Président de la Sea Sheperd Conservation Society
27 septembre 2011
Ateliers de la Terre, Evian
Quelles sont d’après vous les trois tendances à l’œuvre aujourd’hui et qui font le monde de demain ?
Je vois le monde de demain – disons dans 100 ans en 2112, très similaire à celui d’il y a 200 ans en 1812 : retour aux bateaux à voiles et aux chevaux de trait. Une fois que l’énergie fossile aura été épuisée, comment la machine va-t-elle encore fonctionner ? On parle de l’énergie nucléaire comme une alternative, mais personne n’évoque le fait qu’il faut du pétrole au cours des nombreuses étapes du processus de production de cette énergie : extraction, transport, etc.
Mais la tendance la plus importante selon moi, c’est la réduction de la biodiversité. Nous allons atteindre un point où la diversité sera si affaiblie que, du fait de l’interdépendance entre les espèces, risque de se produire un effondrement. Nous avons un nom pour cette extinction : «the homosy». Les hommes sont les catalyseurs de l’extinction majeure à venir, et pour le moment, je n’ai pas l’impression que le monde soit capable de l’entendre.
Pensez-vous que la population en est consciente?
Non. Les gens ne sont pas conscients de grand-chose, vous savez. Nous sommes tous trop égo-centrés, trop occupés à nous divertir. Quand on sait qu’il y a aujourd’hui plus de joueurs sur World of WarCraft qu’il n’y a de personnes engagées dans des groupes ou ONG écologistes, on réalise que ces questions importent peu pour la population… Nous vivons dans une sorte de cyber-espace de divertissement.
L’avènement d’un monde virtuel est un fait à venir?
Oui, c’est en tout cas là où nous sommes peu à peu conduits. J’ai rencontré récemment un type de l’Université du Texas qui affirmait que l’espèce humaine n’avait pas besoin des autres espèces, que nous avions internet etc. Mais, il ne réalise pas que nous ne sommes même pas des «individus homogènes» ! En chacun d’entre nous vivent en effet entre 800 et 1000 espèces de bactéries différentes qui participent aux processus de digestion, de production des vitamines, etc. Nous avons tous à l'intérieur de notre corps environ 2,5kg d’êtres vivants, et ils nous sont indispensables. Si un incident survient sur ces populations de bactéries, cela a une incidence sur nous.
Pensez-vous réellement que cette extinction que vous évoquez va se produire?
Elle est déjà en cours. L’érosion de la biodiversité marine en est la preuve. Nous n’avons pas la discipline suffisante pour dire «cette zone maritime est interdite»… Parce que plus une espèce de poisson devient rare, plus elle devient chère, et donc financièrement intéressante.
Est-ce que le “no care” est une tendance ou y aura-t-il un sursaut?
Oui, absolument, c’est une tendance forte. Tout le monde s’en fiche, à l’exception d’une poignée de personnes impliquées. Mais vous savez, il n’y a pas besoin d’une masse trop importante de gens investis pour conduire un changement : l’histoire nous montre que 7% de la population est suffisante. C’est ce qui s’est passé en France et aux Etats-Unis. Une fois que ces 7% sont réunis, le reste de la population suit…
Quelle est la dernière innovation qui vous a vraiment marqué ?
Une idée intéressante – et qui pourrait résoudre le problème des masses de plastique en circulation dans les océans du monde – serait de partir à la collecte de ce plastique et de le recycler pour l’intégrer dans un processus de fabrication. Mais apparemment, ça n’intéresse personne…
De façon générale, je ne crois pas qu’on puisse «sauver la planète» avec tous ces projets «verts». Selon moi, ils relèvent tous du marketing, puisque dans le fond, il faut que le business continue, même si beaucoup tentent de faire au mieux pour préserver l’environnement.
Traduit de l’anglais par la rédaction
Vous aimez son point de vue ? Partagez-le :
On veut fusionner avec les machines, on veut se virtualiser, on veut intégrer la matrice : c’est là un désir profondément mystique.
Le Cube, Issy les Moulineaux - 18 avril 2013
lire l'interview
Si les gens avaient eu d’autres options pour améliorer leur vie, il n’y aurait peut-être pas eu de soulèvement. Quand tous les canaux de changement sont bouchés, il ne reste que la révolution.
Les Ateliers de la Terre, Evian - 26 septembre 2011
lire l'interview
Dans le monde bipolaire d’autrefois, lorsque quelque chose ne fonctionnait pas, on allait chercher dans l’autre camp, par effet miroir. Aujourd’hui, il faut créer. Il faut faire du neuf. C’est aussi l’expression d’une certaine liberté.
32eme Salon du Livre, Paris - 18 mars 2012
lire l'interview
| Voir tous les experts |