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Demain, la robolution sera en marche

Le robot nous est familier. Popularisé avec la science-fiction, littéraire ou cinématographique, il irrigue en réalité notre imaginaire depuis des millénaires. Dès la mythologie on voit apparaître des automates ou des créatures autonomes. 

Des navires qui se pilotent seuls ou un Pygmalion né sous les mains de son créateur. Le Moyen-Âge n’est pas non plus exempt de ces figures de chevaliers-automates qui combattraient en lieu et place des hommes.

Plus tard, ce sera la figure de Frankenstein qui inaugurera, et sous la plume d’une femme, le lien complexe entre désir de créer de toutes pièces une créature autonome aux traits (presque) humains et craintes des risques liés à son émancipation, du fait de son absence de raison et/ou de morale humaine. Sous la plume d’Asimov, maître incontesté du genre ou derrière la lentille de James Cameron, les robots envahissent notre monde, et continuent à illustrer cette tension entre envie de créer des machines qui nous libèreraient de certaines servitudes et capables de faire à notre place. Mais aussi, la peur d’une automatisation poussée à son extrême, la peur d’un robot qui prendrait le contrôle, transformant automatisation en autonomie.

C’est l’histoire de nombreuses œuvres : “Terminator” ou “2001 l’Odyssée de l’espace”, pour ne citer qu’elles. Et c’est l’histoire récente des débats sur la place de l’intelligence artificielle dans nos sociétés. Relire sous cet angle les 3 lois de la robotique d’Asimov est à cet égard éclairant : 

  • loi numéro 1 : un robot ne peut porter atteinte à un être humain ni, restant passif, permettre qu’un être humain soit exposé au danger ;
  • loi numéro 2 : un robot doit obéir aux ordres que lui donne un être humain, sauf si de tels ordres entrent en conflit avec la première loi ;
  • loi numéro 3 : un robot doit protéger son existence tant que cette protection n’entre pas en conflit avec la première ou la deuxième loi

On aimerait presque les voir écrites en lettres d’or à l’entrée de la Silicon Valley.

Car aujourd’hui, les robots sont partout. Visibles ou invisibles. À l’origine de la 3e révolution industrielle, ils ont envahi les usines, ont modifié notre rapport à la productivité et à la pénibilité et ont pris une place importante dans nos vies domestiques. Ils ont leur Grand messe (Hanover Messe), leur heure de gloire chaque année au CES et ont eu leur compétition, organisée par l’agence du ministère de la Défense américain. Derrière cette « robolution », plusieurs tendances à l’œuvre. Retour sur les derniers épisodes des robots et tour de ces nouveaux horizons.

#productivité : quand les robots industriels redessinent le management des opérations

Si l’institut Gartner fait de “l’hyperautomatisation” la première tendance à suivre pour 2020, Jeremy Rifkin plaçait dès 2011, les robots et l’automatisation au cœur de son analyse sur la bascule engendrée par la 3e révolution industrielle, initiée dès les années 1980. L’accélération permise par le développement des objets connectés (IoT) sur les sites industriels, couplés aux progrès en matière d’intelligence artificielle et à la baisse des coûts des robots, placent la robotisation au centre des problématiques de management des opérations.

Ainsi, selon le cabinet Mc Kinsey (2019), trois quarts des organisations déclarent être (engagées) dans un processus d’automatisation, et 13% ont complètement automatisé au moins une fonction. Seule une entreprise sur cinq ne prévoit pas de passer à l’automatisation.

Les bénéfices ? L’augmentation de la productivité, la mise en place d’organisations (plus) agiles, la prise en charge d’activités répétitives ou dangereuses pour les humains voire d’activités pour lesquelles la main d’œuvre humaine manque. Le Japon est souvent cité en exemple, pour avoir adopté rapidement les robots, mais également pour avoir réussi à rattraper un retard de productivité estimé par l’OCDE à 25% par rapport à la moyenne des pays dits développés. Corée du Sud, Japon et Allemagne sont par ailleurs les plus avancés en termes de nombre de robots industriels par employé.

Infographie: L'automatisation dans l'industrie à travers le monde | Statista

La crainte principale inspirée par ces robots industriels, dont le nombre est estimé à plus de 2 millions dans le monde, est moins la destruction de l’humanité que celles des emplois. Matérialisée en France par le débat autour de la taxation de ces robots ou par les interrogations croissantes suscitées par la robotisation des entrepôts et des opérations d’Amazon. 4000 robots développés par Amazon Robotics (tagline : We Reimagine now) sont ainsi présents dans le dernier entrepôt ouvert en France pour aider au « picking » des produits.

