Journaliste, blogueuse et activiste politique de la révolution égyptienne
26 septembre 2011
Les Ateliers de la Terre, Evian
Comment voyez-vous le monde de demain ?
Je pense que le monde de demain sera très différent de celui d’aujourd’hui : changement climatique, révolutions dans les pays arabes, évolution des modes de vie. Les systèmes et leurs structures sont en cours de changement. Et en un sens, le monde de demain sera peut-être plus dur que ne l’est le monde aujourd’hui. Le nombre d’habitants de la planète continue de croitre alors que dans le même temps les ressources ne sont pas équitablement réparties - non seulement mal réparties à l’échelle du monde entre les pays, mais également à l’intérieur même de certains pays. Je pense que nous allons donc vers une confrontation, un choc et que ce sera difficile. On le voit déjà dans certaines régions du monde.
Le conflit est une tendance forte ?
Il est en tout cas inévitable. Et c’est le système qui veut cela : il n’est plus soutenable, ni environnementalement, ni économiquement, ni socialement ou politiquement. Le "business as usual" ne peut plus fonctionner et il ne fonctionne plus. Le point de non-retour a déjà été franchi à mon avis…
Quelles sont d’après vous les trois tendances à l’œuvre aujourd’hui et qui font le monde de demain ?
Je crois qu’il y a dès aujourd’hui un mouvement qui s’organise, et qui s’appuie sur une volonté de ne plus subir passivement. Cela est dû au fait que les technologies de l’information et de la communication nous permettent d’être informés à une vitesse remarquable, et du coup, de savoir comment les autres vivent ailleurs dans le monde. Autrefois, d’aucun pouvait subir passivement une condition difficile : l’oppression, l’injustice était relative puisque chacun la vivait également. Mais à présent que tout le monde peut savoir ce qui se passe ailleurs, ces conditions de vie difficiles sont devenues insupportables. Les travailleurs peuvent comparer leurs rémunérations, leurs conditions de vie. Et en conséquence, on n’accepte plus de supporter sans rien dire. On se révolte pour ses droits, parce que d’autres les ont déjà acquis, et que soudain, il paraît possible de les obtenir aussi.
Et puis, dans le cas des révolutions arabes, on pensait que les choses allaient changer avec le temps. Mais le temps a passé et rien n’a bougé. La situation a même empiré avec la crise. Alors les gens ont pris les choses en main. Ça c’est une tendance forte : reprendre les choses en main. Ça l’a été en Égypte en tout cas : la révolution tunisienne nous a montré que c’était possible et qu’il n’y avait plus de raison d’attendre.
Quelle est la dernière innovation qui a vous a vraiment marqué ?
La révolution. Quand elle s’est produite en Tunisie, nous en avons tous été informés. Et ce fut la prise de conscience, le déclencheur qui nous a prouvé que l’on pouvait changer les choses. C’est une réalité difficile, mais c’est une conséquence du système dans lequel nous sommes : si les gens avaient eu d’autres options pour améliorer leur vie, il n’y aurait peut-être pas eu de soulèvement. Quand tous les canaux de changement sont bouchés, il ne reste que la révolution.
Traduit de l'anglais par la rédaction
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