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©Pierre Metivier

Demain, vous serez bien accompagné·es

À quoi servent (vraiment) pépinières, accélérateurs et autres incubateurs pour les grandes entreprises ? Et savez-vous faire la différence entre ces différentes structures ?

Côté startup, il y a ceux qui sont incubés, ceux qui sont passés par un accélérateur, ou encore ceux qui préparent leur levée ou leur tour de table. Dans le monde des startups, pardon, dans l’écosystème de l’innovation et de la création d’entreprise, la question de l’accompagnement et de l’hébergement demeure centrale et l’incubateur est parfois vu comme un passage obligé. Apparues dans les années 90, les structures (et les projets) se sont multipliées en France après la loi de 1999 sur l’innovation, au risque de perdre en lisibilité. Au risque également de laisser les autres entreprises en dehors du mouvement (sémantique ou business), à coup d’incubateur, accélérateur, ruche, pépinière, hôtel d’entreprises ou à présent startup studio.

Côté (grandes) entreprises, on parle volontiers d’incubateurs, de corporate ventures ou de prise de participation. Un peu moins, au moins pour l’instant, d’excubation. 

So what ? Tendance de fond ou bulle ? Stratégie d’innovation robuste ou innowashing

Une fois n’est pas coutume, posons la questions des enseignements à tirer pour les acteurs de l’entreprise dite traditionnelle de la déferlante startup. En commençant par un tour d’horizon des principales caractéristiques des structures qui accompagnent innovation et collaboration entre grands groupes et startups. 

Dans la famille innovation, je demande “l’espace de travail”

On peut piocher la carte incubateur, accélérateur, ruche, pépinière ou à présent startup studio. 

Leur point commun ?
“L’unité de lieu”, le conseil et le réseau. 

Les structures qui accompagnent des porteurs et porteuses de projet se confondent souvent avec l’espace de travail qu’elles proposent. Qui répond aujourd’hui à un certain nombre de codes esthétiques et fonctionnels (espace de travail, de coworking, de détente, de rencontres, d’expérimentation…). 

Et quelle que soit leur nature, ces structures apportent des services de conseil et d’aide aux créateurs d’entreprises : juridique, commercial, marketing, aide à la définition de business plans, sous forme de coaching, de mentorat, de retour d’expérience… Ils donnent également accès à une communauté d’entrepreneur·es ou d’entreprises confronté·es à des enjeux de développement et de croissance analogues et à un réseau professionnel (investisseurs, clients,…). 

L’objectif général est d’accroître leurs chances de réussite des entreprises. 

Leurs principales différences ?
Le stade de maturité, la sectorisation, la durée d’accueil des projets, leur nature (publique ou privée) et la profondeur des services proposés. 

Pour faire court :

  • Un incubateur peut-être public ou privé, dépendre d’une école, d’une entreprise ou d’une ville, sectorisé ou généraliste. Il accueille en général des entreprises au début de leur projet. L’objectif est de soutenir la création et le développement de celle-ci ;
  • Un accélérateur est en quelque sorte la suite de l’incubateur pour les projets en phase d’accélération ;
  • Une pépinière (synonyme de ruche d’entreprises ou de couveuse) héberge au démarrage de leur activité des entreprises de moins de 5 ans d’ancienneté ;
  • Un startup studio (ou company studio, company builder) est une structure qui propose des projets et qui crée des startups avec des associés intéressés par le  projet. Le studio accompagne ensuite le développement de la société.

Qu’en déduire ?
Que pour innover et pour se développer, il faut être entouré. Le mythe du garage a vécu.  La notion d’écosystème, parfois galvaudée, fait ici sens, renvoyant à la notion d’externalités positives de la théorie économique.
Que la mutualisation des moyens est utile pour les entreprises qui démarrent et joue positivement sur le taux de réussite de l’entreprise. Ainsi que l’effet label du passage par une structure reconnue. Le taux de faillite d’une start-up non accompagnée est de 40 %, contre 20 % pour une start-up bénéficiant d’un accompagnement (source : CIC, place de l’innovation).

Mais que faire de ces informations lorsque l’on est dans une entreprise de taille significative ? 

Dans la famille innovation, je demande “la stratégie corporate smart”

Trois grandes postures semblent à l’oeuvre. On trouve des proactifs, des contemplatifs et des rétifs. 

