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Livraison dernier kilometre

Demain, la livraison sera la contraction de “live” et de raison

La livraison à domicile n’est pas nouvelle, Felix Pottin, l’un des inventeurs du grand magasin parisien en avait fait un slogan, une affiche, et disposait, dès la fin du XIXe siècle d’une flotte de voitures pour livrer ses clients Parisiens. 

Amazon en a fait un modèle économique, voire sociétal, et l’épidémie de Covid un service de première nécessité. Et pourtant, quand on passe de l’autre côté du miroir, du côté des livreurs et de la logistique, ce modèle est avant tout un casse-tête. Économique, sociétal, pratique, environnemental.

Économique, on pensera à La Poste, premier partenaire (et concurrent d’Amazon), qui se voit départie des livraisons urbaines mais chargée des livraisons les plus éloignées des grands centres logistiques. Sociétal, on convoquera l’image récente et frappante des livreurs suspendant leurs mobiles aux arbres pour capter une course. Pratique, on se rappellera que la logistique n’est pas la fonction la moins complexe de l’entreprise. Environnemental, on découvrira peut-être avec étonnement qu’en Ile-de-France, la logistique du dernier kilomètre représente 20 % du trafic. 

Car c’est bien d’elle qu’il est question dans ces lignes.

Il y a un peu plus d’un siècle s’ouvraient les premières lignes aéropostales et: en 1930, les Andes étaient franchies et l’époque célébrait l’épopée des livraisons transatlantiques.
Il fallait aller loin, et dans le lointain résidait la difficulté et le progrès.
C’est aujourd’hui le dernier kilomètre qui interroge. Celui qui pèse près de 25% du coût total de la livraison, qui occasionne 20% des émissions carbone et autant d’embouteillages dans les centres urbains.

Et c’est celui qui est le miroir de ces injonctions contradictoires qui animent le consommateur du XXIème siècle. Celui qui pose une équation complexe à résoudre pour les marques, les commerçants et les logisticiens de tout bord. 

Selon une étude publiée par Capgemini Institute en 2019, 97% des e-commerçants déclarent que les modèles actuels de livraison du dernier kilomètre ne sont pas durables et ne sont pas applicables partout et à grande échelle (alias la scalabilité). Un constat difficilement acceptable au vu de l’augmentation de la densité de commandes en ligne, des flux de déplacement de plus en plus importants et des attentes de plus en plus complexes des consommateurs. 

La livraison serait désormais le critère n°1 d’achat pour 72 % des Français (source : IFOP), avant… le produit et le prix. Elle agit ainsi comme un catalyseur des contraintes ou contradictions de nos modes de consommation et les tendances sous-jacentes pourraient illustrer bien d’autres domaines. 

  • Toujours + : J+1, click and collect dans l’heure, 2H chrono ou bientôt 30min (quand Amazon livrera “enfin” par drone), fresh, autant de services et de tentatives de différenciations, pour les retailers comme pour les logisticiens. Dans livraison, on trouve bien la notion de « live »…
  • Et aussi toujours – : moins loin, moins d’intermédiaires (circuits courts), moins polluant avec des livraisons décarbonées, moins de contacts (#covid19). On retombe ici sur la raison…
  • Personnalisation et sur-mesure : lockers ouverts H24, rendez-vous à la maison, au bureau, sur rdv, par SMS, livraisons le dimanche…
  • Ultra tech : livraison par drone, par véhicule autonome, ou par baleines volantes et écolo et bien sûr optimisation des trajets grâce à la data et aux algorithmes… 
  • Et aussi low tech : livraison par voilier, par vélo ou vélo cargo, ou par ses voisins
  • Ou encore le business model de plateforme ou d’économie à la demande

L’intrication entre tendances de la livraison et tendances tout court touche peut-être à son apogée dès lors qu’il est question du statut des livreurs : maillons essentiels de cette économie à la demande ou gig économie, la précarité de leur statut est le corollaire immédiat du besoin de flexibilité exigé par le sur-mesure / sur l’heure. Expérience client au prix de l’expérience précaire. De quoi s’interroger, en mode B.I.S.O.U. (covid-friendly) au moment où votre pouce presse le bouton “valider la livraison”.

La logistique, c’est comme les antibiotiques, ce n’est pas automatique. Mais bien plutôt des enjeux sociologiques, écologiques et économiques. 

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