#smartcity : ou l’irruption de la science-fiction dans la réalité

Si l’on sort des usines pour se promener dans la ville, c’est davantage aux robots humanoïdes ou aux droïdes de Star Wars que l’on a envie de se référer. Star Wars et les robots, c’est tout une histoire, un marché quasi infini de produits dérivés, mais surtout une manière universelle ou presque d’illustrer les tendances actuelles.

Les compagnons des Skywalker ont ceci de particulier qu’ils sont utiles, des compagnons d’aventures à la mine sympathique, et surtout des adjuvants dans tous les travaux des humains. Ils bricolent, réparent, traduisent, défendent. Programmés et reprogrammables, gageons qu’ils ont inspiré plus d’un ingénieur en robotique et préfigurent en quelque sorte Pepper, Spoon ou les robots nettoyeurs apparus en masse pendant la crise sanitaire.

On pense aussi aux modèles de Boston Robotics, pionnière rachetée par Google en 2013 et revendue à Softbank en 2017 (elle-même maison mère de Softbank Robotics, qui a donné naissance au gentil robot humanoïde Pepper). Les cabrioles et prouesses des humanoïdes (cf ci-dessous) ou des robots chiens ont fait le buzz sur les réseaux sociaux (souvenez vous la patrouille opérée par Spot à Singapour il y a quelques semaines) mais restent surtout des marqueurs forts de la maniabilité et de la dextérité croissante des robots.

Les robots de Boston Robotics

On pensera également aux robots présents dans l’hôtellerie et la restauration : du resto sans cuistot à Boston, à l’établissement néerlandais qui rouvre avec des robots serveurs ou, comble du cocasse, des robots japonais licenciés par leur hôtel pour avoir été… trop zélés.

Moins anecdotique, les drones de livraison expérimentés aux Etats-Unis dans plusieurs États, à la fois par Google (Wing) et Amazon, la voiture autonome Nuro qui livre pizza et courses sont les exemples très récents de l’apparition de robots dans la smart city d’aujourd’hui et de demain. Leur ambition : nous simplifier la vie. Combiner impact, tech et effet waouh.

#domestique : des robots pour nous aider au quotidien

La ville se fait smart, la maison aussi. Intelligence artificielle et robotique font bon ménage et donnent naissance à des dispositifs qui vont de la cuisine à la santé. La question du service est au centre de cette nouvelle génération de robots. Aux deux extrêmes (en termes d’accessibilité et de promesse), on peut citer Meyko, le robot développé en France qui a pour vocation d’aider les enfants atteints de maladies graves ou chroniques à mieux accepter et suivre leur traitement, et Moley, le robot chef cuistot à domicile, en pré-commande à plus de 75 000 euros.

#précision : humain augmenté, la clef des métiers de demain ?

Plus que la notion de service, c’est la notion de précision qui sous-tend l’émergence de nouveaux domaines d’exercice des robots. Encore une fois, aux deux extrêmes, entre soin et destruction, entre vie et mort, le continuum de la tech est à l’œuvre. Robot-chirurgien et robot tueur font l’actualité en 2020. Le robot-chirurgien, apparu dans les années 80 pour épauler le médecin dans sa pratique au bloc opératoire se développe de plus en plus. 80 robots « Da Vinci » (clin d’œil au Chevalier mécanique de Léonard de Vinci), sont présents dans le parc hospitalier français et sont utilisés pour de la chirurgie de pointe. Mais il n’est pas question, pour l’instant de laisser le robot opérer seul. Nous sommes dans une logique de soutien pour plus de précision, à la base de la notion de cobot (collaboration humain/robot). Comme dans le cas inverse des robots « tueurs » SALA destinés, ironie du sort ou pas, à rendre les frappes encore plus chirurgicales, précises. Avec une mise en garde toute particulière des auteurs du récent rapport parlementaire sur le sujet, qui reviennent sur le rôle de la décision humaine. Comme si l’on revenait aux lois de la robotique d’Asimov énoncées plus haut.

Avec les robots, comme avec l’intelligence artificielle reposent, sans doute éternellement, la question de l’éthique et de la limite entre technologie et humanité. À garder en tête lorsqu’il s’agira de penser les métiers de demain et la place respective de l’humain et de la machine. Si l’on pense que 64 % des salariés dans le monde (enquête Future of Workplace d’Oracle) font davantage confiance à un robot qu’à leur manager, l’avenir n’est pas écrit…


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