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Doit-on débrancher pour être branché·e ?

Lundi, c’était le Blue Monday, jour le plus déprimant de l’année : il fait froid, le moral est au plus bas, vous reprenez rapidement vos (mauvaises) habitudes…

Il semble loin le temps du retour des vacances et des bonnes résolutions de la reprise, où vous aviez (peut-être) envisagé de pratiquer la déconnexion. Vous restez, toute la journée, scotché·e à votre smartphone, vérifiez sans cesse vos emails et n’oubliez jamais de faire un dernier tour sur Twitter ou Instagram avant de vous coucher ? Rien de plus normal ! Dans un monde où une grande partie de notre travail se passe devant un écran, et où les frontières entre le monde professionnel et privé sont brouillées, doit-on se déconnecter ? Peut-on se déconnecter ?

→ La déconnexion, qu’est-ce que c’est ?

Déconnecter c’est : ne pas avoir à répondre aux mails, aux messages ou aux coups de téléphone pendant son temps personnel, ou pour le dire tout simplement ne pas consulter son téléphone ou son ordinateur pendant un temps donné.

Il s’agit d’un droit inscrit au code du travail (article L2242-17). Ainsi, depuis le 1er janvier 2017, les entreprises dotées d’un délégué syndical doivent inclure le droit à la déconnexion des salariés dans la négociation annuelle obligatoire (NAO) sur l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes et la qualité de vie au travail. Il s’agit de discuter des modalités de mise en place de dispositifs de régulation de l’utilisation des outils numériques pour assurer le respect des temps de repos et de congé ainsi que la vie personnelle et familiale (1). Ce « droit à la déconnexion » s’applique également dans les petites entreprises, la fonction publique et autres lieux de travail (2).

→ La connexion est morte, vive la déconnexion !

Si la déconnexion est aujourd’hui un sujet clé, c’est parce qu’elle répond au constat d’une hyperconnexion chez les Français. 

Ordinateurs, smartphones, tablettes, applications, réseaux sociaux sont omniprésents dans notre quotidien, et les chiffres sont particulièrement révélateurs. Ainsi, 57% des Français se disent incapables de passer une heure sans consulter leur smartphone. Qui sait, peut-être que cette notification changera votre vie ? La connexion est, pour certains, une véritable addiction. Or cette hyperconnexion peut nuire à la santé. En effet, des études ont montré qu’il existe une forte corrélation entre dépression et temps connecté (3). Quand on pose la question de savoir comment se sentent les personnes après avoir passé du temps devant un écran, ils sont nombreux à se dire « fatigués » et « vidés ». L’hyperconnexion a donc des conséquences néfastes comme le stress, le burn out, la perturbation de la vie privée etc. (4) 

Face à ce phénomène problématique, la déconnexion apparaît comme un véritable remède, car elle apporte de nombreux bienfaits (5) : plus de concentration et de productivité, moins de stress, plus de créativité, plus de sentiment de bien-être, etc. Elle permet de mieux se reconnecter à soi, d’être mieux en lien avec son entourage, mais aussi de se centrer sur le moment présent. Finalement, se déconnecter, c’est se (re)connecter à soi-même…

→ Je me connecte donc je suis

Malgré ces injonctions à la déconnexion, et même si l’intention est louable, sa mise en place dans les entreprises est difficile, tant les situations sont variées selon les secteurs et les modes de travail (6).

La connexion est une nécessité professionnelle pour de nombreux travailleurs. Cette importance de la connexion dépend bien sûr du domaine et du type de métier exercé, mais il existe certaines professions où il est absolument indispensable d’avoir accès à internet, de pouvoir répondre aux mails ou de vérifier les réseaux sociaux – par exemple quand on travaille dans la communication. Même pour des métiers moins liés aux médias, être connecté reste important. Dans un monde professionnel dicté par l’urgence, règne de l’instantané et de la rapidité, l’hyperconnexion est gage d’efficacité. Et on apprécie souvent de pouvoir avoir une réponse rapide à nos questions. Parfois même, être trop déconnecté peut amener à agacer nos interlocuteurs, voire à perdre des opportunités. Même le dimanche.

Cette hyperconnexion a des conséquences importantes sur la vie des travailleurs, puisque les frontières entre la vie professionnelle et la vie personnelle se brouillent de plus en plus. Etre en ligne et connecté lorsque l’on est au bureau, c’est compréhensible. Mais doit-on vraiment être joignable 24h/24, même lorsque l’on est en famille le soir, voire dans son lit en train de dormir – qui n’a pas eu de collègues envoyant des emails à 4h du matin ? C’est aussi le cas pendant les vacances, comme le montrent les chiffres (7) : 67% des Français ne parviennent pas à décrocher de leur travail, 93% considèrent le smartphone comme responsable de cette liaison avec leur travail et 27% des Français travaillent pendant leurs vacances par peur de perdre leur emploi (Étude Qapa, les français et les vacances, 8 juillet 2019).

→ Alors, (dé)connexion ?

Malgré l’importance de la connexion au travail, apprendre à se déconnecter un peu, parfois, peut apporter de nombreux bénéfices. Il faut simplement trouver les bons moments et un juste équilibre.

Pour cela, il est judicieux d’établir en amont une stratégie. Plutôt que de passer toute la soirée ou toutes les vacances sans aucune connexion ni aucun écran, on peut décider de se (dé)connecter sur des plages définies (par exemple entre telle heure et telle heure ou une fois par semaine). Il peut être utile, pour ce faire, d’anticiper, de préparer, de prévenir (au travail), voire de déléguer. Cela peut se traduire également par des petits gestes au quotidien, comme mettre son portable au fond du sac pendant une promenade et l’oublier, pour mieux se retrouver.

Pour d’autres, qui ont plus d’autonomie au travail, vous pouvez sauter le pas et aller jusqu’à une « digital detox ». En effet, si nombreux prônent la « slow tech » (8), qui vise à ralentir et peu à peu se défaire de la connexion et des écrans, certains adoptent des postures plus radicales, avec une « digital detox » (9), qui vise à se déconnecter complètement, capacité qui devient le rare privilège d’une minorité.

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