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Demain vous jouerez tous dans The Truman Show

Demain, vous referez tous les jours le match Rousseau contre Hobbes. Liberté ou sécurité, telle sera désormais la question spectrale et indépassable

Demain, vous referez tous les jours le match Rousseau contre Hobbes. Liberté ou sécurité, telle sera désormais la question spectrale et indépassable. Demain vous vous exclamerez peut-être tous “GAMAF” : Gare à Ma Face, devant tous les dispositifs de reconnaissance faciale qui vous croiserez (dans la rue, les magasins, les transports, chez vous…). Le dilemme liberté/sécurité se pose avec acuité avec la crise sanitaire actuelle, mais il n’est que l’une des nombreuses déclinaisons du dilemme progrès/surveillance que nous proposent les innovations des géants de la tech depuis deux décennies et de l’ensemble des acteurs de l’IoT (Internet of Things, Objets connectés). 

Le phénomène s’est accéléré au nom de la lutte antiterroriste. En France, les débats parlementaires et médiatiques qui ont entouré la préparation et le vote de la loi du 30 octobre 2017 renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme furent une illustration manifeste d’un dilemme ancestral, millénaire et pas seulement pour les Millénials ou les fans de The Truman Show. 

En 1651, le philosophe anglais Thomas Hobbes, reprenait l’image biblique du Leviathan pour filer la métaphore de la nécessaire compromission entre liberté individuelle et sécurité collective pour fonder la vie en société. L’émergence de l’intelligence artificielle et les possibilités qu’elle ouvre, ajoutée à celle de la collecte des données produites par l’ensemble de nos objets connectés nous incite à reposer la question. 

Mais la difficulté avec les objets connectés c’est à la fois l’ubiquité et l’ambiguïté. Ajoutée à l’un des sept péchés capitaux, j’ai nommé la paresse. L’objet connecté se définit (souvent) par sa facilité d’utilisation, incitant à la paresse physique, et son marketing positif incitant à la paresse intellectuelle. Car la connectivité aide. C’est indéniable. À être plus vigilant et plus aguerri quand il s’agit de surveiller sa santé. À surveiller son salon ou son chat à distance ou à moins se poser de question quand on fait ses courses, puisque notre machine [à café, à laver, ou autre] aura déjà reconstitué ses stocks. Comme le dit David Caroll, l’un des lanceurs d’alerte du scandale Cambridge Analytica : “nous aimons tant cette connectivité que personne ne prend la peine de lire les conditions générales”. Si la Commission nationale de l’informatique et des libertés s’évertue à lister les points de vigilance des objets connectés du quotidien, les entreprises rivalisent d’innovation sur le terrain du connecté et du digital, à coup de nouveautés, de salons et autres applications. 

Et demain, peut-être la connectivité et la data seront un élément du nouveau contrat social, rendant nécessaire la clarification de ce qui relève du privé et du secret, désigné par l’anglicisme privacy et ce qui relève du collectif, du bien commun ou de l’intérêt général. Vous lirez alors dans le code civil, aux côtés de « nul n’est censé ignorer la loi », une mention tout aussi essentielle « nul n’est censé ignorer ce que deviennent ses données » ; à valeur supranationale comme disent les juristes. 

En attendant demain, découvrons ces incarnations d’un monde qui devient plus smart et qui exige de nous intelligence et lucidité. 

Découvrez 4 détections pour expérimenter cela :

Ci-dessous, la sélection musicale du jour concoctée par la rédaction à écouter sans se sentir épié·e. Disponible aussi sur Deezer & Spotify.

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