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Travail et raison d’être, faut-il choisir ?

Dans la longue série des mots qui viennent nourrir le regard en surplomb sur le management et l’entreprise, il y a “épanouissement”, “réenchantement”, “raison d’être” et comme dirait Florence Foresti, leurs jumeaux maléfiques le “burn-out” et autres “bullshit jobs”…

Mais il y a aussi Ikigai, qui signifie dans le texte “la raison d’être” ou la “joie de vivre”.

Sous l’influence des générations X, Y ou Z, ou encore des quadra en reconversion, le succès de l’Ikigai renverse la tendance qui voudrait que quand il est question de Japon et de management, c’est plus souvent pour évoquer le Toyotisme (ou lean management) ou le Karoshi (surmenage caractérisé conduisant les salariés au suicide).

Retour sur un phénomène mondial.

L’Ikigai, c’est une (d’aucuns diraient LA) démarche qui permet de (ré)concilier les injonctions parfois contradictoires entre l’épanouissement personnel, la motivation professionnelle et les valeurs de chacun, tout en s’inscrivant dans une perspective dynamique. 

L’Ikigai, c’est la subtile recherche d’équilibre entre : 

  • ce que l’on aime (#moi)
  • ce pour quoi on est doué·e (#talent)
  • ce dont le monde a besoin (#altruisme)
  • ce pour quoi on est payé·e (#carriere) 

À la croisée des cercles. Car, l’Ikigai version management se dessine sous forme de cercles intersécants à travers les termes plus connus (ou consacrés) de mission, passion, profession et vocation.

L’Ikigai est utilisée comme horizon et comme méthode : pour définir le poste et l’environnement qui nous correspondraient le mieux, tout en évitant de se laisser influencer par nos biais cognitifs. En gros, choisir une startup parce qu’on a envie de changer le monde ou la banque pour rassurer les parents ou son conjoint.

Ainsi, selon certain·es, l’engouement pour l’entrepreneuriat serait une manière de trouver son Ikigai. Et de mettre en avant que dans les enquêtes auprès des étudiants d’HEC (formation initiale ou continue) plus de 20% souhaitent lancer leur entreprise dans les 3 ans qui suivent l’obtention de leur diplôme.

Et si l’engouement pour l’Ikigai n’était au fond qu’une réponse aux théories hyper incarnées du leadership ? 

Une manière de déconstruire et de se réapproprier le rapport au travail, à l’entreprise, au management. Là où les revues spécialisées mettent en avant les méthodes du leadership et les “leaders d’exception”, où les PDG distillent leçons et modèles, l’Ikigai ouvre la voie d’une analyse personnelle et de l’introspection. 

Comme si, dans un univers complexe et mouvant, la casuistique redevenait une vertu.

Et si derrière cette mode se cachait en réalité un contre-sens ?

Les puristes retiendront que l’Ikigai est une notion philosophique dont les racines remontent au Moyen-Âge et qui a dans un premier temps désigné la décoration artistique de… coquillages. Par la suite, l’Ikigai a revêtu un sens plus proche de celui qu’on lui prête aujourd’hui, de recherche de bien-être dans tous les aspects de la vie quotidienne. Les premières études sont d’ailleurs issues de la psychologie clinique et visaient à expliquer la longévité particulière de certaines populations de l’archipel. De là à dire que le travail c’était la santé, il n’y avait qu’un pas. 

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