. En termes d’organisation, de communication ou de produits. Mais au-delà d’un constat largement partagé, sur ces entreprises qui ont su faire bouger les lignes, qu’en-est-il vraiment ? On vous laissera juger de la pertinence, de la viabilité ou de la valeur ajoutée de ces innovations qui ont fait de la crise un accélérateur. Florilège. 

  • Skoon handle, la poignée de porte autonettoyante made in Compiègne. Équipée d’une bague imprégnée d’un désinfectant et dégraissant qui coulisse après chaque utilisation… Une poignée bien smart qui allie santé, sécurité et praticité.
  • LightStrike ™, le robot de décontamination aux UV mis au point par une société californienne a réussi à détruire les germes du COVID en moins de 2 minutes (et plus généralement tous les agents pathogènes responsables des maladies nosocomiales, qui affectent un patient hospitalisé sur 20 en France*). Son petit nom ? Germ-zapping
  • Les masques ont également fait l’objet d’innovations. Tech, avec la version autonettoyante branchée à un câble USB ou inventif, avec une partie transparente pour permettre aux personnes sourdes ou malentendantes de continuer à communiquer. De même que les respirateurs. Des usages nouveaux ont pu apparaître, laissant parfois augurer d’un futur où les distances seront la norme, comme avec le robot serveur aux Pays-Bas…

Mais pour la petite histoire, et la mise en perspective avec la grande Histoire, et notamment avec les guerres, à laquelle nous invitent nombre de commentateurs, mentionnons les grandes innovations, inventions ou découvertes issues des conflits modernes :

  • Le révolver à barillet et la morphine pendant la Guerre de sécession ;
  • La transfusion sanguine, le vaccin contre la typhoïde et le développement de l’aviation pendant la Première Guerre mondiale ;
  • L’énergie atomique et les fusées pendant la Seconde Guerre mondiale.

De quoi relativiser, à ce stade, l’impact du covid sur le progrès technique (et la médecine).

Applaudir (ou détester) ces startupers aux levées de fonds

Covid ou pas, l’une des questions qui anime volontiers les débats est celle de la bulle startup. Startup Nation contre tenants de l’argent trop facile. Pour étayer et argumenter, retour sur les dernières levées de fonds et des chiffres clés. Et on en profite pour réviser sa connaissance des définitions des levées, séries et autres tours de table.

Il y a tout juste un an, la startup Meero réalisait la plus importante levée de fonds de l’histoire française (230 millions de dollars, soit 205 millions d’euros), qui faisait d’elle, trois ans après son lancement, une licorne. Signe des temps, il s’agit d’une plateforme de mise en relation pour les photographes, qualifiée par nombre d’analystes, d’Uber de la photo, avec les conséquences économiques et sociales que l’on sait.

À titre comparatif, en janvier 2020, à l’heure où la fièvre n’avait pas encore touché les places financières mondiales, les startups françaises levaient 592 millions d’euros. Sur le podium, EcoVadis (notation de la RSE), avec 180 millions d’euros, ManoMano (site de vente en ligne de matériel de bricolage et jardinage) avec 125 millions d’euros et Qonto, 104 millions d’euros. Responsabilité, e-commerce et néobanque. Au-delà des montants, les secteurs d’activité des startups reflètent des tendances clés de l’évolution de nos économies et de nos sociétés. 

Plus récemment, en mai et juin 2020, les levées de fonds s’élèvent à respectivement à 539 et 387 millions d’euros, des niveaux proches de l’année précédente et du début d’année. Et les secteurs en tête sont les fintech, les services aux entreprises, et les biotech.

Enfin, pour rester sur le terrain de la comparaison, et raison garder dans le débat sur la valorisation des startups, mentionnons le record détenu, depuis 2018 par Alibaba, avec Alipay : 14 milliards de dollars en série C. Soit l’équivalent du chiffres d’affaires du groupe Kering et deux fois celui du groupe FNAC DARTY.

Et ranker les innovations de l’année au lieu de s’essayer à Tik Tok

Pour parachever le tour d’horizon des innovations et finir de nourrir les débats sur l’innovation à la plage avec des exemples, nous avons fait le bilan des initiatives que vous, cher·es lectrices et lecteurs, avez plébiscité, ou pas.

Le top 3 :

Le “flop” 3 :

Au-delà de la dimension anecdotique ou nombriliste, il nous semble qu’utilité et impact ont la cote. Écologie, autonomie et responsabilité sous-tendent les entreprises que vous valorisez le plus.

En revanche, la mise à distance et la délégation de responsabilité (ou pour le dire en des termes bibliques, le péché de paresse) tentent les startupers plus que notre lectorat.

Une manière de clore le débat ? Ou une simple invitation à positionner les innovations sur le cycle de la hype cher au cabinet Gartner…

Et si à tout hasard tout ce que vous venez de lire ne rentre pas, vous pouvez aussi opter pour la tactique controversée du « fake it until you make it« , ou l’art de faire semblant avant de savoir (ou faire) vraiment… Bel été à vous !


Accompagnez la découverte de ce futur en musique avec cette playlist concoctée par la rédaction. Disponible sur DeezerYoutube & Spotify.

Article suivant

Ça vous plait ? Cultivez votre curiosité avec notre newsletter !