Parmi les proactifs, qui s’engagent sur la voie de la collaboration avec des startups, plusieurs dispositifs sont en concurrence (sans être nécessairement exclusifs).  

  • L’incubateur/accélérateur permet d’incuber des startups externes ou d’encourager l’intrapreneuriat, pour croiser les intelligences, mixer au mieux la tech et l’impact.  Quelques exemples paradigmatiques (parmi d’autres) : l’incubateur MYT (pour Make Your Technology) de L’Oréal, lancé en juin 2019, sur le sujet des technologies 4.0, l’accélérateur d’Orange, etc.
  • Les plateformes d’innovations mixtes comme Le Village By CA ou Léonard pour le groupe Vinci. Le premier visant à accélérer les démarches d’innovation conjointes entre corporate (Crédit Agricole ou autres) et les startups (fintech ou autres), le second proposant une offre allant de l’incubation accompagnée de prêt à une offre méthodologique d’acculturation à l’innovation pour les entités du groupe. 
  • Les prises de participation (opportunistes) ou structurées dans les Corporate ventures : les structures de financement des groupes destinées à investir dans des startups sont également un levier d’innovation de plus en plus prisé. Total Carbon Neutrality Ventures (créé en 2007 sous le nom Total Ventures, renommé fin 2019), Capgemini Ventures (depuis l’été 2019), Danone Manifesto ventures créé en 2016 illustrent ce mouvement.

Les objectifs affichés sont similaires. Accélérer l’innovation au sein des groupes. Mais derrière cette déclaration de principe se dessinent plusieurs enjeux. 

  • Incuber une startup, c’est souvent l’occasion de tester une technologie, un produit ou un business model connexe au coeur de métier de l’entreprise. Pour faire du test and learn ou externaliser une partie de sa R&D aisément. L’industrie automobile est sans doute un exemple emblématique de cette démarche de partenariats / open innovation / co-innovation. En ligne de mire : la révolution du véhicule autonome, la maîtrise sur les équipements embarqués et l’acquisition rapide des technologies du digital et de la data. 
  • Accompagner la croissance d’une startup ou prendre des participations, c’est ainsi parfois acheter l’innovation et se prémunir contre le risque d’être disrupté. 
  • Ou encore acquérir une légitimité sur un sujet business nouveau (les énergies vertes pour les acteurs du carbone, le B2C pour les entreprises B2B…). 
  • Il y a enfin un enjeu RH sous-jacent : attirer des compétences différentes ou retenir des talents internes pris par la fièvre de la startup. Signal faible ou tendance de fond à venir, l’échange de salariés entre grands groupes et startup. 

Quant à savoir quelle stratégie est la plus performante, l’histoire (et les indicateurs) ne le disent pas encore.
Et pour parfaire votre culture générale startup (ou trouver une startup à surveiller, rejoindre ou dans laquelle investir), nous vous proposons une liste personnelle et non exhaustive de structures d’accompagnement de la création d’entreprise et de l’innovation –  il en existe plus de 2600 dans le monde d’après le cabinet Roland Berger


  • La + connue Y Combinator (créé en 2005 dans le Massachussets, il a notamment incubé AirBnB, Stripe, Dropbox…)
  • La + médiatique : Station F qui en réalité regroupe plusieurs structures. Des programmes d’incubation de Station F, mais également des incubateurs d’écoles (HEC, les Ponts Paristech…), d’entreprises (L’Oréal, Facebook, Veepee), des incubateurs thématiques (Moove Lab sur la mobilité ou Shake up Factory sur la Foodtech)…
  • La + psychédélique : le studio d’accompagnement The Family, tourné autour du numérique
  • La + féminine : Willa, l’accélérateur de mixité dans la tech 
  • La + PME x Grands groupes hybride : Eclozr, l’excubation à la rennaise
  • La + sport : l’incubateur lancé en décembre 2019 par IMT Starter en association avec le Cluster Grand Paris Sport et l’Agglomération Grand Paris Sud
  • La + parisienne : Paris Initiative Entreprise
  • La + culture : 104Factory, l’incubateur du CENTQUATRE, dirigé par Marialya Bestougeff
  • La + deep tech : Techno Founders, de l’idée de laboratoire à la startup florissante 
  • La + food : ShakeUpFactory à Station F
  • La + mode : La Caserne qui va bientôt ouvrir ses portes

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