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Interview


Le monde de demain selon Jean-Michel Besnier


Philosophe, épistémologue

18 avril 2013, Le Cube, Issy les Moulineaux

Le monde de demain selon eux

« On veut fusionner avec les machines, on veut se virtualiser, on veut intégrer la matrice : c’est là un désir profondément mystique.

Nous l’avons interviewé à la sortie d’un plateau TV : le philosophe Jean-Michel Besnier, spécialiste des relations sciences/société, professeur à la Sorbonne et auteur du livre « Le futur a-t-il encore besoin de nous ? » nous a livré sa vision du monde de demain.

Quelles sont d’après vous les trois tendances à l’œuvre aujourd’hui et qui font le monde de demain ?
La fascination pour les technologies qui se révèlent capables d’autonomie tout d’abord : de la robotique aux moteurs de recherche, en passant par toute la gamme des objets intelligents, on se laisse aller à rêver un monde intégralement auto-organisé.
Ensuite, la propension à vouloir préserver la planète. C’est une tendance durable. Les comportements écologiques s’installent malgré tout dans les sociétés technologiquement développées.
Et enfin, paradoxalement, une tendance profonde à la spiritualité qui prend des formes diverses. C’est souvent une spiritualisation qui fait flèche de tout bois, qui peut tantôt emprunter son modèle au bouddhisme, tantôt renouer avec les religions révélées et la foi du charbonnier. C’est cette tendance qu’on pressentait dans la fameuse phrase prêtée à André Malraux, « le XXIème siècle sera religieux ou ne sera pas ».

Il s’agit là de 3 tendances relativement contradictoires à première vue : engouement pour une technologie, engouement pour la préservation de la planète, et engouement pour la religion. Et pourtant, je crois que les trois ont un dénominateur commun : la recherche mystique d’une totalité dans laquelle se fondre. Je crois que nous sommes profondément mystiques…

Ou en quête de mysticisme ?
Oui. Je crois par exemple que l’engouement pour les machines relève de cette quête. On veut fusionner avec elles, on veut se virtualiser, on veut intégrer la matrice : c’est là un désir profondément mystique. Je crois également qu’il y a une perception de l’écologie qui va dans ce sens : on divinise la nature et on en appelle à communier avec elle. C’est vrai également dans la volonté de réveiller la transcendance, dans cette propension à la religiosité.

Fusionner avec la machine, est-ce que ça ne relève pas d’un fantasme intemporel ?
Il y a en effet quelque chose de profondément fantasmatique dans cette ambition de devenir soi-même aussi puissant et inaltérable qu’une machine. Le projet d’augmenter l’homme, de supprimer le vieillissement, voire de permettre une longévité indéfinie, grâce aux avancées technologiques et médicales, prouvent qu’on espère donner réalité au fantasme. On finance des recherches pour créer un cerveau artificiel, afin de mieux comprendre les maladies neurodégénératives, mais on s’imagine très vite à partir de là pouvoir un jour télécharger la conscience humaine sur des matériaux inaltérables, transformer le cerveau en un pur logiciel. Cet attrait pour l’excès est consubstantiel des développements technologiques. On ne peut pas ne pas se projeter dans quelque chose d’inouï, d’inédit.

C’est inhérent à la nature humaine ?
Bien sûr, car il y a quelque chose de profondément transgressif dans l’Homme. Depuis toujours, nous n’avons cessé de transgresser des interdits, des frontières – à commencer par les limites naturelles.

Votre livre s’intitulait « Le futur a-t-il encore besoin de nous ». Dans vos propos, on a l’impression qu’il ne pourra au contraire jamais se faire sans nous…
…même si ça ne nous empêche pas vraisemblablement d’imaginer qu’il se fasse sans nous ! C’est cette composante mystique que nous portons tous : imaginer que nous sommes les jouets d’un destin capable de nous réconcilier avec nous-mêmes. On a besoin de transcendance et aujourd’hui, l’une de ces transcendances, c’est de dire « le mouvement – c’est-à-dire la technologie - est devenu sa fin à lui-même. »

Crédits photo : jlavadou (ActuSF.com, ©)





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