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Interview


Le monde de demain selon Joël de Rosnay


Scientifique, prospectiviste, conférencier et écrivain

Octobre 2012, Cité de la Réussite 2012

Le monde de demain selon eux

« L’industrie standardisée reposait sur la volonté des consommateurs de posséder et fonctionnait selon une structure pyramidale et hiérarchisée. On entre progressivement dans l’ère de l’industrie personnalisante, décentralisée et dé-standardisée.

Quelles sont d’après vous les trois tendances qui façonnent aujourd’hui le monde de demain ?
La première tendance selon moi, concerne la culture du numérique : désormais, la transversalité des usages a remplacé la verticalité. Les parents de la Génération Y ont des utilisations verticales et linéaires du numérique : ils utilisent une appli pour «faire quelque chose». Au contraire, avec la transversalité s’impose la culture du partage et du décloisonnement.
La seconde tendance, c’est donc l'émergence d'un nouveau paradigme, avec le passage d’une société pyramidale (logique top>down dans des entreprises et des gouvernements sur un mode hiérarchisé, avec une élite peu nombreuse en haut et des exécutants en dessous) à un pouvoir plus transversal, un soft power, mais qui n’a rien de mou ! On l’a vu avec les Indignés qui porte une vision inscrite dans des rapports de force et les rapports de flux.
Enfin, la troisième tendance correspond à l’ancrage de certaines valeurs – jusqu’alors latentes - comme le respect de la diversité, l’empathie ou l’altruisme. Ce ne sont pas des valeurs Bisounours, mais des valeurs intéressées qui s’imposent car elles fonctionnent sur le principe du Win/Win. L’empathie par exemple nait de la confrontation avec les autres, et les réseaux sociaux ont permis son émergence.

Ce qui est intéressant c’est que ces tendances ne concernent plus seulement les pays développés mais se vérifient ailleurs, chez les BRIC notamment. Ce sont les tendances d’une génération, de la GEN Y, dont les membres ont en commun la culture du numérique.

Les trois tendances que vous évoquez font penser à celles sur lesquelles se sont appuyés les Indignés…
Les Indignés sont la première pierre d’un mouvement mondial, dans lequel s’inscrivent aussi le Printemps Arabe, le Printemps érable au Canada, Occupy Wall Street… Ces mouvements se fondent sur le pouvoir des réseaux sociaux qui permettent aux activistes d’échanger leur point de vue, sur le pouvoir des médias qui relayent leurs positions et sur celui de la rue.
Leur propos est simple : ils ne croient plus aux vertus de la démocratie représentative fondée sur un système pyramidal. Ils ne croient plus à ce modèle Pythagoricien, Newtonien et Cartésien... Ils ne croient plus à un système qui a vu certains politiques corrompus, obsédés par des objectifs personnels ou par leur réélection. Ils veulent une démocratie participative construite en réseau, et une démocratie qui ait du sens.

Y sont-ils arrivés ? Non. Pas du tout. Ce sont d’abord des utopistes, au sens de Thomas More : l’utopie comme la prise en main par les hommes de leur propre destinée, l’envie de participer à la construction du monde dont on rêve. Ce n’est pas une notion péjorative, mais créative, comme le dit Jacques Attali. Mais il y a aussi que la société pyramidale n’est pas prête à accepter cette société transversale...

Comment va donc s’effectuer cette transition - si elle existe un jour ?
Elle va prendre du temps. Ceux qui ont le pouvoir et détiennent les moyens de production massive ne sont pas prêts à lâcher leur position dominante. Les pyramides de pouvoir, ce sont les systèmes financiers, l’industrie pharmaceutique, alimentaire, énergétique, etc. qui sont tous des intermédiaires incontournables et uniques : « passez par nous nous avons les droits ». Mais ces systèmes sont peu à peu désintermédiés. On le voit par exemple avec l’industrie du tourisme : de nombreux acteurs proposent des services personnalisés et leur croissance semble annoncer la fin des géants. C’est une transition. Elle ne se fera pas par la violence mais par la force de la persuasion et elle prendra du temps. Il faudra attendre une quinzaine d’année pour que la GEN Y arrive au pouvoir.

Justement, la question du partage des données, de l’open source est un des sujets les plus sensibles pour les réseaux…
Il faut distinguer trois choses :
1-l’open source (ou web 2.0), qui est une révolution et qui va investir tous les secteurs de l’économie, jusqu’à la santé ou le bien-être. Le livre Freakonomics a d’ailleurs montré qu’on pouvait gagner de l’argent sur ce modèle de partage des connaissances en peer-to-peer,
2-l’Open Data, qui consiste à mettre à disposition des citoyens les données administratives dont ils ont besoin. C’est également une notion positive,
3-quant à la question du Big Data, c’est la plus problématique. « Big Data becomes serious » , titrait le Herald Tribune il y a quelques jours. Qu’est-ce qu’on va faire de toutes ces données accumulées ? Il y a là un risque énorme.
On entre progressivement dans l’ère de l’industrie 2.0 : personnalisante, décentralisée et dé-standardisée. A ce titre les imprimantes 3D constituent une révolution. Mais cette industrie devra cohabiter avec l’industrie traditionnelle qui reposait sur la volonté des consommateurs de posséder…

Tous ces nouveaux systèmes reposent sur les nouvelles technologies. Comment conjugue-t-on cela avec le ras-le-bol croissant vis-à-vis d’une technologie numérique jugée omniprésente ?
Il y a des signes, en effet. Aux Etats-Unis s’est développé le mouvement du néo-ludisme, en opposition au progrès technologique.
Je suis moi-même favorable à la déconnexion : je ne suis pas sur Facebook, je ne reçois pas mes emails sur mon téléphone. Il faut préserver une certaine distance, encourager la sagesse dans la prise d’information. Le plus important ce sont au final les valeurs humaines.





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